Un bandeau vert entourait le livre que me montrait le libraire : «précède LES ECLAIREURS, prix france culture-télérama 2009». Ce dernier n’est pas encore disponible en format poche, mais « Les falsificateurs » oui. Et puisqu’il vaut mieux commencer une histoire par son début, j’ai donc pris celui-ci.
Un jeune diplomé en géographie se fait engagé par un cabinet d’études environnementales. Jusque là tout va bien. Très vite, son supérieur lui propose de travailler pour une organisation secrète, d’envergure mondiale, et dont les missions consistent principalement à établir de faux rapports, j’ai nommé le CFR : Consortium de Falsification de la Réalité. Altération de documents existants, production de faux, tout cela afin de modifier le cours de l’histoire sans jamais apparaître au devant de la scène médiatique.
Jeune homme honnête, Sliv Dartunghunver va vite comprendre qu’il est essentiel de connaître les buts de cette mystérieuse organisation. Hélas, c’est précisément la seule chose qu’il est inutile de demander, seuls les plus hauts dirigeants les connaissent. Le comité directeur du CFR réfléchit au sens de l’histoire. Il en découle un Plan par le biais de directives. A eux d’intégrer ces directives dans leurs productions.
Et Sliv va faire ce qu’on lui demande, sans en comprendre les buts finaux, se bornant tout de même à quelques états d’âme. Lorsqu’il se croira impliqué dans un meurtre (en fait le CFR le teste), il démissionnera mais reviendra six mois plus tard. Car ce travail le fascine, il est doué, et il grimpe vite dans la hiérarchie… son but est d’arriver au sommêt pour enfin comprendre. Triste comportement d’un type qui en fait accepte d’obéir à une autorité sans comprendre ses actes et de mettre ses idéaux dans sa poche parce qu’il en retire des bénéfices.
Le problème du roman, c’est qu’on a du mal à accrocher à cette histoire de gigantesque manipulation prétendant « modeler » l’Histoire humaine. Passe encore les scénarios de falsification imaginés, peu crédibles, où l’auteur s’en donne à coeur joie, de la chienne Laïka à Christophe Colomb, en passant par les bushmen du Kahalari. J’aurai préféré moins de scénarios et plus d’élaboration. Mais le discours du directeur du Plan, homme pourtant sage et avisé, présente un « sens de l’histoire » très libéral… Extraits :
Nous sommes extraordinairement confiants sur l’avenir de l’humanité. Tous les indicateurs sont que nous utilisons – et que nous avons pour certains reconstitués sur plusieurs siècles – sont au vert : mortalité infantile, espérance de vie, alphabétisation, nombre de victimes des guerres de religion ou des épidémies évoluent tous dans le bon sens. L’économie de la planète connaît une expansion sans précédent, nourrie par le développement du commerce internationnal et l’innonvation technologique. Cela ne signifie évidemment pas que chacun profite également de la mondialisation. Le Japon, certaines nations européennes qui ont à la fois perdu le goût du travail et celui de faire des enfants ont du souci à se faire. Les français qui n’ont que le mot de redistribution à la bouche n’arrivent pas à se résoudre à partager leur richesse avec des Indiens ou des Chinois. Et pourtant, pour un emploi qui disparait à l’Ouest, ce sont dix familles qui sortent de la pauvreté en Inde.
Et Sliv avale tout ça d’un trait :
Le progès de l’humanité passe par l’assimilitation et jamais par le rejet. […] Si la Chine tardait à se libéraliser, c’était sans doute qu’on ne pouvait pas diriger – au moins en cette fin de XXe siècle – un pays de plus d’un milliard d’habitants comme on dirigerait le Danemark ou Singapour. Si les néo-conservateurs américains gagnaient en influence, c’est sans doute parce qu’ils n’avaient pas tout à fait d’affirmer que les Etats-Unis assuraient désormais seuls la sécurité de la planète, mission dont semblait s’être graduellement déssaisie l’Europe dont la protection sociale absorbait une part grandissante de la richesse. […] Sans doute exprimait-il mieux que je n’aurais su le faire cette sensation que j’éprouvais confusément d’assister à l’apparition d’une civilisation mondiale, civilisation à qui il restait à trouver son mode de gouvernance, mais qui semblait plus unie que jamais autour de quelques principes clés comme la liberté, la science et l’abondance matérielle.
Tout va bien donc, vive la mondialisation et la société de consommation !
Cette vision ultra-libérale de la société parfaite me laisse plus que septique : sortir de la pauvreté… pour entrer dans la misère ? Pas un mot sur l’accroissement des inégalités qu’un tel système implique. L’auteur me semble largement dépassé par son sujet.
Antoine Bello est un écrivain français né en 1970 à Boston et qui vit à New York. Je découvre à l’instant sur wikipedia qu’en 2007, il s’est engagé en faveur du candidat Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle. Je comprend mieux maintenant cette vision libérale du monde…
Finalement, je n’ai pas envie de connaître les buts du CFR. Les éclaireurs peuvent attendre.
C’est le deuxième livre de Céline que je lis, après « Voyage au bout de la nuit », véritable chef d’oeuvre littéraire doublé d’une terrible et efficace critique de la guerre et du colonialisme.
J’avais commencé ce second tome des nouvelles de Philip K. Dick il y a un bon bout de temps. Si j’ai aimé la première période (1953-1963), en revanche la deuxième (1963-1981) me passionnait beaucoup moins. Plus j’avançais dans le livre (et dans le temps), moins les nouvelles me plaisaient. Je l’avais donc mis de côté, pour ne le finir que récemment.
Je n’avais jamais rien lu de Salman Rushdie, et le libraire semblait sûr de lui avec ce second roman, écrit en 1981, et qui apporta la notoriété à son auteur, tout cela bien avant l’histoire des Versets sataniques, en 1988. Aucun doute, il maîtrise l’art de la narration, et c’est parfaitement écrit. Toutefois je n’ai pas vraiment accroché.
Gao Xingjian est né en 1940 en Chine. Dans les années 80, il s’impose comme écrivain et dramaturge. En 1987, il s’exile en France, victime d’attaques politiques violentes. En 2000, il reçoit le prix Nobel de littérature pour son oeuvre. Il est citoyen français depuis 1997.
Le jour de ses dix ans, par un matin brumeux, un libraire emmène son jeune fils, Daniel Sempere, dans un lieu mystérieux : le Cimetière des Livres Oubliés… Là, comme le veut la tradition, il devra « adopter » un livre afin de le sauver de l’oubli.
Ce livre est le «Cent ans de solitude chinois», dit-on, sans doute avec raison : une fresque incroyable mélangeant Histoire et légendes, au coeur de la Chine profonde.
Roman fleuve de 700 pages, écrit par une Vietnamienne dissidente du parti communiste Vietnamien, je m’attendais à passer un très bon moment avec ce livre. Ce fût une déception.
Un véritable petit bijou ce livre ! Le récit du voyage, entre Belgrade et le Khyber Pass (montagne entre l’Afghanistan et le sous-continent indien), fait en 1953 par Nicolas Bouvier et un ami peintre Thierry Vernet, à bord d’une petite Fiat 500 Topolino. Un voyage de 2 ans, à travers la Turquie, l’Iran et l’Afghanistan, cherchant à travailler sur place l’hiver, puis se déplaçant dès que le climat le permet.
Voilà un petit conte symbolique parfaitement écrit, et bien agréable à lire.