Archives de catégorie : Littérature

La mémoire des mers – Petra Rautiainen

Nouveau cadeau de Noël, et encore un livre dans lequel je ne suis pas vraiment rentré.

En premier lieu à cause d’Aapa, le personnage principal, au comportement très désagréable, et dont on se demande bien ce qu’elle vient faire dans ce récit. On pourrait lui conseiller aussi de boire moins d’alcool, ça l’aiderait à se comporter de façon moins agressive et égoïste envers les autres. D’ailleurs, on se demande assez longtemps de quoi l’auteur veut nous parler : on comprend bien que la mer, les baleines et le réchauffement climatique sont au centre de tout, mais pour dire quoi ? Et quelle est la crédibilité de l’arrivée d’Aapa dans sa ville natale, au nord de la Norvège, envoyée de Floride par une compagnie pétrolière pour préparer un documentaire qui sera trafiqué au montage ? (ce dont Aapa se contrefout au passage). À peu près aussi élevée que l’intérêt que l’on éprouve à lire cette histoire, et c’est dommage d’en faire la partie principale du roman. Le récit est par ailleurs entrecoupé d’un journal, écrit par une femme, partie sur un navire de recherche scientifique explorant la banquise de l’océan arctique, des années plus tôt, et déjà confrontée aux comportements déviants des baleines. Cette partie aurait sans doute mérité mieux que quelques extraits disséminés au fil des chapitres.

J’ai trouvé tout ça très brouillon, on tourne les pages en attendant d’y trouver de l’intérêt, mais cet espoir disparaît peu à peu. Non, désolé, je n’ai pas du tout accroché ni au style, ni au fond de l’histoire, malgré le dépaysement de cette petite ville du nord de la Norvège. Le sujet est intéressant, mais l’histoire qui nous est contée échoue assez nettement à nous en parler réellement, et la rédemption d’Aapa arrive un peu tard.

Petra Rautiainen est née en 1988 en Finlande. Ce roman est son deuxième, le premier « Un Pays de neige et de cendres » ayant connu son petit succès. Elle n’a pas encore sa page Wikipedia.

Et vous passerez comme des vents fous – Clara Arnaud

Cadeau de Noël de ma frangine, choisi dans une librairie sur les conseils du libraire si j’ai bien compris. C’est toujours délicat d’offrir un livre que l’on n’a pas lu, et ça fait longtemps que je ne me fie plus aux conseils du libraire, les rythmes de publications de bouquins sont tels qu’à mon avis ils sont bien souvent dans l’instant et vendent ce qu’ils ont mis en évidence sur les tables, les produits littéraires du moment.

Vous l’avez déjà compris, je n’ai pas trop apprécié ce roman, qui est bien écrit certes, au vocabulaire recherché et très précis, ainsi vous saurez ce qu’est une estive (pâturage d’altitude des Pyrénées francophones), mot omniprésent dans le roman : le titre était tout trouvé, c’est dommage, mais un vers de poésie ça en jette beaucoup plus ! L’auteure utilise aussi le mot « animale » pour parler de l’ours car c’est une femelle. C’est correct, mais très rare : sous forme d’adjectif oui, mais sous forme de nom commun féminin, je ne l’avais encore jamais vu.

On y parle donc d’une ourse, réintroduite dans les Pyrénées (parmi d’autres), et qui va poser des problèmes aux bergers durant l’estive, opposant scientifiques et écolos à certains bergers et autres chasseurs (traités de façon assez caricaturale)… Mais bon, sujet intéressant à priori.

Sauf que… l’auteure vient y ajouter le récit en parallèle de Jules qui à la fin du XIXe siècle capture un ourson, le dresse et s’en va parcourir le monde, pour finir à New-York. Autre histoire, autre époque, dont on se demande ce qu’elle vient faire là, d’autant que c’est largement bâclé, avec quelques chapitres disséminés de ci de là, et un lien artificiel révélé en fin de roman. Cela valait tout juste une histoire racontée autour d’un feu de bois un soir, sur la fameuse estive !

Sauf que… l’on apprend pas grand chose, et je me demande ce que l’auteure a voulu nous conter, à part l’évidence du conflit que tout le monde connaît. Elle commence par un faux suspense avec une « tragédie » mystérieuse qui se serait passée l’année précédente (je déteste ce genre de procédé), et dont il faudra attendre la moitié du bouquin pour en avoir tous les détails, et qui fera largement plouf, tout ça pour ça (ah bon, il y a des accidents en montagne ?). Et quand ça va mal tourner, l’histoire s’arrête brutalement. Qui a commis l’irréparable ? quelles sont les conséquences ? que fait la police ? la recherche d’Alma aboutira-t-elle ? cela n’intéresse pas l’auteure, toute consacrée à une belle écriture, à la description de la nature et à la beauté de la vie pastorale dans les fameuses estives. L’histoire n’a aucune importance, ce qui est dommage pour un roman.

Déception donc, un roman très vite oublié dès le livre fermé, un produit littéraire bien documenté, un travail sérieux, mais où la forme prends le pas sur le fond. Or c’est le fond, l’histoire qui me passionne dans un roman, la complexité des personnages, etc… À chacun ses goûts.

Clara Arnaud, née en 1986, est une écrivaine française. Ce roman a reçu le prix du roman d’écologie 2024. Voyageuse, elle a publié en 2010 « Sur les chemins de Chine », récit d’une traversée à cheval de 6 mois à travers le pays, alors qu’elle a 21 ans.

Un tueur sur la route – James Ellroy

J’ai voulu relire ce roman d’Ellroy dont j’avais gardé un souvenir assez glaçant, le récit d’un tueur en série raconté à la première personne.

Il se nomme Martin Michael Plunkett, 35 ans. Témoin d’une scène d’adultère dans son enfance qui va le traumatiser, il devient un garçon solitaire, son esprit rempli de visions qu’il superpose à la réalité, soumis à un super héros fictif de BD appelé « Super Saigneur » (et son alter-ego féminin) avec qui il dialogue dans sa tête. Il est obsédé par la blondeur, développe une homosexualité latente, et n’ose pas passer à l’acte. À côté de tout ça, il est très intelligent et réussi parfaitement à duper tout son monde, et ne ressent absolument aucune empathie pour le genre humain.

Il se contente de vol et de voyeurisme lors de ses premiers méfaits, et finit par passer un an en prison. Dès lors, il va devenir excessivement prudent, et le premier assassinat arrive brutalement dans le récit sans que l’on y soit vraiment préparé. C’est très violent. Plunkett va ensuite partir sur la route, et tuer au hasard de ses rencontres, atteignant une quarantaine de meurtres à son actif. Au cours de ce périple, il va rencontrer son alter-ego, Ross Anderson, un policier tout aussi dangereux et intelligent, et de plus très bel homme. Les vingt pages suivantes reprennent les meurtres de ce dernier.

Le récit est entrecoupé de coupures de presse relatant les versions officielles et l’état des recherches de la police. C’est l’époque où une unité spécialisée pour traquer les tueurs en série est montée par le F.B.I. et elle finira par porter ses fruits en ce qui concerne Anderson et Plunkett. Mais ce dernier ne reconnaîtra que les quatre derniers meurtres qu’il a commis, mais négociera l’accès aux dossiers de la police pour écrire ses mémoires en prison : c’est le récit que l’on a entre les mains.

Un roman un peu glaçant à lire, qui montre combien un meurtrier intelligent qui tue sans véritable autre mobile que celui de tuer peut se révéler extrêmement dangereux et difficile à traquer.

James Ellroy, né en 1948 à Los Angeles, est un écrivain et scénariste américain. J’ai lu presque tous ses romans à une époque, notamment sa trilogie « Underworld USA » qui raconte l’ascension et la mort de JFK, la mort de J.E. Hoover, les dernières années de la guerre du Vietnam et la présidence de Richard Nixon. Je suis depuis largement revenu sur mon jugement quand j’ai appris qu’il avait largement inventé des faits quand cela l’arrangeait, et qu’il s’agissait donc d’une totale fiction. Cela m’avait un peu déçu de la part de l’écrivain (sans parler de son côté réactionnaire quand on l’écoute en interview).

Moon Palace – Paul Auster

Paul Auster nous a quitté il y a peu, j’ai eu envie de lire un de ses romans que je n’avais pas déjà lu (il y a longtemps), comme « La trilogie New-Yorkaise », ou « La musique du hasard », parmi ceux dont je me souviens, ou comme « Léviathan » et « Le voyage d’Anna Blume , dont je n’ai gardé aucun souvenir (!). J’ai choisi « Moon Palace », bien noté si j’en crois cette liste puisqu’il en arrive en tête.

Dans mes souvenirs, Paul Auster est certainement un conteur-né, qui sait vous emmener avec brio dans des histoires toujours surprenantes, mais qui a du mal à finir ses histoires, à retomber sur ses pieds. Dans ce roman, ce n’est pas le cas, quand Marco Stanley Fogg atteint la côte du Pacifique après un long parcours, il est effectivement arrivé à la fin d’un cycle, prêt à débuter une nouvelle vie, et l’histoire peut s’arrêter là.

Auparavant, il nous aura raconté son histoire peu banale, fils d’un père inconnu et d’une mère disparue quand il avait onze ans, et élevé par un oncle un peu bohème. devient un étudiant fauché, ayant beaucoup lu, solitaire et rêveur, un intellectuel qui se veut original mais qui est surtout pommé, et qui finit par se clochardiser dans Central Park. Tout prêt de mourir de faim et sauvé in extremis par un ami et une jeune fille dont il tombera éperdument amoureux, il doit alors se présenter pour la conscription, et se confie ainsi au psy de l’armée :

Nos vies sont déterminées par de multiples contingences, déclarai-je, en essayant d’être aussi succinct que possible, et nous luttons chaque jour contre ces chocs, ces accidents, afin de conserver notre équilibre. Il y a deux ans, pour des raisons philosophiques et personnelles, j’ai décidé de renoncer à cette lutte. Ce n’était pas par envie de me tuer – n’allez pas croire ça – mais parce qu’il me semblait que si je m’abandonnais au chaos de l’univers, l’univers me révélerait peut-être en dernier ressort une harmonie secrète, une forme, un plan, qui m’aideraient à pénétrer en moi-même. La condition était d’accepter les choses telles qu’elles se présentaient, de se laisser flotter dans le courant de l’univers. Je ne prétends pas y avoir très bien réussi. En fait, j’ai échoué lamentablement. Mais l’échec n’entache pas la sincérité de la tentative. Même si j’ai failli en mourir, je crois que cela m’a rendu meilleur.

Cela résume assez bien le début du roman et le personnage ! (évidemment, il sera réformé, ce qui était en partie le but du discours… ). Fogg va alors se retrouver au service d’un vieillard encore plus original que lui, coincé sur sa chaise roulante, et qui va lui raconter sa vie pour écrire ses mémoires avant de mourir. L’occasion pour l’auteur de nous emmener dans une nouvelle histoire peu banale et passionnante… Puis Fogg se retrouvera seul, face à lui-même, et se dirigera vers l’Ouest pour trouver son propre chemin.

Un bon roman, plaisant à lire, Fogg reste toujours d’une honnêteté totale et une personnalité attachante à travers toutes ses aventures. Avec son côté poète, il s’attache aux coïncidences que la vie procure, comme ses prénoms (Marco comme Marco Polo et Stanley comme le journaliste qui retrouva Livingstone) qui le prédisposent donc aux voyages. La lune revient aussi plusieurs fois dans sa vie, et d’autre coïncidences avec lesquelles l’auteur s’amuse pour le plus grand bonheur du lecteur.

Paul Auster (1947-2024) est un romancier, scénariste et réalisateur américain. Côté cinéma, j’avais beaucoup aimé Smoke et Brooklyn Boogie, deux films auxquels Paul Auster (scénriste des deux et réalisateur du second), avec un excellent Harvey Keitel dans le rôle du patron du Brooklyn Cigar Company, un débit de tabac de Brooklyn, où défilent des personnages hauts en couleur, autant de tranches de vie dont on se délecte.

Ville noire ville blanche – Richard Price

C’est en cherchant « The Corner » de David Simon (le livre qui a inspiré la série « The Wire »), hélas introuvable, que la libraire m’a parlé de celui-ci, traitant d’un sujet similaire.

En fait, ici, il ne s’agit pas de trafic de drogue, mais d’une banlieue noire de New York, bordant un autre quartier blanc celui-là. Brenda, une femme (blanche) va déclarer s’être fait voler sa voiture aux limites de ce quartier avec son enfant sur la banquette arrière. Les forces de l’ordre se déploient, le quartier est vite cerné, et les médias s’emparent de l’histoire.

L’inspecteur Lorenzo, né dans ce quartier, dispose de peu de temps pour démêler ce qui s’est passé avant que les choses ne dégénèrent. Il va devoir se frotter au mutisme de Brenda, en état de choc, et gérer les tensions qui montent peu à peu entre les habitants du quartier et les policiers blancs qui l’encerclent. Y aurait-il eu un tel déclenchement des forces de l’ordre pour une femme noire ?

Plus qu’un polar, c’est une description des tensions entre communautés, presque une étude sociologique. L’intrigue avance lentement, tout de passe sur deux jours, mais la lecture reste prenante, c’est très bien écrit et les personnages très bien rendus avec leurs complexités, que ce soit Lorenzo, Brenda ou la journaliste Jesse. La description de la vie de la cité est aussi très réaliste. J’ai bien aimé aussi l’épilogue, empreint d’une certaine humanité après toutes ces tensions.

Richard Price, né en 1949 dans le Bronx à New York, est un écrivain, scénariste et producteur américain. Il est entre autres le scénariste de « La couleur de l’argent » de Martin Scorsese. « Ville noire, ville blanche » a été adapté au cinéma sous le titre « La couleur du crime » (Freedomland).

2034 – Elliot Ackerman

Je ne sais plus où j’ai entendu parler de ce livre, une fiction sur une escalade entre grandes puissances amenant à un conflit nucléaire… Heureusement que ça se lit assez vite, parce que franchement l’auteur ne s’est pas trop cassé la tête une fois l’idée de scénario trouvée.

Dès le départ, on est surpris : les chinois sont capables par une cyberattaque d’annihiler tous les systèmes de défense américains ! plus rien ne fonctionne, les porte-avions deviennent aussi faciles à couler qu’une barque de pêcheur, alors que bateaux chinois sont eux invisibles. Évidemment, ça simplifie le rapport de force, et bien sûr rien ne sera expliqué sur cet avantage pourtant décisif.

Pour faire bonne mesure, l’auteur a cru bon d’inclure dans le scénario des russes et des iraniens, dont les actions n’ont pas vraiment d’intérêt, si ce n’est d’ajouter de nouveaux personnages. Puis ce sera au tour des indiens qui tenteront de ramener la paix. Et l’histoire ne se déroule que par le biais de ces personnages tous aussi caricaturaux les uns que les autres. On passe de l’un à l’autre, ils agissent, réagissent, ou obéissent tout simplement. L’aspect géo-politique, la diplomatie, etc… rien de tout cela ne sera traité.

Bref, un thriller de politique fiction très décevant, trop basique pour être intéressant. Un roman de gare, comme on dit.

Elliot Ackerman, né en 1980, est un auteur américain. Il a servi pendant neuf ans dans le corps des Marines des États-Unis.

Houris – Kamel Daoud

J’ai eu envie de lire le prix Goncourt, appréciant le personnage de Kamel Daoud à travers ses interviews, et connaissant le sujet de ce livre, à savoir les dix années de guerre civile qu’a connu l’Algérie dans les années 90, entre l’armée et le Front Islamique du Salut, qui avait gagné les élections.

Autant le dire tout de suite, je n’ai pas du tout passé un bon moment de lecture, et j’ai du me forcer pour aller jusqu’au bout.

Ces longs monologues chargés de répétitions m’ont empêché de rentrer dans l’histoire, et le style littéraire de l’auteur encore plus, qui prime manifestement sur le contenu, qui est lui délivré au compte goutte : l’ennui est vite présent et m’a rarement quitté. Il y a aussi toutes ces phrases où le prophète est invoqué par les uns et par les autres à tout bout de champ, ainsi qu’un côté morbide très présent, tout le long, tout le temps.

Que ce soit Aube, le personnage principal du roman, qui s’adresse à l’enfant qu’elle a dans son ventre, puis Aïssa le chauffeur-libraire, et encore l’imam de la mosquée du village de Had Chekala, toutes leurs logorrhées où on a l’impression soit qu’ils parlent à un abruti, soit qu’ils sont abrutis eux-mêmes par leurs propres mots, m’ont vite lassées.

Mais alors l’Histoire dans tout ça ? Ce qui ressort de ce roman est assez terrible, d’abord pour la place des femmes dans la société algérienne décrite, ou plutôt l’absence de place, réduite en fait à quasiment aucun droit. Si cette société est telle que la décrit Daoud, c’est franchement inquiétant. Ensuite ce silence ordonné par la loi sur les dix ans de guerre, qui a manifestement été de l’ordre de l’horreur (comme toute guerre finalement) et dont l’auteur appuie le côté morbide avec des fanatiques égorgeant sans distinction aucune des villages entiers. Et pour finir l’omniprésence de la religion forcément, qui écrase tout et tout le monde. On n’en saura guère plus sur le côté historique de cette guerre civile, ce que j’attendais en fait.

Je n’avais déjà pas aimé le style de l’auteur dans son livre Meursault contre-enquête (prix Goncourt premier roman 2015 d’ailleurs). Voilà ce que j’avais écrit à l’époque :

Je n’ai pas du tout accroché. Même si c’est très bien écrit, il ne m’en reste qu’une longue lamentation assez déplaisante,

Je peux faire à peu près le même constat pour celui-ci. La question que je me pose, c’est pour qui écrit Kamel Daoud ?

Kamel Daoud, né en 1970, est un écrivain et journaliste franco-algérien d’expression française, humaniste autoproclamé. Très critique vis-à-vis de l’Islam, cela lui a valu pas mal d’ennuis, dont une fatwa par un imam salafiste algérien, et plus tard d’être accusé d’islamophobie par un collectif composé d’historiens, d’anthropologues ou de sociologues, probablement issus d’une certaine gauche.

Dans l’ombre – Gilles Boyer & Édouard Philippe

C’est bien la première fois que je lis un livre d’homme politique, et plus encore écrit à quatre mains ! Mais bon, le côté polar, peut-être teinté de réalisme, m’a attiré.

Franchement, c’est pas trop mal, on passe derrière la scène d’une campagne politique, à travers les yeux d’un « apparatchik », le bras droit du « Patron », le candidat, loin au-dessus de la mêlée. L’équipe autour de lui est réduite et chacun a une tâche bien dédiée : la presse, les discours, la direction de campagne, l’organisation matérielle.

Le Patron vient de remporter la primaire au sein de son parti, et va se présenter au premier tour de la présidentielle. Les choses ne vont pas tarder à se compliquer quand des rumeurs de primaires truquées vont apparaître. Qui est derrière cette rumeur, est-elle vraie ? La belle machine va vite s’enrayer, et les choses déraper. Un peu trop d’ailleurs !

Malgré quelques explications du monde politique un peu laborieuses, quelques ficelles un peu grosses, des personnages souvent caricaturaux, c’est assez bien écrit et la lecture est prenante avec un suspens bien tenu. On a toutefois un peu de mal à croire que l’on aille jusqu’à des meurtres dans le contexte d’une telle primaire.

Mais ce qui ressort (et qui m’a dérangé) le plus, c’est le cynisme total de pas mal de personnages. C’est vraiment trop marqué, même si on comprend bien que l’intrigue « polar » est le prétexte pour montrer l’atmosphère et l’organisation d’une campagne. Que ces hommes soient obnubilés par le but ultime, la victoire qui seule compte, OK. Mais ce cynisme omniprésent était-il nécessaire pour démonter les rouages d’une organisation de campagne électorale ? Je n’en suis pas certain, et cela a un peu gêné ma lecture.

Édouard Philippe et Gilles Boyer ont été tous deux les conseillers de l’ombre d’Alain Juppé, des apparatchiks donc selon la terminologie du roman. Le premier a franchi le Rubicon, devenant maire du Havre puis Premier ministre. Le second est député européen depuis 2019.

Easy money – David Simon

David Simon est le créateur de la série The Wire, que j’avais beaucoup appréciée pour son réalisme dans la description de cette banlieue de Baltimore, et des tensions qui la parcourent.

Ce petit récit raconte, sous une forme journalistique, les faits que l’auteur a pu amasser sur la vie de Melvin Williams, dit « Little Melvin », une légende des rues de Baltimore, un gamin futé et calculateur, devenu l’un des plus importants barons de la drogue, et que la police aura bien du mal a coincer, car il ne s’implique jamais directement.

Il faudra une longue enquête de deux ans (l’histoire que raconte The Wire, avec les fameux bipeurs utilisés par les trafiquants) pour le faire tomber. C’est lors de cet emprisonnement que David Simon, alors jeune journaliste, avait convaincu Williams de lui raconter son histoire : il s’ensuivit des centaines d’entretiens, Simon publiant des articles dans la presse au fur et à mesure.

Ce n’est donc pas à proprement parler un roman, mais plutôt une collection des faits concernant toute cette histoire, à propos du personnage de Melvin Williams, de son organisation, des enquêtes de la police, etc… Cela fait à peine une centaine de pages, mais on voit bien la genèse de The Wire transparaître à travers tout ça, et on a bien envie de revisionner cette série pour le plaisir !

David Simon, né en 1960, est un journaliste, écrivain et scénariste américain. Il a produit la série The Wire (co-écrit avec Ed Burns, l’un des inspecteurs de l’enquête sur Williams). Il est l’auteur d’autres séries qui valent le détour (pour celles que j’ai vu) car décrivant toujours un pan de la société, que ce soit la politique, la police et les trafics, etc… :

En ce moment, je regarde Treme (4 saisons), qui raconte la vie de musiciens à La Nouvelle Orléans, après le passage de l’ouragan Katrina. C’est vraiment très bien, tant côté musical que pour les difficultés à retrouver une vie normale après la catastrophe et des dysfonctionnements qui s’en suivirent.

Les déracinés – Catherine Bardon

Livre conseillé par une bonne âme à ma sœur, premier roman d’une saga de 5 tomes. En ce qui me concerne, je m’arrêterai là, pas du tout convaincu par ce premier opus, pour dire le moins.

L’histoire est pourtant propice à un grand roman : on retrouve le Vienne décrit par Stéphan Zweig dans Le monde d’hier. La ville où rayonne la liberté et la culture va basculer sous l’emprise du nazisme et de l’anti-sémitisme. Suivra un exil dans une République bananière qui aurait pu prolonger un récit somme toute tragique. Mais non, l’auteure a choisit de se focaliser sur l’aspect romance, hélas contrariée par les événements mondiaux.

C’est donc l’histoire de Wilhelm et Alma : lui est journaliste issu d’une famille de la classe moyenne, elle a suivi des études de dentiste et est issue de la haute bourgeoisie viennoise. Ils tombent éperdument amoureux l’un de l’autre et se marient rapidement. Alors que l’Allemagne d’Hitler étend son emprise sur le pays, ils coulent des jours heureux et insouciants, jouissant de leurs privilèges, aveugles au danger qui approche, malgré des signaux évidents qui poussent la sœur de Wilhelm et son mari à émigrer aux États-Unis.

Premier questionnement sur le récit : on a l’impression que l’auteure veut tellement nous raconter avec forces détails historiques l’évolution de la situation à Vienne (prouvant ainsi le sérieux de l’écrivain) qu’elle force ses personnages à y rester beaucoup plus longtemps que raisonnable. La seule raison donnée tient en une phrase d’Almah : « pas sans les parents ». Sauf que les parents, d’une autre génération, ont décidé de rester quoiqu’il arrive. Le sujet n’est plus évoqué par ailleurs…

Wilhelm et Almah vont partir très tard (en 1939, alors que Zweig est parti en 1934 : pour un journaliste Wil n’est pas très futé !), quand ça devient très compliqué et que les États-Unis ont depuis longtemps fermé leurs frontières. Le couple va donc se trouver par un concours de circonstances dans une espèce de Kibboutz en République Dominicaine, sous l’œil bienveillant du dictateur Trujillo, dont je connaissais l’histoire avec l’excellent La fête au Bouc de Mario Varga LLosa. L’histoire de ces colons juifs à Sosúa est par ailleurs véridique.

Au passage, si l’on compare ces deux livres, le talent d’écrivain de Mario Varga Llosa saute aux yeux et la comparaison fait mal à l’auteure de ce roman, manifestement dépassée par son sujet.

Il y a beaucoup de choses qui m’ont déçu dans ce roman, en premier lieu ce mélange entre la grande Histoire et la romance de nos deux personnages. La matière a un grand récit est là, et pourtant l’auteure ne réussit jamais à les fondre en un tout homogène, soit elle se concentre sur la première (disons la partie à Vienne), soit sur la seconde (toute la partie à Sosúa où on est résolument passé dans la petite histoire et où la grande (la dictature de Trujillo par exemple, ou même la difficulté à établir une colonie en partant de rien) est presque totalement absente.

Le récit est à la première personne (Wil) sauf de temps en temps où l’auteure reprend la main, c’est un peu surprenant et pas très plaisant à la lexture ; d’autres fois c’est le journal de Wil qui n’apporte vraiment que peu d’intérêt… Les chapitres sont très courts (mauvais signe), et sont affublés d’un titre tout aussi inutile que ridicule (en général le mot clef du chapitre en question). Même l’aspect romance est assez mièvre est caricatural dans l’ensemble.

J’arrête mes critiques ici, ce n’est vraiment pas le genre de littérature que je recherche. À classer dans la surproduction de romans qui encombrent les tables des libraires, compliquent le choix des lecteurs, et pour lesquels on abat des arbres.

Catherine Bardon ne dispose pas d’une page Wikipedia. Elle a apparemment travaillé longtemps pour des guides touristiques et est tombée sous le charme de la République Dominicaine. Après une carrière dans la communication, elle se consacre désormais à l’écriture. 😥