Archives de catégorie : Littérature

Hérétiques – Leonardo Padura

Hérétiques - Leonado Padura Après lui avoir exprimé mon enthousiasme pour la lecture de « L’homme qui aimait les chiens», mon libraire préféré m’a mis dans les mains ce nouveau roman de Leonardo Padura ; quand je lui demandai si c’était aussi bien, il me fit une mimique semblant signifier que c’était encore mieux ! Malgré la faiblesse de l’argumentation, je le prenais.

Alors bon, sans égaler à mon avis le sublime « L’homme qui aimait les chiens», celui-ci va nous appendre des morceaux d’Histoire peu connus, et passionnants. Un petit mot toutefois pour l’éditeur : le bouquin est lourd et le format imposant (24×15 cm) rendant sa lecture un peu moins agréable. Ou est-ce l’auteur qui aurait peut-être pu en réduire le contenu, car il y a tout de même certaines longueurs (disons une multitude de détails).

L’intrigue tourne autour d’un mystérieux tableau de Rembrandt, disparu à La Havane, et qui réapparaît tout aussi mystérieusement lors d’enchères à Londres. Mario Conde, l’ex-policier maintenant recyclé dans le commerce de livres anciens, est mandaté par un descendant d’une famille juive polonaise pour enquêter : ce tableau leur appartenait il y a bien longtemps…

L’histoire se découpe en trois parties, à trois époques différentes. Le second fil conducteur de ce roman, c’est la liberté qu’a chaque individu de choisir sa propre route, faire ses propres choix, dans des contextes souvent difficiles et toujours contraignants.

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Cycle Les quatre saisons – Leonardo Padura

Passé parfait Après l’excellent L’homme qui aimait les chiens, j’ai eu envie de lire d’autres romans de cet auteur cubain. Et je suis tombé sur cette série de quatre romans policiers, qui font partie du cycle « Les quatre saisons », chaque histoire se déroulant à une saison de l’année 1989.

Leonardo Padura était journaliste, critique littéraire, scénariste pour le cinéma… puis il décida de se lancer dans l’écriture, et ce seront ses quatre premiers romans. Des romans policiers, où le lieutenant Mario Conde, la quarantaine désabusée, tendance alcoolique, va enquêter dans La Havane.

Vents de carême Mais attention, la censure existe à Cuba, et l’auteur utilise le roman policier, au gré des affaires qui sont confiées à Mario Conde, pour décrire cette société cubaine, amenée à gérer au quotidien une pénurie chronique (les camarades soviétiques ne les aident plus depuis longtemps). Les idéaux de la Révolution ont largement eu le temps de se ternir face à une réalité économique désastreuse. Pour certains, le seul espoir est de pouvoir un jour quitter l’île vers la Floride… quand d’autres se sont laissés corrompre. Tout cela donne un intérêt supplémentaire à ces enquêtes policières (qui ne sont finalement qu’un prétexte).

Electre à la Havane Il faut dire que la vision désabusée de Mario Conde n’y est pas étrangère. Célibataire, sa famille se résume à quelques amis d’enfance, avec qui le mot amitié prend tout son sens. Eux aussi ont eu leurs galères, ont vu leurs espoirs se réduire à peu de choses, leur jeunesse enfuie. Alors on boit du rhum de contrebande le soir, jusqu’à tomber par terre… Auparavant, Joséphine, la mère du Flaco (le meilleur ami de Mario), est un véritable cordon-bleu, capable de tirer le meilleur de bien peu de choses, et ils peuvent se remplir l’estomac avant d’attaquer les choses sérieuses.

L'automne à Cuba Un autre thème récurrent des histoires est la corruption des élites. Au moment de la révolution, beaucoup de riches cubains ont fuit le pays en y laissant leur richesse. L’État s’en est emparé, mais certains se sont enrichis facilement à ce moment-là, profitant de leur situation. Rien de nouveau sous le soleil, pourrait-on dire. Et s’il y a une chose qui énerve Mario Conde, c’est l’injustice et la malhonnêteté ; il ne leur fera pas de cadeau.

Dans « Électre à La Havane » (le troisième), c’est le thème de l’homosexualité qui est abordé : hypocrisie des élites, préjugés moraux, répression politique, les homosexuels cubains eurent la vie difficile dans les années 60 et 70. Le meilleur des quatre romans à mon goût.

Et dans « L’automne à Cuba », après une dernière enquête, Mario Conde démissionne de la police, qui apparaît elle aussi largement corrompue. On a pu voir le personnage évoluer au cours de ces quatre romans : dégoûté, il décide finalement de devenir écrivain, ce qu’il voulait être plus jeune, et advienne que pourra :

Il lui fallut courir pour s’enfermer dans les toilettes. Il ouvrit le robinet du lavabo et regarda l’eau qui coulait transparente et pure, avant de mettre les mains sous le jet et de se mouiller le visage, encore et encore, tentant d’enlever la saleté oppressante du désenchantement : la certitude d’avoir assisté à l’écroulement de plusieurs vies avait mis sous ses yeux la plus éclatante évidence quant à savoir pourquoi il avait été incapable d’écrire cette histoire dépouillée et émouvante à laquelle il rêvait depuis des années : ses vraies expériences étaient d’habitude ailleurs, très loin de la beauté, et il comprit qu’il devait d’abord vomir ses frustrations et ses haines pour être ensuite capable – s’il l’était, si un jour il l’avait été – d’engendrer quelque chose de beau. Il venait juste de reconnaître la dimension de la peur qui l’avait empêché de laisser couler sur le papier, de rendre réel, vivant, indépendant, et peut-être impérissable, ce fleuve de lave obscure qui avait emporté sa vie et celle de ses amis, et les avaient transformés en ce qu’ils étaient : moins que rien, rien de rien, rien que le néant.

Leonardo Padura est un journaliste et écrivain cubain, né à La Havane en 1955. Ces quatre romans sont donc ses premières œuvres : cela se sent dans le premier (Passé parfait), quand on le lit après L’homme qui aimait les chiens… mais le style évolue très vite, et le personnage de Mario Conde également. On a hâte de le retrouver dans d’autres romans !

Endgame Tome 1 – L’appel – James Frey

Endgame Tome 1 - L'appel - James Frey Je n’aurais jamais du lire ce livre, c’est une erreur ! Et je vous conseille d’en faire autant, à moins d’être un ado (pas forcément attardé) ! 🙂

Comment ce livre m’est-il arrivé entre les mains ? Eh bien, je dois remercier les amis, qui cette fois se sont bien plantés : tous les ans au réveillon, nous sommes deux ou trois à avoir droit à un cadeau, parce notre anniversaire est très proche (le 02 janvier dans mon cas)… très belle attention de leur part, n’est-ce pas ?

Sauf que… dans  la réalité, l’organisation pêche un peu : « on » va faire les courses au supermarché, et « on » choisit vite fait un bouquin au hasard parce qu’«on » est pressé : c’est ça ou « on » n’aura pas le temps d’aller boire un coup ! 😉 Et puis quoi on est au supermarché hein ? alors on en prend un gros, plus c’est gros plus c’est beau… Là, en l’occurrence, ça pourra servir à caler un meuble éventuellement… 😉

Et donc voilà : un scénario à deux balles, des clichés à la pelle, et surtout une écriture affligeante de pauvreté, tout ça sur 500 pages. Un calvaire à lire, attendant désespérément quelque chose d’intéressant, en vain.

Et comme le livre est couplé à une opération sur le web, où les passionnés (pas de littérature en tout cas !) pourront aller essayer de résoudre les énigmes (500 000 $ à gagner tout de même !), l’auteur nous inflige page après page des chiffres jusqu’à l’écœurement, car tout est important pour résoudre les énigmes.

Il en résulte donc des phrases du genre : « ce matin, untel s’est réveillé à 10h 24mn et 8,412 secondes». Le livre en est truffé ! Une horreur…

Comment conclure ? se rappeler qu’il existe des librairies pour acheter des livres, et accessoirement des libraires pour vous conseiller !

James Frey, né en 1969, est un écrivain américain, principalement connu pour ses mémoires (A Million Little Pieces), qui se révélèrent en partie bidon quelques années plus tard (voir ici). On voit qu’avec ce livre il a définitivement choisi la voie du bidonnage, littéraire cette fois !

Éloge des voyages insensés – Vassili Golovanov

Éloge des voyages insensés - Vassili Golovanov C’est à la radio que j’ai entendu parler de ce livre : Elisabeth Barillé était l’invitée de l’émission « Les racines du ciel » sur France Culture, pour y parler de Lou Andréas Salomé, et de son livre « Lou Andreas Salomé : L’école de la vie ».

À la fin de l’émission, on lui demande si elle a un livre à recommander, et c’est ce livre qu’elle mentionne : « pour moi un des plus beaux livres jamais écrit depuis ces vingt dernières années… récit de voyage sur la quête du nord… en  l’occurrence, quand on est russe, c’est le fin fond de la Sibérie… récit qui croise les mythes, ses mythes intérieurs, les mythes de l’humanité».

Il n’en fallait pas plus pour me convaincre. Hélas, le livre n’existe pas en poche, et coûte tout de même 29 €…

Le titre pourrait se limiter à « Éloge des voyages », même si celui-ci est effectivement assez insensé, puisque l’auteur se rend sur une île appelée Kolgouev, située dans la Mer de Barents (océan Arctique), et pratiquement déserte. Toujours est-il qu’à lire ce récit, on a une furieuse envie de prendre son sac à dos, même si une destination moins rude ferait aussi bien l’affaire…

La prose de Vassili Golovanov, superbe, nous emporte avec lui dans cette expédition un peu folle ; il nous fait partager ses doutes, ses réflexions, l’histoire de l’île, interroge les anciens, raconte des légendes, montre comment le peu de notre civilisation qui a réussi à venir jusqu’ici a réussi à détruire le mode de vie des locaux ; mais aussi l’expédition pour découvrir l’intérieur de l’île, les longues marches dans la toundra, les difficultés à trouver son chemin dans ce territoire vierge, le froid et l’humidité, la fatigue… tout en décrivant magnifiquement cette nature pourtant si rude.

Un très beau livre sans aucun doute, je l’ai lu tranquillement, et c’était un plaisir de s’y replonger à chaque fois. La presse surnomme l’auteur « le Nicolas Bouvier russe », et avec raison : même capacité à nous emmener dans un récit de voyage. Lui se classe dans les « géographes métaphysiques »…

Voilà quelques extraits pour vous faire une idée :

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Hunter S. Thompson, journaliste & hors-la-loi – William McKeen

Hunter S. Thompson, journaliste & hors-la-loi - William McKeen Ce n’est pas le premier bouquin de Thompson que je lis, et pourtant c’est par celui-là qu’il vaut mieux commencer (en tout cas pour lire les « Gonzo papers ») : quoi de mieux qu’une biographie pour découvrir une personnalité ? surtout aussi complexe que celle-ci.

Car ce n’est pas facile de faire la part de vérité entre la légende, le personnage réel, et ses provocations. Lui-même s’y fera prendre d’ailleurs… à son corps défendant.

Il voulait devenir un grand écrivain américain (il tapait à la machine à écrire des œuvres comme ‘Gatsby le magnifique’ pour « apprendre »), mais il échoua, et le savait. Sa consommation de cocaïne n’y est pas étrangère, et marque nettement la baisse de ses capacités littéraires.

C’est l’éditeur Tristram qui nous propose cette traduction, préfacée par Philippe Manœuvre : couverture souple, papier recyclé, très agréable à lire. Tristram a également entamé la publication de l’intégrale des « Gonzo papers » (3 volumes déjà parus).

Voilà donc quelqu’un qui a passé sa vie sous le régime coke/alcool, alcool/coke, et bien décidé à mener l’affaire jusqu’au bout, et qui a le dialogue suivant avec une étudiante lors d’une de ses conférences :

Une étudiante : Monsieur Thompson…
Hunter Thompson : Appelez-moi Hunter !
Une étudiante : Hunter… êtes-vous pour ou contre la légalisation ?
Hunter Thompson : Pour ! Absolument pour ! Là, maintenant, tout de suite (applaudissements nourris) ! On va y laisser la moitié d’une génération, mais au regard de l’histoire, c’est quoi une demi-génération (tohu-bohu dans la salle) ?!

Ceci pour vous donner une idée du personnage… Il ne lâche rien, et ne lâchera jamais rien… journaliste/écrivain, inventeur du journalisme gonzo (lire « Las Vegas Parano », ou encore mieux « Hell’s Angels »), mais pas que ça. Obsédé par « la mort du Rêve Américain », la perte des idéaux des années 60 (moment qu’il associe à l’assassinat de JFK), il s’implique aussi en politique, soutenant les démocrates, et faisant de Nixon sa bête noire.

La répression policière à Chicago lors de la convention démocrate de 1968 (660 arrestations, 1 000 blessés, un mort) le marqua également profondément :

Je suis allé à la Convention démocrate en journaliste, j’en suis revenu en bête féroce.

Il revint à Wood Creek presque muet et, pendant des semaines, ne put parler de Chicago sans fondre en larmes. Son cynisme envers la politique prit des proportions monstrueuses.

Tout ça pour dire que le personnage, certes tout en excès et provocation, est remarquablement lucide sur le monde, en particulier sur l’Amérique. Ses jugements sont souvent fulgurants, et ses écrits valent le détour.

Voilà quelques extraits choisis.

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Karoo- Steve Tesich

Karoo- Steve Tesich Conseillé par la libraire (« un bon délire »), prix du meilleur roman des lecteurs de Points 2014, je me suis dit que ce roman serait agréable à lire, sans prise de tête.

D’autant que le pitch a l’air marrant, puisque le héros a cette incroyable faculté de boire de la vodka comme un trou sans jamais être saoul… Une sorte de super-héros quoi ! 😉

Malgré un début prometteur où Saul Karoo, c’est son nom, présente une vision très cynique de sa vie et du monde qui l’entoure, mon optimisme fut vite douché : il se révèle très vite un personnage détestable, totalement imbu de sa personne, qui radote son mépris et ses interrogations existentielles au fil des pages, évoluant dans le milieu hollywoodien, empli d’autres personnages tout aussi détestables, obsédés par la puissance et l’argent.

Le récit se déplace alors vers une sorte de romance insipide, où l’on s’ennuie ferme d’une part, et où d’autre part le seul qui semble être dupe des évidences du scénario est cet être si intelligent qu’est Saul. La fin ne mérite ni d’être contée, ni d’être lue.

Tout cela dans un style littéraire assez insipide, qui ne font qu’ajouter à l’ennui (avec un scénario solide, sur ce genre de romans, ce ne serait pas un problème).

Steve Tesich (1942-1996) est un scénariste, écrivain américain d’origine Serbe (il émigre à 15 ans). Il a reçu plusieurs récompenses pour le scénario du film « Breaking away » (la bande des quatres) paru en 1979. Karoo a été publié de manière posthume (1998), et cela explique peut-être l’enthousiasme excessif des critiques littéraires à son égard.

Souvenir – Philip K. Dick

Souvenir - Philip K. Dick Retour à Philip K. Dick avec ce petit recueil de nouvelles acheté principalement pour une en particulier : Rajustement (titre original : Adjustment Team), parue en 1954, soit au tout début de la carrière de Philip K. Dick.

Cette nouvelle a également fait l’objet d’un film : L’Agence (titre original : The Adjustment Bureau), sorti en 2011, plus de cinquante ans après.

L’idée maîtresse est bien sûr la même entre la nouvelle et le film : la réalité de nos existences quotidiennes est contrôlée par disons « une organisation », et comme telle susceptible d’être corrigée en cas de problème. Cette « organisation » n’est pas définie, on pense bien sûr à Dieu, ou un truc du genre (qui s’implique plus…) ; dans la nouvelle, il est appelé le Vieillard, et décrit comme suit :

Un vieil homme tranquillement assis dans un immense siège de conception moderne contemplait calmement Fletcher en fixant sur lui des yeux pleins d’une indulgence mêlée de lassitude. Fletcher se sentit parcouru d’un étrange frisson. Ce n’était pas de la peur. Plutôt une vibration qui l’ébranla de la tête aux pieds — un sentiment profond de crainte et de respect nuancés de fascination.

C’est assez amusant de comparer les deux œuvres, elles n’ont pas grand chose à voir.

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Hommage à la Catalogne – George Orwell

Hommage à la Catalogne - George Orwell La guerre d’Espagne est un sujet passionnant, faisant partie de l’histoire récente, et dont il y a beaucoup à apprendre. Quand un écrivain comme George Orwell décide de faire le compte-rendu de sa propre expérience, ça vaut le coup de le lire.

Il va essentiellement nous raconter son expérience personnelle, assez brève en fait (environ 6 mois à partir de fin 1936) ; il en résulte une description surprenante de ce que peut être une guerre de position, coincé dans sa tranchée, mal ou pas armé (!), à souffrir plus de la faim et du froid que d’autre chose. D’autant qu’il se rend à Barcelone (pour se porter volontaire) avec sa femme, et que celle-ci l’y attend lorsqu’il est est sur le front.

Mais sa véritable intention est ailleurs : il s’est engagé dans les milices du P.O.U.M. (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste), un parti créé en 1935 à Barcelone, souvent réputé trotskiste, mais en fait simplement anti-stalinien. Atterré par la façon dont les intellectuels communistes accusent le P.O.U.M. de toutes les calomnies, il se décide à raconter ce qu’il  a vécu (le livre paraît, avec des difficultés, en avril 1938), en s’attachant à faire un récit d’une honnêteté scrupuleuse, très attentif à rapporter la vérité telle qu’il l’a vécue.

D’ailleurs, en le lisant, je pensais à L’homme qui aimait les chiens (Leonardo Padura), qui parle aussi un peu de cette période à Barcelone, et des manœuvres politiciennes de Staline et du Parti Communiste, plus concentré sur la prise de pouvoir parmi les républicains (socialistes/anarchistes/communistes) qu’à faire gagner la révolution.

A la fin du livre se trouvent deux appendices, originellement les chapitres V et XI, reporté ainsi à la demande de l’auteur :

Ils traitent de la politique intérieure de la révolution espagnole, et il me semble que le lecteur ordinaire les trouverait ennuyeux. Mais, en même temps, ils ont une valeur historique, surtout le chapitre XI, et il serait dommage de les supprimer. En écrivant ce livre, j’ai tâché de concentrer mes réflexions politiques sans ces deux chapitres, et on peut les mettre à la fin sans interrompre le récit.

Je les ai trouvé passionnants, car ils apportent beaucoup à la compréhension de ce que fût la guerre d’Espagne, de ses enjeux, et du  rôle des uns et des autres, en particulier des communistes :

A l’exception des petits groupements révolutionnaires qui existent dans tous les pays, le monde entier était résolu à empêcher la révolution en Espagne. Notamment le parti communiste, avec la Russie soviétique derrière lui, s’était jeté de tout son poids à l’encontre de la révolution. C’était la thèse communiste que, au stade actuel, faire la révolution serait fatal et que le but à atteindre en Espagne ne devait pas être le pouvoir ouvrier, mais la démocratie bourgeoise. Il est à peine besoin de souligner que ce fut cette ligne-là qu’adopta également l’opinion capitaliste « libérale ».

Voilà donc quelques extraits, où George Orwell nous conte son quotidien de milicien, nous fait part de l’expérience humaine inoubliable qu’il a alors vécu, puis sur l’évolution que pris cette guerre (ou cette révolution). C’est très bien écrit, et l’on sent toute l’importance que l’auteur met à vouloir partager son expérience, à dire sa vérité.

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Équatoria – Patrick Deville

Équatoria - Patrick Deville Retour à Patrick Deville et à ses romans mêlant histoire et voyage. Cette fois, nous partons en Afrique centrale, et le fil rouge sera cette fois Pierre Savorgnan de Brazza, explorateur français d’origine italienne, dont la capitale de la République du Congo tirera son nom : Brazzaville.

Globalement, même remarque que pour Pura Vida (qui nous emmenait en Amérique centrale) : un peu trop fouillis, trop de personnages et de lieux que l’on ne connaît pas, et l’on s’y perd un peu. Une simple carte de l’Afrique localisant les lieux, les fleuves, les villes mentionnées en début d’ouvrage n’aurait pas été superflue.

Une fois encore, il est préférable de connaître l’histoire (un peu) et la géographie (beaucoup) pour apprécier les œuvres de Patrick Deville à leur juste valeur…

Reste la découverte de cet explorateur atypique, pacifiste, tenant à payer et nourrir décemment les porteurs utilisés dans les expéditions, allant même jusqu’à s’opposer au ministre des Colonies français qui veut soumettre les nouveaux territoires découverts au régime de la concession : on confie alors ces terres aux sociétés privées pour l’exploitation… Voir à ce sujet Voyage au Congo d’André Gide pour se faire une idée de l’horreur coloniale qui en résulte.

L’auteur aurait pu se concentrer sur cet explorateur qui  mérite l’attention, mais ce serait trop simple. Il nous emmène vers d’autres personnages, passant de l’un puis à un autre au gré des lieux traversés : Livingstone, Stanley, et d’autres moins connus comme Emin Pacha d’Equatoria ou Tippu Tip de Zanzibar… Tous explorant le cœur de l’Afrique, cherchant les sources des fleuves, ou à tracer les routes commerciales d’Ouest en Est ou du Nord au Sud. Équatoria représente d’ailleurs la partie Sud du Soudan, aux sources du Nil.

Autres articles sur Patrick Deville :

Patrick Deville est un écrivain français né en décembre 1957. Il suit des études de littérature comparée et de philosophie à Nantes, puis voyage pas mal apparemment. En 2011, le magazine Lire élit Kampuchéa meilleur roman de l’année. En 2012, il reçoit pour Peste & Choléra le prix Femina, le prix du roman fnac, et le prix des Prix littéraires.

Opium Poppy – Hubert Haddad

Opium Poppy - Hubert Haddad Deuxième roman que je lis de cet auteur, après Palestine, qui ne m’avait pas particulièrement plu, notamment le style employé par l’auteur.

Il en est un peu de même pour celui-ci, même si sa lecture a tout de même été plus plaisante : l’auteur ne s’envole pas dans de grandes phrases poétiques, et reste plus concret, ce que je préfère de beaucoup.

Mais bon, l’histoire est quand même un peu simpliste, avec ce gamin afghan paumé à Paris (on le serait à moins !) après avoir subi la guerre en Afghanistan, perdu sa famille, et même obligé de tuer son propre frère, avant de partir en exil… L’histoire se terminera mal.

Petit roman, il a l’avantage de se lire assez vite. Mais que d’évidences dans ce récit ! Alors, oui, la guerre c’est moche, et les conséquences sur les enfants terribles.

Hubert Haddad est né en 1947 en Tunisie. Écrivain de langue française, poète, romancier, historien d’art.