Archives de catégorie : Littérature

La Commune de 1871 – Jacques Rougerie

La Commune de 1871 - Jacques Rougerie Cela faisait quelque temps que je voulais me documenter sur cette période de notre histoire. Quoi de mieux que la collection « Que sais-je? » pour se faire une première idée ?

Écrit par un historien spécialiste du sujet, épais d’une centaine de pages, La Commune de 1871 offre un très bon résumé : contexte historique, données sociologiques de l’époque, la province, tout est là. La narration ne suit pas forcément un ordre chronologique, mais pour une première approche, c’est parfait.

Un rappel historique est primordial pour comprendre ce qui s’est passé. Quatre vingts ans après la Révolution française, c’est le Second Empire de Napoléon III, ou plutôt sa fin, et le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’est pas glorieuse.

La Commune fut l’«antithèse» de l’Empire, écrit Marx. […] Pour comprendre les évènements de 1871, il faut revenir sur les derniers jours de l’Empire, contre lequel se dresse déjà la Ville, sa capitale, Paris.

L’histoire de la Commune de Paris durera en tout et pour tout 72 jours, du 18 mars au 28 mai 1871. Utopique sans doute, elle finira néanmoins dans un bain de sang tant elle fît peur au pouvoir. Citons encore Karl Marx :

Qu’est-ce donc que la Commune, ce sphinx qui tarabuste si fort l’entendement bourgeois ?

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Indignez vous ! – Stéphane Hessel

Indignez vous ! - Stéphane Hessel Voilà, j’ai enfin lu ce livre qui a tant fait parler, principalement par le nombre d’exemplaires vendus.. il faut dire qu’en sortant un livre de 12 pages à 3 € à la veille de Noël, l’occasion d’offrir un cadeau un peu moins idiot que d’habitude était belle.

La profondeur du contenu est malheureusement proportionnelle à son épaisseur. Stéphane Hessel se borne à énoncer des évidences : les conquêtes sociales sont en danger, tout comme les droits de l’homme et la planète, l’écart entre les riches et les pauvres ne cesse de s’accroître, la justice doit être la même pour tous, etc… Que de révélations ! Il dit aussi que l’indifférence, c’est pas bien, et qu’il faut s’indigner… Ah bon ?

Heureusement il reste l’espoir… sa confiance dans le progrès est intacte, et si le début du XXIe siècle a été une période de recul, la décennie précédente (1990) a été source de grands progrès, et il s’en réjouit… par exemple, l’engagement pris par les Nations Unies de réduire la pauvreté de moitié d’ici 2015. C’est comme si c’était fait !

Il conclue ainsi :

Nous appelons à une insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la communication de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous.

On ne peut qu’approuver, mais j’aurai préféré qu’il se montre un peu plus concret sur ce qui passe en France aujourd’hui sur ces sujets. Sans doute ses longues années de diplomate l’empêchent-elles de dire les choses un peu plus crûment ? Il en reste donc aux généralités qui ne froissent personne. Indignez-vous, mais pas trop !

Voyage au Congo – André Gide

Voyage au Congo - André Gide Cette fois, direction l’Afrique équatoriale au début du siècle (1926), où André Gide et Marc Allégret vont passer presque un an entre le Congo et le Tchad, en pleine époque coloniale.

C’est d’abord un vrai journal de voyage, tenu au jour le jour, aux phrases parfois courtes, comme autant de petites touches esquissant la faune et la flore exotiques qu’il découvre autour de lui. Mais d’une manière générale, c’est très bien écrit, le vocabulaire précis, et les observations très pertinentes. Pas de doute, c’est un grand écrivain, très cultivé.

Et très vite le récit se transforme en une critique du colonialisme et du sort fait à la population locale. L’auteur va se trouver confronté à des injustices flagrantes (et amené à prendre parti), à l’exploitation faite par les Grandes Compagnies Concessionnaires venant piller le pays sous le prétexte d’y apporter le développement, et où l’État Français n’assume pas sa responsabilité.

Sans dénoncer totalement le colonialisme (l’apport de la civilisation peut justifier les sacrifices de la population locale), il pointe les dérives et leurs causes, ce qui déclenchera une polémique à son retour en  France, la droite voyant là une attaque des intérêts de la nation.

En extrapolant, on se rend compte que rien n’a vraiment changé sur ce sujet, même si les pays ont acquis leur indépendance depuis. Beaucoup de remarques seraient encore totalement d’actualité… la motivation principale restant la même : le profit !

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Qui a tué Palomino Molero ? – Mario Vargas Llosa

Qui a tué Palomino Molero ? - Mario Vargas Llosa Comme l’annonce le titre, il s’agit d’un roman policier, où l’originalité de l’histoire tient essentiellement au fait qu’elle se déroule au Pérou, dans la petite ville de Talara.

Les moyens de la gendarmerie sont très limités,et quand le seul taxi de Talara n’est pas libre, il faut faire du stop pour aller à la ville d’à côté pour les besoins de l’enquête… et parfois revenir à pied ! Pour les trajets plus courts, il y a le cheval ou la bicyclette.

Lituma, un jeune gendarme du coin va suivre l’enquête de l’expérimenté lieutenant Silva, qui maîtrise l’art d’obtenir des informations sans jamais poser de questions directes. Il est en outre obsédé par les rondeurs de Doña Adriana, la patronne du troquet où ils prennent leur repas.

Assurément le lieutenant était un homme droit et c’est pourquoi Lituma avait pour lui, outre de l’estime, de l’admiration. Il était fort en gueule, porté sur le verbe haut et la boisson, et lorsqu’il s’agissait de la grosse buvetière il perdait les pédales. Cela dit, Lituma, tout le temps qu’il travaillait sous ses ordres, l’avait toujours vu s’efforcer, dans tous les conflits, toutes les affaires qui arrivaient à la gendarmerie, de rendre justice. Et sans jamais faire de préférence.

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La voie cruelle – Ella Maillart

La voie cruelle - Ella Maillart Après avoir lu Oasis interdites, (le passionnant journal d’une traversée improbable de la Chine), j’ai voulu lire un autre roman d’Ella Maillart, l’écrivain voyageuse suisse.

La voie cruelle se passe quatre ans plus tard, à la veille de la seconde guerre mondiale : Ella part de Genève avec son amie Christina au volant d’une Ford, direction l’Afghanistan.

Ella part à la fois pour fuir l’Europe qui s’enfonce dans la guerre et le nationalisme, mais aussi pour retrouver un sens à la vie, « pour retrouver ceux qui savent encore vivre en paix » répond-elle spontanément à C.G. Jung avant de partir… Elle veut aller au Kafiristan :

C’est là que vivent les hommes que je compte étudier, dans une contrée où je me sens à l’aise. Ce sont des montagnards que l’esclavage des besoins artificiels n’a pas encore atteints, des hommes libres que nul ne force à augmenter leur production journalière.

Pour Christina, c’est un peu plus compliqué : sortant d’une énième cure de désintoxication (morphine, alcool), écrivain-poète avec une sensibilité à fleur de peau, c’est pour elle une dernière chance de s’en sortir :

J’ai trente ans. C’est là ma dernière chance pour corriger ma manière de vivre, une dernière tentative pour me reprendre en main. Ce voyage ne sera pas une folle escapade, comme si nous avions vingt ans ; et d’ailleurs ce serait impossible avec l’actuelle tragédie européenne. Ce voyage d’étude doit nous aider à atteindre notre but : devenir enfin des êtres conscients, capables de répondre d’eux-mêmes. Il m’est devenu insupportable de vivre ainsi à l’aveuglette… Quelle est la cause, quelle est la signification de ce chaos qui sape hommes et nations ? Et puis, enfin, il doit bien y avoir quelque chose que je puisse faire de ma vie, une idée, un but pour lequel je puisse mourir avec joie ou vivre.

Malgré ce début prometteur, je suis resté sur ma faim.

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Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes – Jean-Jacques Rousseau

Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes - Rousseau Comme il est toujours préférable de lire les grands auteurs pour se faire sa propre idée plutôt que d’écouter (puis répéter ?) ce qu’un autre en a dit… j’ai voulu lire celui-ci.

Avant de lire cet essai, Jean-Jacques Rousseau se résumait pour moi à la question : « l’homme naît-il bon ou mauvais ? » à laquelle il avait répondu par le premier choix… et bien souvent celui qui en parlait de nos jours laissait entendre que Rousseau s’était trompé.

Il le dit d’ailleurs beaucoup mieux dans la lettre à Philopolis (en annexe) :

Remarquez au reste que dans cette affaire je suis toujours le monstre qui soutient que l’homme est naturellement bon, et que mes adversaires sont toujours les honnêtes gens qui, à l’édification publique, s’efforcent de prouver que la nature n’a fait que des scélérats.

En fait, ce n’est pas vraiment ça que j’en retiens : c’est plutôt une sévère critique de la société (ou de l’État, du gouvernement) qui entretient l’inégalité, favorise la corruption, bride la liberté… et ce de manière  quasi inévitable. Ce que dit Rousseau sur la société n’a d’ailleurs pas pris une ride.

On ne peut pas en dire autant de son propos sur l’homme « naturel » ou « sauvage », mais dans les deux cas l’effort de démonstration et de raisonnement est impressionnant. Sans oublier la construction des phrases, superbe.

Il faut dire qu’à l’époque, la science en était à ses balbutiements, la connaissance du monde partielle, et qu’aujourd’hui on en sait beaucoup plus sur à peu près tous les sujets abordés. D’un autre côté, si les hommes « sauvages » ont été largement étudiés (lire Tristes tropiques de Claude Lévi-Strauss par exemple — qui parle d’ailleurs de Rousseau), ils ont également disparu, éliminés par notre civilisation : la boucle est bouclée.

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Niki, l’histoire d’un chien – Tibor Déry

Niki, l'histoire d'un chien - Tibor Déry J’ai entendu parler de ce livre sur France Culture, un samedi matin, lors de l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut (émission que je n’écoute d’ailleurs pas).

Le sujet en était ce livre, et dès le début (au moment où j’allais éteindre la radio), l’un des deux invités déclarait : « Je voudrais dire aux auditeurs d’éteindre la radio, d’aller acheter ce livre, et de s’y plonger avec délices ». Finkielkraut était un peu embêté, mais c’est ce que je fis. Et je ne fus pas déçu, c’est effectivement un très bon livre.

C’est donc l’histoire de Niki, une jeune femelle fox-terrier qui se fait adopter par Mr et Mme Ancsa à force de pirouettes et autres artifices de séduction…

Nous sommes en Hongrie, en 1948 : après la guerre, l’Armée Rouge occupe le pays, les communistes arrivent au pouvoir et les années de stalinisme vont commencer. Mais on sait peu de choses sur ce qui se passe, si ce n’est que le nom des rues ou des places changent régulièrement…

Car c’est bien l’histoire de Niki qui nous est contée, et pas celle de ses maîtres : le passage de la campagne à la ville, la disparition du maître (emprisonné pour n’avoir pas compris que le communisme n’exclut pas la corruption), et la tristesse qui envahit Niki au fur et à mesure que les années passent.

Tout au plus le narrateur s’amuse-t-il à faire des comparaisons entre ce que peut ressentir un chien et un humain… ce qui ne manque pas de nous faire réfléchir un peu. La censure empêche d’écrire certaines choses, mais les métaphores peuvent être encore plus fortes. Les observations sur le comportement animal sont remarquables, tout cela dans un style clair et limpide.

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La trilogie Fabio Montale – Jean-Claude Izzo

La trilogie Fabio Montale - Jean-Claude Izzo Après la Provence champêtre vue par Jean Giono il y a près d’un siècle, on reste dans le sud mais on passe à une ville contemporaine ; et pas n’importe quelle ville, puisqu’il s’agit de Marseille ! La ville de Izzo, celle qu’il a tant aimé…

Fabio Montale est le héros, flic des quartiers nords désabusé (bientôt déclassé) aimant la poésie, le jazz, l’alcool et les femmes… et voyant sa ville qu’il connait par cœur se transformer peu à peu, jusqu’à perdre son âme. La ville mais pas seulement, notre société aussi, qui ne sait pas où elle va, et où règnent la violence, la corruption, le racisme, la misère…

Dans Total Khéops, son enfance de petit voyou refait surface, nous permettant de connaître son parcours, tout en parlant du milieu Marseillais et de la corruption de la police. Chourmo traite de la misère sociale, de la dérive islamiste de jeunes émigrés paumés, et des manipulations dont ils sont l’objet, toujours par les flics et le milieu. Solea annonce l’arrivée de la Mafia italienne, se veut très documenté et est finalement assez inquiétant.

On peut se demander comment le rôle de Fabio Montale dans l’adaptation télévisée fût confié à Alain Delon ! Les deux personnages ne sont manifestement pas du même bord politique… à moins que Delon ne soit finalement un très grand acteur ? 😉

Cette trilogie commence, en guise de préface, par une passionnante et inédite biographie de l’auteur par Nadia Dhoukar.

Jean-Michel Izzo est né à Marseille en 1945 et meurt dans cette même ville en 2000. Fils d’émigré, passionné de poésie et de littérature, il adhère au PSU en 1996. En 1968, il est même candidat aux élections législatives de Marseille. Puis il adhère au PCF, devient rédacteur en chef de La Marseillaise (à cette époque un quotidien communiste). Il quittera le parti, préférant l’action concrète aux discours lénifiants. À noter qu’il vécu un temps à St-Malo, étant l’un des animateurs du festival « Étonnants voyageurs ».

 

Regain – Jean Giono

Regain - Jean Giono Troisième et dernier roman de la trilogie de Pan, après « Colline » puis « Un de Baumurges ».

L’occasion de retrouver une préface de la très chère Anne-Marie Marina-Mediavilla, que je me suis empressé de passer sans la lire, au cas où elle raconterait l’histoire comme dans Colline. Et comme là aussi, un petit dossier fait suite au roman, on peut se demander l’utilité de cette préface.

Bon, ceci dit, on apprend très vite qu’il s’agit d’un village de Haute-Provence qui perd ses derniers habitants, et vu le titre, on peut rapidement deviner ce qui va se passer.

Belle histoire que l’on a tout de même un peu de mal à croire, le retour à la terre de nos jours… même en 1930, date de parution du roman, le dépeuplement était déjà bien avancé.

Sur cette trilogie, ma préférence reste à Un de Baumugnes, tant pour l’histoire que pour le style.

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Un de Baumugnes – Jean Giono

Un de Baumugnes - Jean Giono Après « Colline », il était logique que j’enchaîne sur « Un des Baumugnes », le deuxième opus de la trilogie de Pan de Jean Giono… d’autant qu’on m’a offert les trois !

J’ai beaucoup aimé celui-ci, j’ai trouvé le style plus abouti : c’est Amédée, un vieux journalier qui nous raconte l’histoire, et Giono l’écrit comme Amédée parle… ça m’a fait penser à Céline dans Mort à crédit. Pas d’argot parisien ici, mais du patois provençal…

C’est en tout cas parfaitement réussi, et on est très vite accroché par cette histoire d’amitié entre Amédée et Albin, jeune journalier descendu de son village de Baumugnes, et tombé amoureux d’une jeune fille. Le vieil Amédée, avec tout le recul qu’il a sur la vie, va l’aider à retrouver la belle. Il va aider Albin…

… du mieux que je pouvais pour me guérir de cette sacrée maladie qui me fait souffrir du mal des autres…

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