Archives de catégorie : Littérature

Dans la dèche à Paris et à Londres – George Orwell

Dans la dèche à Paris et à Londres - Goerge Orwell George Orwell, avant d’écrire 1984, a apparemment pas mal galéré, comme le raconte ce petit livre autobiographique intitulé Down and out in Paris and London dans sa version originale. Né aux Indes Britanniques en 1903, George Orwell s’engage six ans dans l’armée impériale en Birmanie, dont il démissionnera pour se consacrer à l’écriture.

C’est à cette époque qu’il vient en Europe et va connaître la misère et la pauvreté entre Londres et Paris (1928-1930). Il participera ensuite à la guerre d’Espagne, luttant contre le totalitarisme. Son roman le plus connu, 1984, est publié en 1949. Il meurt à Londres en 1950.

C’est donc d’une sorte de journal qu’il s’agit, où George Orwell nous raconte ses galères pour survivre, et nous fait pénétrer le monde des classes défavorisées de cette époque.

Le sujet de ce livre c’est la misère, et c’est dans ce quartier lépreux que j’en ai pour la première fois fait l’expérience – d’abord comme une leçon de choses dispensée par des individus menant des vies plus impossibles les unes que les autres, puis comme trame vécue de ma propre existence. C’est pour cela que je m’efforce de planter au mieux le décor.

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Psychopathologie de la vie quotidienne – Sigmund Freud

Psychopathologie de la vie quotidienne - Sigmund Freud Avec un titre et un auteur pareil, le bouquin a de quoi faire peur… C’est Michel Onfray qui en parlait lors d’un de ses cours sur la contre-histoire de la philosophie, disant que l’on n’appréhendait plus les lapsus de la même manière une fois ce livre lu. Et comme on fait tous.. y compris Freud d’ailleurs !

Et finalement, ce livre se lit très facilement : Freud s’y exprime très clairement, avec même beaucoup de retenue. Loin d’énoncer des certitudes, il se borne à analyser (forcément !) des exemples de la vie courante, soit tirés de sa propre expérience, soit qu’ils lui ont été rapportés. Mais il le fait très simplement, sans aucune suffisance dans ses propos; il se borne à tenter des explications au cas par cas… oublis de noms, lapsus, erreurs d’écriture, actes manqués… tout y passe, et à chaque fois qu’une analyse est possible, on retrouve la trace de l’inconscient derrière tout ça. Car ce dernier travaille sans cesse, infatigablement.

Il dit une chose très simple sur les oublis :

Je puis indiquer d’avance  le résultat uniforme que j’ai obtenu de toute une série d’observations : j’ai trouvé notamment que dans tous les cas l’oubli était motivé par un sentiment désagréable.

Un début de piste pour analyser votre dernier oubli ? 😉 Si cela peut paraître évident dans certains cas, dans d’autres, cela vous interrogera ! Le principe peut être même être étendu :

Tout le monde admet qu’en ce qui concerne les traditions et l’histoire légendaire d’un peuple, il faut tenir compte, si l’on veut bien les comprendre, d’un motif semblable, c’est-à-dire le désir de faire disparaître du souvenir du peuple tout ce qui blesse ou choque son sentiment national. Une étude plus approfondie permettra peut-être un jour d’établir une analogie complète entre la manière dont se forment les traditions populaires et celle dont se forment les souvenirs d’enfance de l’individu.

En cette période de débat sur l’identité nationale… voilà un angle intéressant à creuser ! Et de citer Darwin qui à chaque fois qu’il se trouvait en présence d’une idée nouvelle qui contredisait ses propres résultats, le notait systématiquement, sachant par expérience que les faits et les idées de ce genre disparaissent plus facilement de la mémoire que ceux qui vous sont favorables. Autre citation, de Nietzsche cette fois (Au-delà du bien et du mal, II) :

«C’est moi qui ait fait cela» dit ma mémoire. «Il est impossible que je l’aie fait» dit mon orgueil et il reste impitoyable. Finalement – c’est la mémoire qui cède.

Ce livre est donc une suite d’anecdotes, suivies de l’explication probable de l’erreur… Ces énumérations peuvent être un peu lassantes à la longue (sans doute nécessaires à la démonstation), mais les réflexions et les analyses de Freud sont  passionnantes, comme vous pourrez en juger dans les extraits ci-dessous.

Le truc, c’est évidemment d’analyser : dans quelles conditions étions-nous mentalement ? quelque chose nous tracassait-il ? que nous évoque le mot ? se concentrer sur ce qui nous passait par la tête à ce moment là, etc… De toutes ces informations peut venir l’explication…

Extraits

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La vague – Todd Strasser

La vague - Todd Strasser Au dos du livre, on peut lire « Cette histoire est basée sur une expérience réelle qui a eu lieu aux États-Unis dans les années 70 ».

C’est en fait l’adaptation romancée d’un téléfilm portant le même nom, lui-même  inspiré par une étude expérimentale sur le fascisme nommée « La troisième vague » , menée par un professeur d’histoire (Ron Jones) sur des élèves de première d’un lycée de Palo Alto, en Avril 1967. Ce roman est donc l’adaptation d’une adaptation…

N’arrivant pas à expliquer à ses élèves comment le peuple allemand avait pu laisser le parti nazi procéder au génocide de populations entières, Ron Jones décide de les mettre « en situation ». Il fonde alors un mouvement nommé « La troisième vague », basé sur la discipline, et plaçant le groupe au-dessus de l’individu. L’expérience fonctionne tellement bien qu’une semaine plus tard, il y met fin brutalement, et explique aux étudiants comment ils ont été manipulés.

Le roman se lit en deux heures, et j’aurais aimé plus de profondeur et d’analyse, tant le sujet est intéressant, mais on restera à la surface des choses. Cela reste toutefois une petite histoire qu’il est bon de mettre entre toutes les mains, et particulièrement des adolescents.

Selon la page consacrée à ce sujet sur Wikipedia, les sources fiables sur l’expérience sont rares, ayant été gardée secrète jusqu’en 1976, et les souvenirs du professeur Ron Jones sont plutôt confus. Lors de la sortie du téléfilm, il dénoncera la dramatisation volontaire des producteurs.

Le roman a inspiré à son tour un film allemand réalisé par Dennis Gansel en 2008, La Vague, double lauréat des Prix du Film Allemand. Le film a également été nommé au Festival du Film de Sundance (Grand Prix du Jury). La sortie en France a eu lieu le 4 mars 2009.

J’aime bien la dernière phrase de l’article sur Wikipedia :

D’un point de vue sociologique, le fait que le public semble prêt à accorder crédit à la « Troisième Vague » telle qu’elle est relatée dans les adaptations artistiques pourrait en lui-même provoquer un questionnement et constituer un objet d’étude.

Beijing coma – Ma Jian

Beijing coma - Ma Jiang J’ai lu ce livre lorsque je me suis cassé le coude. Il ne m’aura pas fallu moins de deux semaines d’inactivité totale pour lire ce gros pavé de 900 pages, relatant sous forme de chronique les évènements de la place Tian’anmen, et au passage vous donne une idée de ce que peut être la vie quotidienne en Chine.

Le narrateur, Dai Wei, un étudiant, est dans le coma. Il a reçu une balle dans la tête lorsque le Parti a décidé de nettoyer la place occupée depuis un mois par les étudiants. Il est allongé sur un lit, dans l’appartement de sa mère, et est conscient de tout ce qui se passe autour de lui. Alors il raconte… à la fois comment tout cela s’est passé, mais aussi ses souvenirs d’enfance, la vie quotidienne de sa mère, les problèmes auxquels elle est confrontée.

Un peu d’histoire : en 1989, Hu Yaobang meurt. C’est l’ancien président du Parti, déchu de tous ses fonctions en 1987. Il est populaire, car c’était un réformateur, ayant initié la réhabilitation des droitistes : en 1956, Mao avait lancé le mouvement des cents fleurs, qui encourageait les intellectuels à s’exprimer. C’était un piège, et ceux-ci seront envoyés à la campagne ou dans des camps de travail, et donc qualifié de droitistes. Au passage, Hu Yaobang était aussi partisan d’une politique pragmatique au Tibet, demandant le retrait de milliers de cadres chinois…

Il sera remplacé par Zhao Ziyang, en poste au moment des évènements. Opposé à la répression violente qui a lieu, il sera lui aussi écarté du Parti et placé en résidence surveillée.

Les étudiants décident de manifester pour demander plus de démocratie, et moins de corruption. En rendant hommage à Hu Yaobang, ils pensent pouvoir légitimer leur mouvement. Ils occupent alors la place Tian’anmen, presque par hasard. D’autant que très vite des mouvements dissidents se créent : à la moindre divergence d’opinion, un nouveau mouvement apparaît, avec son propre leader, sa propre déclaration politique, son propre service d’ordre. Certains sont partisans d’une action plus radicale, d’autres changent d’avis d’un jour à l’autre. Ils se savent également infiltrés par le Parti… mais ce n’est pas une nouveauté pour eux, le Parti est omniprésent en Chine.

Après les évènements, Yu Jin, qui travaille désormais à Sanghaï pour une entreprise financière, raconte à Dai Wei (sans savoir si celui-ci l’entend) :

«Dai Wei, ils nous ont peut-être séparés, mais nous devons continuer la lutte. Quand ils m’ont arrêté, j’ai refusé de plaider coupable. Je leur ai juste dit ce qui s’était passé. J’ai dit que tu étais le patron, bien sûr. Je savais que tu étais déjà dans le coma, et que ça ne changerait rien pour toi. Tous ceux qui avaient des liens avec l’étranger sont partis. Ceux qui sont restés ont abandonné les études et se sont mis dans le commerce. Si tu veux vivre avec un minimum de dignité à notre époque il faut faire de l’argent. L’université de Beijing a perdu son âme. Personne ne veut plus y entrer. Les étudiants sont obligés de faire une année de service militaire avant de commencer le cursus maintenant, ce qui fait qu’il dure quatre ou cinq ans».
Qu’est-ce qui clochait avec notre génération ? Quand les fusils étaient pointés sur nous, nous continuions à perdre notre temps à nous chamailler. Nous étions courageux mais inexpérimentés, et nous ne comprenions pas grand chose à l’histoire de la Chine.

Et le Parti est tellement omniprésent qu’il est impossible d’y échapper :

– Aujourd’hui, la Place est notre seul foyer, dit Wang Fei. Nous n’avons plus nulle part ou aller. Si nous retournions chez nos parents, ils nous livreraient à la police.
– Oui, Mao a détruit le système familial traditionnel afin que tous soient obligés de dépendre du Parti, expliqua Tian Yi. Nous sommes une génération d’orphelins. Nos parents ne nous ont pas soutenus affectivement. Dès que nous sommes nés, ils nous ont livrés au Parti et l’ont laissé contrôler nos vies.
– Si nous devions échouer maintenant, nos parents prendraient le parti du gouvernement et exigeraient notre châtiment, fit Bai Ling. Le jour de mes dix-huit ans je suis entré au Parti. Mon père m’a dit : « à partir de ce jour, tu appartiens au Parti ». Comment pourrai-je rentrer à la maison désormais ? Les orphelins doivent apprendre à tracer leur propre chemin dans la vie. […] Pu Wenhua et Hai Feng ont livré des informations aux militaires pour assurer leur avenir. Le gouvernement n’aura plus besoin de communiquer avec nous. Ces deux types ont carrément détruit notre mouvement. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est un bain de sang. Il n’y a que si des flots de sang coulent sur la place Tian’anmen que les yeux des Chinois finiront par s’ouvrir. » Elle fronça les sourcils et éclata en sanglots.

La vie quotidienne de la mère de Dai Wei n’est pas triste non plus. Les soins apportés à son fils l’amènent dans des hôpitaux où sauver une vie n’est pas toujours la première préoccupation, mais plutôt l’argent et la peur de sanctions, comme ce dialogue entre deux infirmiers :

– Y a-t-il un espoir pour le comateux d’à-côté ? Il a été renversé par une voiture, c’est ça ?
– Ça fait une semaine. S’il meurt maintenant, la cause de la mort sera enregistrée comme insuffisance de soins, au lieu d’accident de la route, et nous perdrons toutes nos primes.
– Personne n’est venu le réclamer. Les autorités arrêteront de payer ses soins demain. Je crois qu’on devrait le balancer devant l’hôpital.
– Mettons-le dans l’incinérateur. On dira qu’il est mort de septicémie.
– Non, tu ne peux pas faire ça. Ça n’est pas bien. C’est peut-être un riche homme d’affaire et il pourrait nous rembourser quand il sortira du coma.

Un bon bouquin, avec quelques longueurs toutefois… Une vision de la Chine contemporaine assez complète, avec son ouverture au capitalisme, mais sous contrôle total du Parti. A lire ce livre, on n’a vraiment aucune envie d’aller en Chine, tant le régime politique est omniprésent, dictant son bon vouloir à une population encore  très attachée aux coutumes millénaires. La démonstration d’une belle dictature, au cas où on l’oublierait…

Je termine l’article par une photo trouvée sur Wikipedia : une bicyclette détruite et les traces de chenille d’un char, monument à la mémoire des victimes de la répression de Tian’anmen situé à… Wroc?aw, en Pologne. Le nombre de victimes n’est toujours pas connu à ce jour (Amnesty International parle d’un millier), et le gouvernement chinois prétend toujours qu’il a du intervenir contre des voyous mettant en péril le socialisme.

à la mémoire des victimes de Tien'anmen

Karl Marx – Révolution et socialisme

Révolution et socialisme - Karl Marx Après le premier volume intitulé Sociologie critique, lu il y a près d’un an déjà, et où Karl Marx analysait avec talent le capitalisme, il était temps de s’attaquer au second, tourné cette fois vers les conditions de l’émancipation politique et sociale. Comment faire la révolution !

Pour rappel, ces deux livres sont des recueils de textes de Karl Marx, réunis par Maximilien Rubel, qui fût l’éditeur des Oeuvres de Marx dans la Pléiade. Morceaux choisis, donc, permettant de condenser la pensée de Marx.

Autant le premier ouvrage analysait remarquablement le capitalisme, et annonçait longtemps à l’avance les problèmes inhérents que ce système génère (inégalité, chômage, salaires minimum, spéculation, crises récurrentes), autant celui-ci semble un peu dépassé plus d’un siècle après.

Il faut dire que les conditions de la classe ouvrière dans la seconde partie du XIXème siècle étaient autrement calamiteuses que maintenant, et l’idée que le peuple ouvrier se soulève un jour ou l’autre devait apparaître effectivement comme inéluctable. C’est ce que pense Marx.

Depuis cette époque, les enfants ne travaillent plus à l’usine, les congés payés sont arrivés (grâce au Front Populaire), et le prolétaire ne travaille plus 14h par jour sans pour autant parvenir à subvenir à ses besoins. Enfin… disons que c’est vrai en Occident.

Voici quelques extraits choisis :

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Cercle – Yannick Haenel

Cercle - Yannick Haenel A l’inverse du précédent, j’ai senti dès les premières pages que ce roman n’allait pas me plaire. J’ai tout de même continué jusqu’à une centaine, puis je l’ai refermé définitivement.

Je ferai dorénavant un peu plus attention quand la libraire me  propose un bouquin (qu’elle n’avait pas lu d’ailleurs, nous en avons parlé ensuite). Si j’avais lu ne serait-ce que la première page sur place, le livre serait resté sur l’étagère de la librairie. Là, il risque de finir à la poubelle, les places dans ma biblitohèque sont comptées, et surtout se méritent.

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Bruits du coeur – Jens Christian Grøndahl

Bruits du coeur - Jens Christian Grøndahl J’ai été accroché dès les premières pages de ce roman, par le ton, le rythme des phrases, puis par l’histoire elle-même qui peu à peu va se révéler, au gré et au rythme des souvenirs du narrateur, dont on ne saura jamais ni le nom ni le prénom.

C’est l’histoire de deux amis d’enfance, l’un resté au Danemark, l’autre, Adrian, ayant aménagé à New-York il y a une quinzaine d’années. Ce dernier vient de mourir d’une crise cardiaque, à 39 ans, et le narrateur reçoit une lettre de son ami cinq jours plus tard, hasard du destin et de la poste… dans cette lettre, Adrian lui parle d’une chose qui le tourmente et dont il aimerait lui parler, car il est seul en mesure de comprendre.

Se sentant un peu coupable d’avoir négligé leur amitié, le narrateur va alors revenir sur les premières années de celle-ci, et remonter doucement le fil du temps : les premiers amours, les évènements inattendus que la vie réserve aux deux jeunes hommes… Le fond de l’histoire va peu à peu se décanter, le narrateur se découvrir, pour notre plus grand bonheur.

Un excellent roman, qui donne envie d’en lire d’autres du même auteur.

Jens Christian Grøndahl est né en 1959 à Copenhague. Il a écrit une dizaine de romans, et est reconnu comme l’un des meilleurs écrivains de sa génération.

Millenium people – J.G. Ballard

Millenium people - J.G. Ballard Et si la middle-class se révoltait, entrait en rébellion ouverte avec la société ? Le quartier résidentielle de la «marina de Chelsea» est en effervescence, les mouvements de protestation se multiplient contre cette société en crise. Des actes gratuits, médiatisés, sèment peu à peu la pagaille. Si la bourgeoisie se révolte, où va-t-on ?

C’est le point de départ de ce roman, traité avec un humour bien anglais. Un attentat à Heathrow va amener David Markham, psychologue, à infiltrer les révoltés de Chelsea. Le groupe serait-il manipulé par des terroristes beaucoup plus dangereux ? Qui est ce mytérieux médecin qui les a amenés à se révolter ?

C’est un portrait décalé de notre société médiatique et son absence de sens. Les personnages, cadres supérieurs, ont bien du mal à assumer la vacuité de leurs vies, et sont tous très (trop) perturbés… Le roman se lit agréablement. Sans plus. Probablement trop britannique à mon goût, avec ces personnages improbables dont les problèmes égocentriques et/ou existentiels n’intéressent personne à part eux-mêmes.

James Graham Ballard est un écrivain anglais, né en 1930 à Shanghaï. Lors de l’invasion de la Chine par le Japon, il passera trois ans en camp de détention pour civils. Il racontera son histoire dans L’empire du soleil, dont Spielberg fera un film. Puis il écrira plusieurs romans de science-fiction. Il est célèbre pour son roman Crash!, adapté au cinéma par Cronenberg cette fois-ci. Un roman que je n’avais pas terminé à l’époque, avec là encore des personnages plus que perturbés.

Le travail de la nuit – Thomas Glavinic

Le travail de la nuit - Thomas Glavinic C’est l’histoire de Jonas qui un beau matin, voulant se rendre à son travail, se rend compte qu’il n’y a plus de bus, ni personne pour le prendre d’ailleurs. Plus de radio, de tv, personne au bout du fil…En fait, il semble bien être le seul (le dernier ?) être vivant sur la planète. Pas âme qui vive, à perte de vue. Plus de vie animale non plus. Seul.

Commence alors une longue narration, plutôt bien écrite, qui nous emmènera au bout de 400 pages à un épilogue guère surprenant. Le démarrage est lent, si tant est qu’il ait démarrage… certes, il n’y a pas grand chose à faire dans une telle situation… Alors Jonas s’observe. Et des choses bizarres se produisent, durant son sommeil, lors d’une folle course en voiture, et d’autres encore. Si elles maintiennent l’intérêt du lecteur, elles ne seront jamais expliquées. Très énervant.

En fait, on se sait pas pourquoi Jonas fait telle ou telle action, ni ce qu’il a en tête… A-t-il une stratégie ? l’auteur n’explique rien, se contente de décrire ce qu’il fait et où il va. Déçu donc… en en parlant avec la libraire qui m’avait proposé ce livre, elle disait s’être complètement immergée dans la situation angoissante de Jonas, à savoir se retrouver seul au monde.

Ne le sommes-nous pas d’ailleurs, même entouré de personnes ? c’est peut-être ce que veut montrer l’auteur. A moins que ce ne soit l’inverse, que l’on ne peut pas vivre seul, que nous ne sommes rien sans les autres. Ou alors les deux ? À vous de voir…

Thomas Glavinic est né en 1972 à Graz (Autriche). En 1987, il devient n°2 des joueurs d’échec autrichien de sa classe d’âge. Chauffeur de taxi, il a également travaillé dans la pub, avant de s’adonner totalement à l’écriture.

Le testament français – Andreï Makine

Le testament francais - Andreï Makine Très beau roman que celui-ci, que m’avait conseillé Jeff, le marin rencontré au Cambodge. J’ai suivi son conseil, et ne le regrette pas. Il se trouve que le roman a reçu le prix Goncourt et Médicis en 1995 (ainsi que le Goncourt des lycéens !). Ceci explique certainement cela.

Un enfant russe passe ses vacances au fin fond de la Sibérie, chez sa grand-mère Charlotte, fille d’une mère française ayant émigré en Russie il y a bien longtemps. Au cours des longues soirées d’été, elle va lui raconter ses souvenirs parisiens, piochant parfois dans une vieille valise mystérieuse une coupure de presse, une photo de l’époque.

Ces évocations enflammeront l’imaginaire de l’enfant… ainsi l’inondation de 1910 transforme Paris en nouvelle Atlantide, émergeant des eaux… Que Charlotte dise « Oh, Neuilly à cette époque n’était qu’un simple village… », et la voilà composée d’une douzaine d’isbas (maisons traditonnelles russes construites en bois), des quelques paysans et d’un troupeau qui se dirige lentement vers l’étable…

L’imagination du lecteur se laisse également emporter…

L’enfant va grandir, s’imprégnant ainsi de culture française, pour s’en affranchir à l’adolescence et peu à peu trouver sa véritable identité russe, à travers ce siècle mouvementé où l’histoire familiale s’entrechoque avec la grande histoire.

La Russie, tel un ours après un long hiver, se réveillait en moi. Une Russie impitoyable, belle, absurde, unique. Une Russie opposée au reste du monde par un destin ténébreux.
Oui, si à la mort de mes parents, il m’arriva de pleurer c’est parce que je me sentis Russe. Et que la greffe française se mit à me faire, par moments, très mal.

C’est remarquablement écrit, l’évocation de l’identité française comme celle de la Russie avec ses grandes steppes, l’immensité de ses horizons, parfaitement transcrites, pleines de poésie. Le récit parfaitement maîtrisé réserve une surprise finale, fermant le cercle… et donnant presque envie de recommencer au début.

Andreï Makine est un écrivain français né en Sibérie en 1957. En 1987, à la faveur d’échanges culturels entre la France et la Russie, il demande et obtient l’asile politique, puis la nationalité française en 1996.