Archives de catégorie : Littérature

Colline – Jean Giono

Colline - Jean Giono Premier livre de la « trilogie de Pan », c’est aussi le premier roman de Jean Giono, qui lui permettra d’arrêter son activité salariée et de vivre de son écriture. Heureux homme ! 😉

Première précaution à prendre : passer la préface (15 pages) d’Anne-Marie Marina-Mediavilla, qui dès les premières lignes nous fait gracieusement l’inventaire de ce qui nous est raconté sous le prétexte de l’extrême simplicité de l’intrigue. Elle préfère nous parler du dieu Pan, de la mythologie, et de la façon dont Giono l’a intégré au roman : c’est tellement plus intéressant, vous comprenez ?

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Du vrai, du beau, du bien – Jean-Pierre Changeux

Du vrai, du beau, du bien - Jean-Pierre Changeux En 1984, j’avais lu « L’homme neuronal » du même auteur, et ça m’avait bien plu : les explications sur le fonctionnement de notre système nerveux, la complexité de notre cerveau avec ses milliards de neurones qui échangent de l’information grâce aux synapses (électrique ou chimique), les objets mentaux, l’organisation de la mémoire…

Même si c’était un peu compliqué à lire, on y apprenait beaucoup. Cela avait aussi le mérite d’une approche scientifique (matérialiste), et renvoyait mine de rien les superstitions de toutes sortes au placard, ce qui n’était pas pour me déplaire… j’avais déjà passé ma période mystique ! 😉 .

La science commençait à s’occuper de ce qui se passe dans notre tête : philosophie, sociologie, chimie, biologie, neurologie… toutes ces disciplines se retrouvaient soudainement liées.

?

Hélas, pour ce dernier ouvrage, je peux dire que je n’ai à peu près rien compris… Je ne sais pas quel niveau il faut avoir pour comprendre tout ce qui y est expliqué, mais il est élevé : si vous n’êtes pas familier avec tout le vocabulaire spécialisé de ces domaines, c’est plutôt mal parti, car beaucoup de choses sont considérées comme acquises.

Des chapitres entiers sur les neurotransmetteurs, la chimie du cerveau, les mécanismes cellulaires sont proprement incompréhensibles au pauvre béotien que je suis. Il y a bien des illustrations qui parsèment le livre et qui auraient pu aider à la compréhension, mais elles sont tout aussi absconses.

C’est dommage, Jean-Pierre Changeux y résume ses connaissances (trente années d’enseignement au Collège de France) mais ce livre n’est manifestement pas destiné à vulgariser celles-ci.

Voyons voir ce que j’en ai tout de même retenu…

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Le Gouffre, et autres récits – Andreïev

Le gouffre - Andreïev Ce recueil de nouvelles m’a été conseillé par le libraire de Puteaux, admirateur de la littérature russe, et enthousiaste sur Andreïev et les personnages qu’il met en scène. Comme pour Lermontov, j’ai éprouvé un grand plaisir à lire ces histoires. L’écriture est magnifique, fluide et précise : ce doit être lié aux écrivains russes…

Le Gouffre est le premier volume de l’édition intégrale de ses récits : les premières nouvelles sont certainement autobiographiques (souvenirs d’école, d’enfance) et les personnages souvent hauts en couleurs sont décrits avec une véritable tendresse. J’étais bien accroché… mais voilà, le côté innocent des récits de jeunesse ne va pas durer. Voilà ce que déclarait Andreïev en 1891, âgé de 20 ans :

Je veux prouver qu’il n’est en ce monde ni vérité, ni beauté, ni bonheur fondé sur la vérité, ni liberté, ni égalité — il n’y en a  pas et il n’y en aura jamais. […] Je veux montrer l’inconsistance de ces fictions sur lesquelles l’homme s’est appuyé jusqu’à aujourd’hui : Dieu, la morale, l’au-delà, l’immortalité de l’âme, le bonheur humain, etc. Je veux être l’apôtre de l’auto-anéantissement. […] Je veux, dans mon livre, agir sur la raison, les sentiments, les nerfs de l’homme, sur toute sa nature animale.

Et très vite, les nouvelles vont s’assombrir : si le style est toujours majestueux, et les descriptions de la nature toujours somptueuses, presque romantiques… le destin des personnages laisse effectivement peu de place à un réel espoir.

« Le Gouffre », la nouvelle qui sert de titre au recueil, est situé à la page 435, tout près de la fin du livre… c’est sans aucun doute la plus noire.  J’ai bien aimé « L’histoire de Sergueï Pétrovitch », celle d’un jeune étudiant passionné par la doctrine de Nietzsche, mais qui finira par se suicider… « Le mur » ferait presque frissonner…

J’ai donc eu un peu plus de mal sur la deuxième partie du livre, d’autant que les descriptions de la nature, pour être toujours très belles, m’ont semblé un peu répétitives, comme si l’auteur s’y accrochait désespérément comme à la seule chose lumineuse dans la vie.

Léonid Andreïev (1871-1919) est un écrivain et dramaturge russe, profondément marqué par Schopenhauer et Nietzsche. Il connait le succès puis sombre dans l’oubli ; il meurt des suites d’une tentative de suicide raté quelques années auparavant. On doit son arrivée en France à Laurent Terzieff qui monta la pièce « La Pensée ».

Oasis interdites – Ella Maillart

Oasis interdites - Ella Maillart Encore un très bon bouquin dans cette collection Petite Bibliothèque Payot/Voyageurs.

En 1935, le Sinkiang (le Turkestan chinois, berceau d’une vieille culture iranienne, situé au nord du Tibet) est en plein soulèvement, et trois ou quatre factions se combattent, encouragées par l’URSS, l’Angleterre, voire le Japon… sans oublier le Kuomintang chinois qui les combat toutes…

Ella Maillart se trouve alors à Pékin, et entreprend, accompagnée de Peter Fleming, un voyage incertain, où il s’agit de traverser toute la Chine d’est en ouest jusqu’à cette province du Sinkiang, puis de rejoindre le Cachemire indien par les cols muletiers du Pamir et du Karakoram. Évidemment, il est impossible d’obtenir un visa, et tout étranger est normalement refoulé vers la côte.

C’est ce voyage (qui dura sept mois) qu’elle nous fait partager dans ce livre, et d’une belle et simple manière. Comme le dit Nicolas Bouvier (auteur du magnifique L’usage du monde) dans la préface :

La fraîcheur saisissante de l’observation, une langue extrêmement précise, enfin une philosophie du voyage qui permet à l’auteur de vivre son aventure sans trop vouloir la gouverner, remplacent avec avantage la « prétention de faire une œuvre littéraire » et me confirment dans l’idée qu’on a souvent plus de profit à lire les voyageurs qui écrivent que les écrivains qui voyagent.

On ne peut mieux dire, et Ella va nous narrer son voyage au quotidien : les difficultés rencontrées, les coups de chance et de malchance, les longues marches éprouvantes, sans oublier le contexte géographique et politique des régions traversées, tous les deux bien souvent troublés.

L’histoire de son petit cheval Slalom, incapable d’avancer tellement il est devenu faible et qu’elle doit abandonner en espérant que la luzerne repoussera avant qu’il ne meure, est particulièrement touchante.

Comme d’habitude, quelques extraits pour vous faire une idée :

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Les chiens ont soif – Normand Baillargeon

Les chiens ont soif - Normand Baillargeon Après avoir lu « Petit cours d’auto-défense intellectuelle » du même auteur, je me suis empressé de prendre celui-ci. Si le premier nous apprenait à développer notre pensée critique de manière très plaisante, celui-ci (paru antérieurement) est plutôt une critique de notre société ainsi qu’un appel à se mobiliser.

La première partie est très intéressante, particulièrement ses explications sur ce qu’est vraiment l’anarchisme. Il aborde ensuite des sujets comme l’éducation, l’économie politique, les impôts, et termine par quelques remarques destinées à montrer qu’une autre économie est possible, qu’il est temps de s’y intéresser… et de militer.

Le livre est très documenté et de nombreuses références sont fournies sur les sujets abordés.

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Le boulevard périphérique – Henry Bauchau

Le boulevard périphérique - Henry Bauchau Dernier bouquin conseillé par le libraire de Morlaix, et pas vraiment ce qui m’a le plus plu. Ce livre a pourtant reçu le prix du livre Inter 2008 (comme la banderole le prouve), et j’étais plutôt confiant.

Finalement, c’est peut-être le sujet (le cancer et la mort) qui ne m’a pas branché plus que ça. D’autant que le hasard faisant bien les choses, je me suis retrouvé à le lire à l’hosto lorsque je suis allé me faire retirer la vis de mon coude : ce n’est pas le meilleur endroit pour lire ce genre d’histoires ! 😉

Un homme, assez âgé pour avoir connu la seconde guerre mondiale, passe quotidiennement à l’hôpital rendre visite à sa belle-fille, atteinte d’un cancer, et dont on se doute assez vite qu’elle ne s’en sortira pas.

En parallèle, il se remémore son amitié de jeunesse avec Stéphane, d’abord frère d’escalade, puis résistant héroïque, et qui comme tous les héros trouvera vite la mort. Il se souvient de ce monstre froid comme seule la guerre peut en révéler, appelé Shadow, et qui, emprisonné à la fin de la guerre, avait demandé à le rencontrer pour parler de la mort de Stéphane. Étrange rencontre.

C’est très bien écrit, rien à dire de ce côté. La mort, on y aura tous droit, mais on s’accrochera probablement à la vie le plus longtemps possible. Notre entourage nous répètera qu’il reste encore une chance, et les médecins aussi : ce nouveau traitement, même s’il est plus dur à supporter… Et quelle attitude adopter lorsque l’on est de l’autre côté, à voir l’autre dépérir peu à peu ou reprendre momentanément des forces… pour mieux retomber. Durer, lutter, refuser, mentir… ou bien mourir en pleine force de l’âge comme Stéphane, qui ne craignait pas la mort ?

L’auteur réussit parfaitement à mélanger ce présent et ses souvenirs au milieu de ses réflexions personnelles, au fil de ses aller-retour sur le périphérique pour se rendre à l’hôpital. Vu le sujet, c’est extrêmement bien fait, et plein de sensibilité.

Henry Bauchau est né en 1913 à Malines (Belgique). Écrivain, poète, dramaturge, mais aussi psychanalyste, il vit à Paris depuis 1975. Très chrétien, il est également passionné par l’antiquité et le mysticisme oriental.

Les soldats de Salamine – Javier Cercas

Les soldats de Salamine - Javier Cercas Toujours conseillé par le libraire de Morlaix, voilà un excellent livre, qui a le mérite de parler de la guerre d’Espagne d’une manière tellement originale que les Républicains comme les Franquistes ont sans doute pu y trouver leur compte, et ce n’est pas la moindre des qualités de ce roman.

C’est aussi par le style utilisé par l’auteur, qui dialogue avec le lecteur et lui raconte comment il en en est venu à écrire ce roman, que la première accroche a lieu. L’écriture est limpide, le recul nécessaire et l’humour sont là (quand il parle de lui), et le sujet pourtant difficile parfaitement traité. Enfin, c’est l’occasion de mieux comprendre ce qui s’est passé et comment Franco est arrivé au pouvoir.

L’un des fondateurs de la Phalange, idéologue à la fois poète et écrivain, Rafael Sánchez Mazas, échappe de peu au peloton d’exécution alors que les troupes républicaines sont déjà en déroute, du côté de Barcelone, et s’apprêtent à passer la frontière. L’auteur, ayant entendu cette histoire, va alors se mettre à la recherche de ce soldat républicain qui a pourtant manifestement reconnu le phalangiste…

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Train de nuit pour Lisbonne – Pascal Mercier

Train de nuit pour Lisbonne - Pascal Mercier Un autre livre proposé par le libraire de Morlaix (« bien écrit, profond »), et qui commence tellement bien que je l’ai offert à des amis chez qui je passais le week-end. Mais finalement j’ai trouvé qu’il ne tenait pas ses promesses, et je l’ai terminé un peu laborieusement.

Ça commence pourtant bien avec Gregorius, 57 ans, professeur de langues anciennes à Berne, surnommé « le papyrus » par ses élèves, et à la vie réglée de façon immuable. Une rencontre furtive va pourtant faire basculer sa vie, et le faire partir pour Lisbonne à la recherche d’un écrivain dont le livre lui est tombé dans les mains et bouleversé par la même occasion.

Le livre en question, nous allons en avoir de très larges extraits tout au long du bouquin. L’auteur, Amadeu de Prado, a tout pour être heureux, mais ne l’est pas : excès d’intelligence et de lucidité sur le monde et les humains ? bref, il va nous livrer ses questionnements sur la vie, et c’est ce qui fascine Gregorius, qui y voit des similarités avec la sienne. En ce qui me concerne, c’est ce qui va vite me lasser, à tel point que j’appréhendais les-dits extraits, reconnaissables aux caractères en italiques. D’autant qu’ils peuvent faire plusieurs pages !

Ces réflexions philosophiques, j’ai trouvé que ça tournait pas mal en rond. On peut certes s’interroger à l’infini sur la vie ! L’auteur (Pascal Mercier, pas Amadeu) aurait pu ne garder les meilleures, et soigner le personnage de Gregorius, car de son côté, il m’a semblé que beaucoup de choses restaient sans réponse.

Car les réflexions d’Amadeu ne manquent pas d’intérêt, c’est plutôt leur nombre qui est vite lassant :

Est-il vrai que tous nos actes sont en grande partie déterminés par la peur de la solitude ? Est-ce pour cela que nous renonçons à toutes les choses que nous regretterons à la fin de notre vie ? Est-ce pour cette raison que nous disons si rarement ce que nous pensons ? Pourquoi, sinon, tenons-nous à tous ces mariages désunis, à ces amitiés mensongères, à ces ennuyeux repas d’anniversaires ? Qu’est-ce qui nous arriverait si nous renoncions à tout cela, si nous mettions fin à ce chantage insidieux et décidions de nous assumer ? Si nous laissions jaillir comme une fontaine tous nos désirs réduits en esclavage et la fureur que nous cause notre servitude ? Car cette solitude redoutée, en quoi consiste-t-elle réellement ? Dans le silence des reproches qui nous sont désormais épargnés ? Dans la nécessité abolie de marcher à pas feutrés, en retenant notre souffle, sur le champ de mines des mensonges conjugaux et des demi-vérités amicales ? Déplorons-nous la liberté de ne nous asseoir, à table, en face de personne ? L’abondance de temps qui s’ouvre quand se tait le feu roulant des rendez-vous ? Ne voilà-t-il pas des choses merveilleuses ? Un état paradisiaque ? Pourquoi alors en avoir peur ? Est-ce à la fin une peur qui n’existe que parce que nous n’avons pas réfléchi à son objet ? Une peur qui nous a été inculquée par des parents, des professeurs et des prêtres à la tête vide ? Et pourquoi sommes-nous en réalité tellement sûrs que les autres ne nous envieraient pas, s’ils voyaient à quel point notre liberté est devenue vaste ? Et qu’ils ne rechercheraient pas aussitôt notre société ?

Beaucoup (de points) d’interrogations comme vous pouvez le constater… 😉

Le sujet du livre, finalement, c’est la possibilité que l’on a tous de pouvoir sortir de notre quotidien pour réellement vivre notre vie. Mais Gregorius quittera Lisbonne et reviendra à Berne, et l’histoire ne dit pas ce qu’il fera de sa nouvelle liberté. Après les longs questionnements d’Amadeu, il n’y a plus de place pour que Gregorius vive sa vie, cinq cents pages sont déjà atteintes.

Pascal Mercier, de son vrai nom Peter Bieri, est né en 1944 à Berne, est un philosophe et écrivain suisse, et titulaire de la chaire de philosophie des langues de Berlin de 1993 à 2007.

Les années – Annie Ernaux

Les années - Annie Ernaux Conseillé par un libraire de Morlaix alors que j’avais épuisé les livres emmenés en vacances, ce livre m’a beaucoup plu, même si l’auteur est de Normandie. 😉

Annie Ernaux est née en 1940, et ce roman raconte toutes ces années écoulées depuis sa naissance dans un petit bourg de Normandie jusqu’à nos jours. Mais là où ça devient intéressant, c’est qu’elle ne nous raconte pas sa vie à proprement parler, mais plutôt l’époque et tous les changements survenus dans la société dans ce laps de temps. Et il s’en est passé des choses, depuis l’après-guerre, les trente glorieuses et l’arrivée société de consommation, puis mai 68, Mitterrand…

Elle utilise le « on », le « nous » pour retirer au récit un côté trop autobiographique, nous permettant ainsi de mieux partager tous ces changements de société, les courants de pensée qui ont traversé ces époques… Même si l’on est un peu plus jeune que l’auteur, on y retrouvera beaucoup de choses qui ont traversé également notre propre vie (voilà que j’utilise le « on » également !).

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Les fleurs bleues – Raymond Queneau

Les fleurs bleues - Raymond Queneau J’avais bien aimé Zazie dans le métro du même auteur, et je m’attendais à passer un bon moment avec celui-ci. Ce ne fût pas le cas. Après une cinquantaine de pages, j’ai vite refermé le livre, lassé des jeux de mots plus ou moins drôles (souvent fastidieux) et par la vacuité de l’histoire.

Bref je n’ai pas accroché du tout aux aventures de Cidrolin sur sa péniche qui, lorsqu’il s’endort cède la place au duc d’Auge, et réciproquement. C’est le célèbre apologue chinois : « Tchouang-Tseu rêve qu’il est un papillon, mais n’est-ce point le papillon qui rêve qu’il Tchouang-Tseu ? » avec lequel Raymond Queneau commence sa préface, comme pour prévenir le lecteur de la profondeur de son roman.

Loupé en ce qui me concerne, je le laisse aux amoureux du néo-français (les houatures, le campigne) ou des situations absurdes et anachroniques.