Archives de catégorie : Littérature

Morceaux de bravoure – Norman Mailer

Morceaux de bravoure - Norman Mailer C’est à la la suite d’une critique enthousiaste de Nicolas Demorand que j’ai acheté ce livre : « immense écrivain américain… ruminations sur l’époque : l’anti-communisme, la culture pop américaine… c’est formidable quand un écrivain se met à faire du journalisme…un monstre sacré de la littérature américaine. ».

J’apprendrai à me méfier de l’enthousiasme de Mr Demorand à l’avenir ! Dans la préface, Norman Mailer précise qu’il s’agit en fait de deux livres, qu’il a tenu à publier en un seul : le premier réunissant ses textes courts préférés des années soixante-dix, le second un choix d’interviews de la même période. La première s’appelle Pieces, la seconde Pontifications.

La première partie s’est révélée intéressante, Norman Mailer y parle de son métier d’écrivain, du pouvoir de la télé en racontant certaines émissions de télé auxquelles il a participé (dont une très drôle avec Truman Capote), de son ami et traducteur Jean Malaquais, du « dernier tango à Paris », de la C.I.A…

La seconde par contre porte bien son nom : Pontifications. Il s’agit d’un recueil d’interviews donnés à des journalistes, à propos de mariage, du sexe, de Dieu et du Diable (Mailer croit plus au Diable qu’en Dieu semble-t-il, ce qui parait parfaitement idiot), de la science, etc..

J’ai trouvé toute cette deuxième partie complètement nulle, autant les questions des journalistes que les réponses de Mailer. De la vraie branlette intellectuelle, où transpire tous les problèmes typiques des américains : sexe, religion, racisme, etc… Mais sous le couvert d’un intellectualisme  très élaboré, on peut discuter des heures du sexe des anges, n’est-ce pas ?

Bref, j’ai bien failli plusieurs fois refermer ce livre une bonne fois pour toutes. Norman Mailer a un avis sur tout, c’est un peu ça le problème, et une manière de l’exprimer très suffisante. Le personnage est complexe, certes, et a vraiment du mal à paraître sympathique.

Norman Mailer (1923-2007) est un écrivain américain. Il connaît le succès à 25 ans avec « Les nus et les morts », racontant l’histoire de soldats américains combattant sur un atoll japonnais. Il reconnaît qu’il n’avait alors pas encore trouvé son propre style, s’étant contenté de copier ses mentors littéraires, comme Hemingway (il raconte ça très bien dans Morceaux de bravoure, d’une manière très honnête).
Vers les années 50, il est tenté par le marxisme et l’athéisme (apparemment il s’en est remis). Marié six fois, il agresse en 1960 sa femme à coups de canif ; elle ne porte pas plainte, mais Mailer passera trois semaines en hôpital psychiatrique. Dans les années 1970, il sera un farouche opposant à la guerre du Vietnam. Un peu plus tard, il s’opposera aussi à la présidence de Georges W. Bush.

La survie de l’espèce – Paul Jorion & Grégory Maklès

La survie de l'espèce - Paul Jorion & Grégory Maklès Quoi de mieux qu’un format BD pour expliquer quelque chose à priori d’aride et compliqué ?

La survie de l’espèce (Futuropolis-Arte), c’est le capitalisme expliqué à toutes et à tous, de 7 à 77 ans, et c’est Paul Jorion qui s’y colle pour les textes, avec Grégory Maklès pour les dessins.

Autant vous le dire tout de suite, c’est une vraie réussite !

Comme toute bonne BD, on la dévore avec délice ; « essai dessiné incisif, humoristique » indique la couverture… c’est même cinglant parfois, le rire est à double tranchant !

La violence du système y est démontrée de façon éclatante, avec beaucoup d’intelligence et d’humour. Les dessins de Grégory Malkès, bourrés de références, la sobriété volontaire des couleurs, sont  en parfaite symbiose avec le ton du texte…

Car si le sujet est sérieux, la démonstration ne quitte pas son ton une seconde ; il ne s’agit pas d’apitoyer le lecteur, plutôt de le réveiller. Première partie : la fabrication du consentement, et le surplus qui en résulte, en partant des origines :

La fabrication du consentement

Et ce surplus, il faut le partager, vient alors le jeu du Partage du Surplus :

RÈGLE DU JEU : LE BUT DU JEU DU PARTAGE DU SURPLUS EST DE PARTAGER LE SURPLUS LE MOINS POSSIBLE (EN TOUTE CIVILITÉ BIEN SÛR)

La deuxième partie s’intitule : Ce qu’il advient du surplus et la troisième et dernière : Le démenti par les faits… je vous laisse imaginer de quoi il retourne.

Le texte n’a rien à envier aux dessins :

Notez que le terme « demandeur d’emploi » reflète seulement le point de vue administratif. Si vous demandez à l’administration de faire un truc, vous êtes un demandeur (l’Administration est polie). Mais sur le marché de l’emploi, on devrait plutôt dire que Judith est une offreuse de travail, car elle offre sa capacité de travail à l’humanité. L’humanité n’est pas forcément intéressée. Et pour cause : grâce aux machines, l’humanité a de moins en moins besoin de travail. C’est un de ces problèmes complexes qu’il est plus simple de résoudre en décrétant que c’est la faute à quelqu’un. Dans le cadre de la compétition permanente, malheur au perdant… Outre le fait que ça élimine en priorité ceux qu’on estime être les moins utiles, ça incite ceux qui restent, quand on le leur demande gentiment, à courir plus vite.

Paul Jorion termine heureusement par une belle anecdote au ton optimiste, faites d’espoir dans la jeunesse. Une BD à lire, véritable ovni sur le sujet. À faire lire à ses enfants, à prêter à ses amis, ou mieux encore à leur offrir…

Paul Jorion, né le 22 juillet 1962 à Bruxelles, est un chercheur en sciences sociales, ayant fait usage des mathématiques dans de nombreux champs disciplinaires. Docteur en sciences sociales de l’université libre de Bruxelles, diplômé en sociologie et anthropologie sociale, il a enseigné dans plusieurs grandes universités, et travaillé aux Nations-Unies sur des projets de développements en Afrique.

Il a également travaillé dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix, ayant préalablement été trader sur le marché des futures dans une banque française.

Son blog est très un bon endroit pour se renseigner sur la crise. On peut aussi y trouver quelques planches complètes de La survie de l’espèce, comme celle de cet article.

Le marathon d’Honolulu – Hunter S. Thompson

Le marathon d'Honolulu - Hunter S. Thompson Retour à Hunter S. Thompson ; cette fois c’est le libraire qui m’a réservé ce livre sans que je ne lui demande rien ! Le genre de petite attention que seul un libraire peut vous apporter…

Jusqu’alors inédit en France, publié sous le titre original de « The curse of Lono », ce sont les éditions Tristram qui le publient, sous un format « souple » bien agréable à tenir en main, avec une belle photo de HST pour la couverture.

On le retrouve au meilleur de sa forme, et l’on comprend mieux son mode de fonctionnement. À partir d’un événement réel, il va écrire un roman totalement déjanté. On imagine la trame de faits réels derrière son récit, mais chaque fait est exagéré, déformé, pour mieux s’intégrer au récit qu’il a imaginé, n’hésitant pas à y mêler un brin d’histoire et de mythologie locale…

Car l’histoire est parsemée d’extraits des récits du dernier voyage du Capitaine Cook lorsque celui-ci découvrit les îles Hawaï. Destin tragique, puisqu’il y trouva la mort dans d’étranges circonstances : lors de sa première arrivée, il fut considéré comme la réincarnation du dieu Lono, car cela correspondait à la mythologie des indigènes. Un mois après, il repart, mais à cause d’une avarie au mât de misaine, décide de rebrousser chemin pour réparer le bateau. Et le drame éclate : cette fois, cela ne correspondait plus du tout à la mythologie locale, le dieu Lono n’était pas censé revenir aussi vite !
Des tensions apparaissent, un vol de chaloupes dégénère, Cook veut alors prendre le roi en otage, mais les locaux ne se laissent pas faire, et James Cook sera atteint à la tête d’un coup de dague au cours de l’affrontement. Ironie du sort, s’il avait su nager, il aurait pu s’échapper.

Thompson s’empare de tout ça, et le mélange vigoureusement, à l’aide d’alcool et de drogues diverses comme à son habitude. Cocktail détonnant garanti ! Par exemple HST part pêcher en mer…se félicitant que le ciel soit dégagé le matin du départ :

Je pris cela comme un bon présage, mais je me trompais. À la nuit tombée, nous allions nous retrouver engagés dans un combat à mort contre les éléments, impuissants, ballottés dans le pire du ressac et rendus à moitié fous par la peur et de puissants produits chimiques.

Bien sûr, HST se prendra pour la réincarnation du dieu Lono vers la fin de l’histoire ! Néanmoins, certaines de ses remarques sur le marathon en particulier, et le sport en général, ne manquent pas d’intérêt. Dans les Nouveaux commentaires sur la mort du rêve américain, il y avait une lettre qui en parlait :

Il n’y a aucune raison à tous ces coureurs à pied. Seul un imbécile tenterait d’expliquer pourquoi quatre mille japonais couraient à vitesse maximale le long du USS Arizona, mémorial englouti en plein milieu de Pearl Harbor, en compagnie de quatre ou cinq mille libéraux américains certifiés, défoncés à la bière et aux spaghettis, tous prenant le truc tellement au sérieux qu’il n’y en avait pas un sur deux mille pour sourire à la perspective d’une course de 42 kilomètres faisant figurer quatre mille japonais, avec départ et arrivée à un jet de pierre de Pearl Harbor, le matin du 7 décembre 1980…
Trente-neuf ans plus tard. Que fêtent donc ces gens ? Et pourquoi en cet anniversaire tâché de sang ?
[…] Cours comme si ta vie en dépendait, mon gars, car c’est tout ce qui te reste. Ceux-là même qui brûlaient leur ordre d’incorporation pendant les sixties, puis se perdirent au cours de la décénie suivante, sont maintenant dans la course à pied. Après que la politique a échoué et que les relations personnelles sont devenues ingérables ; après que Mc Govern eut perdu et Nixon explosé sous nos yeux… une fois Ted Kennedy stassenisé et après que Jimmy Carter a tiré un trait sur toute personne ayant cru la moindre chose qu’il ait dite sur n’importe quel sujet — et après que la nation se soit tournée en masse vers la sagesse atavique de Ronald Reagan.
Ah, ce sont, après tout, les années 80, et le temps est enfin venu de voir qui a des dents, et qui n’en a plus… Ce qui peut ou non rendre compte de l’étrange spectacle de deux générations d’activistes politiques et d’anarchistes sociaux se transformer enfin — vingt ans plus tard — en coureurs.
Pourquoi ? C’est ce que nous sommes venus examiner ici.

Voilà quelques extraits, je me suis limité à ceux parlant du marathon, de manière sérieuse ou pas. Le dernier est particulièrement vrai.

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Les anonymes – R.J. Ellory

Les anonymes - R.J. Ellory Cet auteur de roman policier m’a été chaudement recommandé par un ami un soir, et je suis reparti de chez ce dernier avec ce livre sous le bras.

Et c’est vrai que l’on rentre bien dans cette histoire. C’est bien écrit, agréable à lire, et l’on a parfois du mal à refermer le bouquin sans passer au chapitre suivant…

Il y a toutefois certaines longueurs, qui expliquent les 700 pages du roman. L’inspecteur Miller semble parfois un peu naïf, comme s’il découvrait que la CIA a fait des choses vraiment pas belles en Amérique centrale… Et si l’enquête piétine salement, on se demande parfois comment certaines évidences ne leur sautent pas aux yeux ; le manque de ressources de la police ne suffit pas à l’expliquer…

J’ai lu quelque part sur le net que ce n’était pas le meilleur de ses romans : Seul le silence est peut-être un meilleur choix pour découvrir l’auteur…

R.J. Ellory est né en 1965 à Birmingham. À lire la page wikipedia, il n’a pas eu une enfance facile, c’est le moins que l’on puisse dire. Il fera trois mois de prison pour un vol de poulets dans un monastère. Il connaît finalement le succès en 2003 avec Candlemoth. En 2012, il se fait repérer sur internet à émettre des critiques positives sur ses bouquins… et négatives pour les autres (en utilisant un pseudonyme bien sûr). Il s’est depuis excusé ! 😉

Principe du gouvernement représentatif – Bernard Manin

Principe du gouvernement représentatif - Bernard Manin C’est Étienne Chouard qui parlait de ce livre lors de la conférence L’État et les banques, les dessous d’un hold-up historique. Il était en cours de réédition, et désormais à nouveau disponible.

Étienne Chouard précisait : Alors le titre n’est pas sexy, si vous le voyez dans une bibliothèque sans que je vous en ai parlé, vous ne l’achetez pas, vous vous dites ça je le lirai peut-être demain, mais pas tout de suite. Pourtant vous allez voir dès les premiers mots, c’est tout de suite sexy.

Sans aller jusque là, ce livre a le mérite d’être très clair, parfaitement construit, et c’est effectivement très intéressant. On y apprend plein de choses très utiles pour comprendre notre système de gouvernement actuel, que l’on présente à tort comme une démocratie.

En effet, la première chose à comprendre est la suivante, et je cite Étienne Chouard à nouveau :

Le mot démocratie pour les régimes actuels est une escroquerie. Si on continue à l’appeler démocratie , on ne s’en sort pas, on est comme dans une glue intellectuelle qui nous empêche de penser même l’alternative.
Il n’y a pas de démocratie sans tirage au sort. Les athéniens pendant 200 ans se sont protégés des riches, ce sont les pauvres qui ont dirigé grâce au tirage au sort. Jusqu’en 1789, tout le monde savait que la démocratie c’était le tirage au sort, et que l’élection était aristocratique. Tous les penseurs politiques, Aristote, Montesquieu, Rousseau, tous savaient que la démocratie c’était le tirage au sort. Et puis bizarement, depuis que ce sont les élus qui ont mis en place le gouvernement représentatif, on n’en parle plus. On n’apprend plus cela à l’école.
Bernard Manin s’est mis en tête de faire un bilan comparé, et c’est un plaidoyer pour le tirage au sort. Parce que les arguments de protection contre la corruption, de protection contre les injustices, de protection contre l’oligarchie… mais c’est incroyable, vous allez adorer ! Ce livre là va vous changer.

Mais contrairement à ce que dit Étienne Chouard (probablement porté par son enthousiasme), Bernard Manin ne fait pas vraiment un bilan comparé des deux systèmes, ni un plaidoyer pour le tirage au sort, même si ce dernier a des valeurs démocratiques évidentes. Ce n’est en tout cas pas comme cela que je l’ai perçu. Il s’agit plus du travail d’un chercheur retraçant l’évolution des systèmes de gouvernements depuis l’antiquité.

Il explique bien par contre comment le tirage au sort a brusquement disparu, remplacé par l’élection. Puis comment ce gouvernement représentatif a évolué au fil du temps : partis politiques, médias, fluctuation des votes, sondages.

Cette dernière partie est très éclairante sur le fonctionnement de notre mode de gouvernement. Pourquoi les élus ne sont-ils pas tenus par leurs promesses durant leur mandat, mais comment ils sont potentiellement jugés sur leurs actes lors de la réélection. Pourquoi nos politiques sont-ils si friands des sondages ? ce dernier point était une énigme pour moi (au moins sur l’ampleur du phénomène) : grâce à ce livre, je comprend mieux de quoi il retourne.

Revoyons un peu tout cela, l’article est assez long, mais j’espère intéressant. Il ne remplace pas la lecture du livre bien entendu, pour ceux qui veulent creuser le sujet.

Athènes

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Le bonheur des petits poissons – Simon Leys

Le bonheur des petits poissons - Simon Leys J’ai déjà fait un article sur ce petit recueil suite à un article du Canard enchaîné, en février 2008 (voir ici). À cette époque, je ne l’avais pas lu… c’est maintenant chose faite.

Ce recueil contient les chroniques publiées par l’auteur dans le Magazine littéraire (2005-2006), ainsi que quelques chroniques plus anciennes parues dans d’autres revues.

Comme souvent avec Leys, c’est l’occasion pour lui de partager sa culture et son amour de la littérature. C’est toujours aussi agréable à lire, et de plus parsemé d’anecdotes et de citations.

Je ne résiste pas au plaisir de citer de nouveau l’apologue de Zhuang Zi qui sert de titre à l’ouvrage :

Zhuang Zi et le logicien Hui Zi se promenaient sur le pont de la rivière Hao. Zhuang Zi observa :  « Voyez les petits poissons qui frétillent, agiles et libres ; comme ils sont heureux !  » Hui Zi objecta :  « Vous n’êtes pas un poisson ; d’où tenez-vous que les poissons sont heureux ? – Vous n’êtes pas moi, comment pouvez-vous savoir ce que je sais du bonheur des poissons ? – Je vous accorde que je ne suis pas vous et, dès lors, ne puis savoir ce que vous savez. Mais comme vous n’êtes pas un poisson, vous ne pouvez savoir si les poissons sont heureux. – Reprenons les choses par le commencement, rétorqua Zhuang Zi, quand vous m’avez demandé « d’où tenez-vous que les poissons sont heureux » la forme même de votre question impliquait que vous saviez que je le sais. Mais maintenant, si vous voulez savoir d’où je le sais – eh bien, je le sais du haut du pont.

Et voilà ce que dit Simon Leys à propos de Céline, qui résume bien ‘le problème’ je trouve :

J’ai ici un disque de Céline que j’écoute de temps à autre : les premières pages du Voyage au bout de la nuit (lues par Michel Simon) vous donnent physiquement (chair de poule) le sentiment du génie à l’état pur.  C’est bouleversant. Puis vient une longue interview de l’auteur, qui radote et rabâche des platitudes. C’est consternant. Céline et le docteur Destouches auraient-ils donc été deux individus différents ?

Cela continue ainsi sur plein de sujets : la paresse (un éloge), le tabac, le succès, la vérité… toujours par le biais de la littérature, bien entendu. À ce sujet, une dernière citation, de Schopenhauer cette fois :

L’art de ne pas lire est très important. Il consiste à ne pas s’intéresser à tout ce qui attire l’attention du grand public à un moment donné. Quand tout le monde parle d’un certain ouvrage, rappelez-vous que quiconque écrit pour les imbéciles ne manquera jamais de lecteurs. Pour lire les bons livres, la condition préalable est de ne pas perdre son temps à en lire de mauvais, car la vie est trop courte.

Simon Leys, de son vrai nom Pierre Ryckmans, est né en 1935 à Bruxelles. Après avoir étudié le droit et l’histoire de l’art à Anvers, il poursuit des études de langue, de littérature et d’art chinois à Taïwan, Singapour et Hong Kong, devenant un sinologue réputé. En 1971, il publie Les habits neufs du président Mao (1971), première critique virulente de la révolution culturelle qui lui attirera à l’époque l’inimitié de certains intellectuels français maoïstes.

Autres articles sur Simon Leys sur le blog :

Simon Leys, de son vrai nom Pierre Ryckmans, est né en 1935 à Bruxelles. Après avoir étudié le droit et l’histoire de l’art à Anvers, il poursuit des études de langue, de littérature et d’art chinois à Taïwan, Singapour et Hong Kong, devenant un sinologue réputé. En 1971, il publie Les habits neufs du président Mao (1971), première critique virulente de la révolution culturelle qui lui attirera à l’époque l’inimitié de certains intellectuels français maoïstes.

 

Home – Toni Morrison

Home - Toni Morrison Un autre bouquin recommandé par un collègue : « tu verras, le racisme au quotidien en Amérique, très épuré, magnifique ».

Effectivement le bouquin n’est pas très épais, et en cela il est épuré ; on est plus proche ici d’une longue nouvelle que d’un véritable roman. À 17 € la nouvelle, c’est un peu cher, mieux vaut attendre la sortie en poche !

Quant à l’histoire, elle se passe aux États-Unis dans les années 1950, en pleine ségrégation. Le héros (noir) ne revient pas du Vietnam mais de Corée… ça ne change pas les troubles psychiques apparemment. Il va devoir retourner dans sa ville natale en Géorgie (un état du Sud) car sa sœur est en danger. Il la sauvera et réciproquement.

L’histoire est racontée dans un ordre autre que chronologique : c’est donc parti pour l’apprendre par bribes, dans le passé, dans le présent, recoller les morceaux du puzzle. Ça m’énerve ! 😉 Mais c’est bien écrit, et assez bien fait : une époque guère reluisante (et pourtant proche) se dessine par petites touches, comme la référence à The Negro Travelers’ Green Book, guide de voyage à l’usage des noirs, listant les restaurants, les hôtels où ils ne se feront pas refouler…

Mais bon, la brièveté du ‘roman’ empêche d’aller très loin dans la description de l’époque. Dommage, d’autant que l’histoire (le racisme, le retour de la guerre), n’a du coup rien de très original.

Toni Morrison est née en 1931 dans l’Ohio, est une romancière, professeur de littérature et éditrice américaine, lauréate du Prix Pulitzer en 1988, et du prix Nobel de littérature en 1993. Elle s’est fait connaître en France avec son roman Beloved.

L’aveuglement – José Saramago

L'aveuglement - José Saramago C’est un collègue qui m’a offert ce bouquin, en m’en disant le plus grand bien. Si l’idée de partager nos meilleures lectures est excellente (surtout au boulot), et même  si l’on pouvait lire sur la couverture de celui-ci « prix nobel de littérature », je dois dire que j’ai été un peu déçu…

L’histoire est en réalité une fable : un homme devient aveugle, puis deux, puis trois… c’est en fait une épidémie de cécité qui semble n’épargner personne. Les premiers atteints sont placés en quarantaine dans un asile désaffecté, et laissés sans autre assistance que la fourniture de vivres quotidienne. Un groupe se forme, d’autres arrivent, encore et encore, et l’on va assister à la lente dégradation de tout ce qui fait de nous des citoyens civilisés… La vie en société va vite se transformer en une jungle cruelle, et le vernis qui fait de nous des êtres civilisés s’effacer tout aussi rapidement.

La première chose qui m’a déplu, c’est l’absence de ponctuation pour les dialogues : ils s’intègrent au texte du paragraphe, sans retour ligne ou quoique ce soit, tout juste amorcés par une majuscule. Exemple :

Il agitait nerveusement les mains devant son visage, comme s’il nageait dans ce qu’il avait appelé une mer de lait, mais déjà sa bouche s’ouvrait pour lancer un appel au secours et au dernier moment la main de l’autre lui toucha légèrement le bras, Calmez-vous je vais vous conduire.  Ils se mirent en route très lentement, l’aveugle avait peur de tomber et traînait les pieds mais cela le faisait trébucher sur les irrégularités de la chaussée, Patience, nous sommes presque arrivés, murmurait l’homme, et un peu plus loin il demanda, Y-a-t-il chez vous quelqu’un qui puisse s’occuper de vous, et l’aveugle répondit, Je ne sais pas, ma femme n’est sans doute pas encore rentrée de son travail, il a fallu que ceci m’arrive aujourd’hui que je suis sorti plus tôt, Vous verrez que ça ne sera rien ,je n’ai jamais entendu dire que quiconque soit devenu aveugle comme ça, subitement, Et moi qui me vantais de ne pas porter de lunettes, je n’en ai jamais eu besoin.

Un petit tour sur la page wikipedia de l’auteur nous apprend que c’est bien de son style qu’il s’agit :

L’écriture de José Saramago est faite de longues phrases, rythmées par de nombreuses virgules. Ces phrases peuvent être vues comme une succession de phrases courtes où la virgule aurait remplacé le point. Elles comprennent aussi de nombreuses incises, qui sont autant de digressions à l’adresse du lecteur. Les dialogues eux-mêmes ne sont pas introduits classiquement par des guillemets ou des tirets, mais sont traités sous forme d’incises au cœur des phrases
On sent chez l’auteur une jubilation à balader le lecteur au gré de digressions, de métaphores et d’anachronismes qui mettent en relief des jeux de miroir où mensonge et vérité se confondent et s’échangent.

Moi je veux bien… Toujours est-il que j’ai trouvé ça assez gênant pendant la lecture, on est obligé de faire la ponctuation soi-même, de casser le rythme de lecture d’un (toujours long) paragraphe car on vient de passer de la narration au dialogue (et vice-versa). Je n’y vois aucun intérêt particulier, à part le fait de se faire balader !

Et pour ma part, les digressions de l’auteur, utilisant le « nous » dans la narration, se résument à asséner une bonne vieille vérité sur la vie, éculée la plupart du temps. Quant à la fable… bon si on devient tous aveugles, plus rien ne marche, et personne ne voit ce que vous faîtes ! Les brigands restent des brigands, les aveugles de naissance sont avantagés… des trucs comme ça. Mais rassurez-vous, l’auteur a pensé à tout, il fallait bien un témoin.

José Saramago (1922-2010), est un écrivain et journaliste portugais. En 1998, il obtient le prix Nobel de littérature. Il s’est fortement engagé dans le mouvement altermondialiste, et est l’un des signataires du Manifeste de Porto Alegre. Il s’est également engagé dans la contestation de la version officielle des attentats du 11 septembre 2001. Il a de plus souvent dénoncé la politique du gouvernement israélien vis-à-vis de la Palestine.

Le Joueur – Dostoïevski

Le Joueur - Dostoïevski J’ai eu envie de lire ce livre en me disant qu’il devait décrire le phénomène d’addiction d’un joueur. Un grand écrivain, russe de surcroît, devait s’attaquer à ce sujet en profondeur me disais-je… d’autant qu’il est probablement en partie autobiographique !

Bon, j’en fus pour mes frais sur ce point, mais ce petit roman est très agréable à lire. On se prend vite de sympathie pour le jeune Alexis Ivanovitch, jeune précepteur au service d’un général et de sa famille, amoureux transi de Polina Alexandrovna, belle-fille du général. Tout ce petit monde se trouve à Roulettenbourg (!), ville d’eau pour la haute société et disposant fort logiquement d’un casino.

Pourtant l’argent manque dans la famille… Ah si la grand-mère là-bas en Russie pouvait décéder, l’héritage arrangerait tout… Alexis va donc jouer parce que Polina le lui demande, puis se prendre lui-même au jeu. La grand-mère, personnage fantasque, débarque alors et se prend au jeu également, dilapidant l’argent restant de la famille.

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Nouveaux commentaires sur la mort du rêve américain – Hunter S. Thompson

Nouveaux commentaires sur la mort du rêve américain - Hunter S. Thompson Voilà un autre recueil de textes de Hunter S. Thompson sur la mort du rêve américain. Il s’agit de l’un des cinq volumes des « Gonzo Papers », en cours de réédition par la maison d’édition  Tristram.

Ils avaient été initialement publiés il y a trente ans aux Humanoïdes Associés (collection « Speed 17 »), sous la houlette de Philippe Manœuvre et de Philippe Garnier, puis en 10-18, mais étaient épuisés depuis longtemps. Les « Gonzo Papers », ce sont les tables de la loi du journalisme Gonzo !

J’avais énormément apprécié Gonzo Highway, recueil de lettres de Hunter S. Thompson, chaque lettre étant précédée d’une courte présentation pour situer le contexte. On traversait ainsi l’Amérique des années 50 aux années 70, et le choix des lettres était judicieux.

Ici on retrouve collés à la suite des lettres, des extraits de nouvelles, des reportages, etc… sans aucune explication ni lien entre elles autre que chronologique (des années 50 aux années 90 cette fois). L’absence de contexte et de présentation rend les choses assez compliquées à suivre si l’on n’est pas un spécialiste de la politique américaine. Il y a bien quelques notes de l’éditeur, mais elles sont relayées en fin d’ouvrage, et très sommaires. Le logiciel ne gérait pas les notes de bas de page ?  😉

De plus, j’ai trouvé certains textes totalement délirants et n’apportant vraiment rien, sinon que Hunter S. Thompson les a probablement écrits sous une drogue quelconque ; comme il le dit lui-même, on croit alors que tout ce que l’on écrit est génial, alors que le lendemain matin, tout est bon à jeter à la poubelle ! De là à les publier…

On y trouve aussi quatre chapitres d’un certain « journal du rhum », correspondant à Rhum Express, roman publié ultérieurement, et que j’avais malheureusement déjà lu. Le texte est très légèrement différent (j’ai comparé) mais ne mérite pas une nouvelle lecture.

Il y a tout de même des textes intéressants (comme le divorce du couple Pulitzer), tout n’est pas à jeter loin de là, avec toujours ce portrait de l’Amérique sans concession, très cynique. Thompson a sans aucun doute un sens critique très développé, et une vraie capacité à décrypter ce qui se passe,  mais lui-même apparaît tout aussi déjanté, comme l’Amérique qu’il décrit avec tant de rage. On peut aussi noter qu’il s’énerve surtout quand il est personnellement impliqué. Un tempérament égocentrique sans aucun doute !

Il y a par contre un autre bouquin de Thompson que j’aimerais bien lire : « Fear and Loathing: On the Campaign Trail ’72 » où Thompson suit la campagne de Richard Nixon en 1972. Mais il n’a jamais été traduit en totalement en français : on en trouve seulement des extraits dans cette même collection sous le titre « Parano dans le bunker » et « Dernier tango à Las Vegas »… si j’ai bien compris,  car  les « Gonzo Papers » sont durs à suivre au fil des rééditions !

Autres articles sur le blog à propos de Hunter S. Thompson :