L’autre jour, en passant à la Fnac de Rennes, j’ai vu ce livre et je me suis dit : oui, je l’ai lu il y a longtemps… qu’est-ce ça donne aujourd’hui ?
Big Brother vous regarde ! est-il écrit sur les affiches dont la ville est remplie. La société décrite est donc ultra totalitaire, on obéit ou l’on disparait. Dans chaque appartement il y a un télécran, sorte de radio d’état, mais qui permet aussi de surveiller en permanence les individus. Le language est revu à la baisse, pour le simplifier, c’est la novlang ! grâce à elle, la pensée elle aussi devrait se simplifier, et ainsi éviter au citoyen de trop réfléchir. Le pays est en guerre, ce qui est très pratique pour faire passer à peu près tout ce que l’on veut, et réduire la liberté individuelle.
Le héros, Winston Smith, travaille au commissariat aux archives : son travail consiste à réécrire constamment l’histoire, en fonction des discours actuels de Big Brother. Ce dernier peut ainsi affirmer à peu près n’importe quoi…
Les 3 slogans de base du sytème sont :
LA GUERRE C’EST LA PAIX
LA LIBERTÉ C’EST L’ESCLAVAGE
L’IGNORANCE C’EST LA FORCE
Comprenez la liberté (du gouvernement) c’est l’esclavage (du peuple), etc. Dans sa tentative d’échapper au système, Winston Smith va tomber sur un livre qui décrit la société, et son histoire. On sort là nettement du simple roman de science-fiction, pour des considérations (une étude ?) sur la structure des sociétés humaines. On y explique par exemple que toute société est divisée en 3 groupes : la classe supérieure, la classe moyenne, et la classe inférieure :
Les buts de ces 3 groupes sont absolument inconciliables. Le but du groupe supérieur est de rester en place. Celui du groupe moyen, de changer de place avec le groupe supérieur. Le but du groupe inférieur, quand il en a un — car c’est une caractéristique permanente des inférieurs qu’ils sont trop écraser de travail pour être conscients, d’une façon autre qu’intermittente, d’autre chose que de leur vie de chaque jour — est d’abolir toute distinction et de créer une société dans laquelle tous les hommes seraient égaux.
Ainsi, à travers l’histoire, une lutte qui est la même dans ses lignes principales, se répète sans arrêt. Pendant de longues périodes, la classe supérieure semble être solidement au pouvoir. Mais tôt ou tard, il arrive toujours un moment où elle perd, ou sa foie elle-même, ou son aptitude à gouverner efficacement, ou les deux. Elle est alors renversée par la classe moyenne qui enrôle à ses côtés la classe inférieure en lui faisant croire qu’elle lutte pour la liberté et la justice.
Sitôt qu’elle a atteint son objectif, la classe moyenne rejette la classe inférieure dans son ancienne servitude et devient elle-même la classe supérieure. Un nouveau groupe moyen se détache alors de l’un des autres groupes, ou des deux, et la lutte recommence.
Si dans les faits, notre société est très différente (démocratie, liberté), dans le fond, on peut se poser la question. La télévision prépare le temps de cerveau disponible pour la pub, comme l’on sait. Les politiques peuvent dire à peu près n’importe quoi sans être contredits : pas même besoin de réécrire l’histoire, c’est encore mieux foutu. Quant aux travailleurs, ils devront travailler plus, ce qui leur évitera certainement de trop réfléchir. On devrait même pouvoir trouver 3 slogans du même accabit que ceux du livre !
Un autre passage m’a beaucoup amusé. Winston Smith est à son boulot, et doit remanier un discours passé de Big Brother, toujours pour le faire coller à la vérité du moment :
Winston réfléchit un moment, puis rapprocha de lui le phonoscript et se mit à dicter dans le style familier à Big Brother. Un style à la fois militaire et pédant, facile à imiter à cause de l’habitude de Big Brother de poser des questions et d’y répondre tout de suite.
Ça ne vous rappelle pas quelqu’un, cette manie de faire les questions et les réponses ?
George Orwell (1903-1950) a eu une vie incroyable : il a été policier aux Indes, clochard à Paris, ouvrier, combattant en Espagne, speaker à la BBC, et bien sûr écrivain. Malade de la tuberculose, il écrivit 1984 dans ses toutes dernières années, alors qu’il luttait déjà contre la mort.
Un roman conseillé par la libraire de la fnac. Soazig Aaron est née à Rennes (1949) et de confession juive, comme son prénom et son nom le suggèrent. Elle a reçue la Bourse Goncourt du premier roman et le prix Emmanuel-Roblès en 2002 pour ce livre. Saozig Aaron vit en Bretagne depuis une vingtaine d’années..
Kôbô Abe (1924-1993) est né au Japon; il passe son enfance en Mandchourie (état fantôme créé par les Japonais au nord-est de la Chine de 1931 à 1945). Après des études de médecine, il se tourne vers la littérature : poëmes, pièce de théâtre, romans, science-fiction. Egalement militant communiste, il organise un cercle littéraire dans un quartier ouvrier.
Voilà un livre dont j’ai abandonné la lecture au bout de 50 pages. Ce n’est pas une raison pour ne pas en parler.
Ludwig Lewisohn (1883-1956), est né à Berlin, mais a vécu dès l’âge de 7 ans aux Etats-Unis. Il fit tout pour devenir un « bon américain », allant même jusqu’à renoncer un temps à sa religion (il est juif) pour se tourner vers l’Eglise méthodiste. La Grande guerre aidant, la bonne société américaine lui demandera de tourner définitivement le dos à la culture allemande, dont ses parents l’ont nourri. Il s’y refusera.
Je viens de finir Ernesto Guevara connu aussi comme le CHE, écrit par Paco Ignacio Taibo, un romancier et historien mexicain. C’est une biographie complète et détaillée de la vie du Che, en passant rapidement sur son enfance.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un roman indien. Il y a pourtant de grands auteurs, et je n’ai jamais été déçu (je pense notamment à La maison et le monde de Rabindranath Tagore (porté à l’écran par Satyajit Ray), magnifique roman et superbe portrait de femme.
Irène Némirovky, née en 1903, fille d’un riche banquier juif ukrainien, trouvera l’exil en France après la Révolution russe (la tête de son père étant mise à prix par les Soviets).
de
de Nathalie Kuperman. Là, je n’ai pas vraiment compris la libraire de la fnac. Petit roman dans tous les sens du terme, l’histoire des interrogations existentielles d’une bourgeoise du 16ème qui embauche une femme de ménage, qu’elle virera à la fin, car vous comprenez, cela remet trop de choses en question.
de Isabelle Minière. Je m’attendais au pire en lisant celui-ci (après J’ai renvoyé Martha), et ce fût une excellente surprise. Un couple où la femme confond l’amour et le pouvoir, et les réflexions d’un homme qui va réagir petit à petit, grâce à 3 évènements: l’achat d’une table basse en bois « creux », où le mot creux sera le déclencheur initial de sa dissidence, puis la lecture de Plutarque pour apprendre à dire non, enfin la rencontre d’une autre femme pour quitter l’autre définitivement.
de Alfred Doblin. La chronique d’un procès qui défraya la chronique dans les années 1920. Deux femmes se lient, l’une subit les violences de son mari. Elles l’empoisonneront, et iront en prison. L’auteur (médecin et romancier) décortique les processus qui vont mener à cet assassinat… presque inéluctablement. La violence du mari fera germer celle de la femme, et les juges seront débordés par le sujet: que juge-t-on ? un simple assassinat, ou une société où une femme mariée ne peut que subir ?