Archives de catégorie : Littérature

De l’inégalité parmi les sociétés – Jared Diamond

De l'inégalité parmi les sociétés - Jared Diamond Livre conseillé par mon libraire, mais qui est resté pas mal de temps sur l’étagère : j’avais peur que cela soit un peu trop difficile à lire. Il n’en fût rien, bien au contraire : c’est manifestement bien traduit, et l’auteur est très clair dans ses explications.

Il en résulte un gros livre certes (près de 700 pages), mais qui se lit facilement, et où l’on a hâte de retourner tant ce que nous explique l’auteur est passionnant.

Le titre original est peut-être plus parlant : « Guns, germs, and steel. The fates of human societies » (1997). Soit « Armes, germes, et acier. Les destins des sociétés humaines ».

L’auteur propose même un résumé en une phrase :

L’histoire a suivi des cours différents pour les différents peuples en raison des différences de milieux, non pas de différences biologiques entre ces peuples.

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Extension du domaine de la lutte – Michel Houellebecq

Extension du domaine de la lutte - Michel Houellebecq Deuxième roman de Houellebecq que je lis (après La carte et le territoire), et qui est son tout premier roman publié, il y a déjà quelques années, c’était en 1994 !

Petit roman de 150 pages en format poche, il ne faut pas trop de temps pour le lire. Le style est fluide, et la lecture aisée, comme sait faire Houellebeq.

C’est l’histoire d’un cadre informaticien de trente ans, complètement désabusé, et manifestement en phase de dépression. Il va nous raconter son histoire, et ce sera plutôt sombre… avec heureusement quelques pointes d’humour ici où là.

Dégoûté par un travail sans intérêt, sa vision de la société est sans espoir. Il vit seul, n’a pas de succès avec les femmes, et pense au suicide. Malgré tout, il évolue toujours dans ce monde libéral qu’il exècre, acteur totalement passif et observateur attentif des failles de notre société de consommation où il ne se reconnaît pas, où l’humain et l’amour n’ont plus vraiment de place.

Peut-être que Houellebecq parle un peu de lui ici, à travers son héros. Au final, un livre assez agréable à lire, même si l’ensemble est tout de même très sombre : pas de happy-end ici, le héros termine le roman avec ces mots :

J’en ai mal à la peau. Je suis au centre du gouffre. Je ressens ma peau comme une frontière, et le monde extérieur comme un écrasement. L’impression de séparation est totale ; je suis désormais prisonnier en moi-même. Elle n’aura pas lieu, la fusion sublime ; le but de la vie est manqué. Il est deux heures de l’après-midi.

Autres articles sur le blog à propos de Michel Houellebecq :

Michel Houellebecq (né Michel Thomas à La Réunion en 1956), est l’un des auteurs contemporains de la langue française les plus connus et traduits dans le monde. Révélé par « Extension du domaine de la lutte » (1994) et surtout « Les particules élémentaires » (1998). Élevé d’abord par ses grands-parents maternels en Algérie, il est confié à six ans à sa grand-mère paternelle Henriette, communiste, dont il adoptera le nom de jeune fille comme patronyme.

La Pharisienne – François Mauriac

La Pharisienne - François Mauriac Deuxième roman de François Mauriac que je lis, après Le Sagouin. L’histoire se passe toujours au sein de la bourgeoisie catholique bordelaise, et le portrait de cette pharisienne que dresse Mauriac est sans concession.

Mais qu’est-ce qu’une pharisienne ? je n’en savais rien, et wiktionary m’a éclairé : au sens propre, les pharisiens sont une secte du peuple juif qui affectaient de se distinguer par la sainteté extérieure de leur vie.

Par analogie, c’est une personne qui, sûre de soi, juge de haut, avec orgueil et dureté, les actions ou les opinions des autres. C’est précisément le cas de Brigitte Pian dans ce roman : se sentant investie d’une mission par le Seigneur, aspirant à la sainteté, elle est sans pitié avec les personnes qui l’entourent quand elle estime qu’ils ne sont pas dans le droit chemin.

L’histoire est racontée par Louis, son beau-fils, alors jeune adolescent, ce qui donne beaucoup de fraîcheur à la narration. Là aussi, Mauriac excelle à décrire les pensées et questionnements d’un adolescent…

C’est magnifiquement écrit, la description des sentiments humains et du milieu social est profonde, ce qui est semble-t-il la spécialité de Mauriac. Le plus fort, je trouve, c’est que la fameuse Brigitte n’est pas grossièrement caricaturée : au contraire, ses sentiments sont longuement décrits, comme les motivations de ses actions. On en arriverait à plaindre la marâtre !

Elle finira par se rendre compte de ses errements, confrontée aux conséquences de ses actions… Voici le dernier paragraphe du roman :

Elle ne se dérobait pas lorsque je faisais allusion aux événements passés ; mais je compris qu’elle était détachée même de ses fautes et qu’elle abandonnait le tout à la Miséricorde. Au soir de sa vie, Brigitte Pian avait découvert enfin qu’il ne faut pas être semblable à un serviteur orgueilleux, soucieux d’éblouir le maître en lui payant son dû jusqu’à la dernière obole, et que Notre Père n’attend pas de nous que nous soyons les comptables minutieux de nos propres mérites. Elle savait maintenant que ce pas de mériter qui importe, mais d’aimer.

Amen !

François Mauriac (1885-1970) est un écrivain  français, prix Nobel de littérature en 1952. Il se révèle un remarquable analyste des passions de l’âme et un virulent pourfendeur de la bourgeoisie provinciale. Politiquement à droite, il soutient durant la guerre d’Espagne les Nationalistes dans un premier temps, puis se range, avec les chrétiens de gauche, du  côté des Républicains espagnols après le massacre de Guernica. Il soutiendra également l’indépendance de l’Algérie, et se ralliera au général De Gaulle sous la Ve République.

Le Sagouin – François Mauriac

Le Sagouin - François Mauriac C’est un collègue qui m’a parlé de cet auteur, se disant fan de l’écriture de François Mauriac, mentionnant « Le sagouin » et « La pharisienne » comme ses livres favoris.

Aussitôt dit, aussitôt commandés, et je commence donc par celui-ci, petit roman d’une bonne centaine de pages aux caractères assez gros… Il se lit donc  très vite.

C’est l’histoire du petit Guillaume, Guillou, surnommé « le Sagouin » par sa mère (je vous laisse deviner l’amour maternel de celle-ci). Cette dernière, venant de la bourgeoisie bordelaise, a souhaité faire un mariage avec une famille noble, mais en paie le prix : sa belle-mère, la vieille baronne, la déteste et la considère comme une étrangère de rang inférieur… Son mari, effacé, la tient à distance, comme le reste d’ailleurs. Seule reste la cuisinière, Fräulein, offrant au petit Guillou l’affection dont il a tellement besoin.

Guillou est considéré comme un bon à rien, qui plus est renvoyé du pensionnat des jésuites car il salit encore ses draps… La famille intercède alors auprès de l’instituteur du village pour qu’il lui donne des cours. La manœuvre échoue car l’instituteur, socialiste, ne transige pas avec la lutte des classes ! Mais c’est l’occasion de découvrir la passion qu’a Guillou pour la littérature, là où son imagination d’enfant peut s’envoler.

Dans un style concis, précis, François Mauriac nous raconte tout cela, et ce qu’il en adviendra. Roman sombre, où l’on est surpris par la fin sans recours. Petit roman par la taille, mais que de choses sont dites…

François Mauriac (1885-1970) est un écrivain  français, prix Nobel de littérature en 1952. Il se révèle un remarquable analyste des passions de l’âme et un virulent pourfendeur de la bourgeoisie provinciale. Politiquement à droite, il soutient durant la guerre d’Espagne les Nationalistes dans un premier temps, puis se range, avec les chrétiens de gauche, du  côté des Républicains espagnols après le massacre de Guernica. Il soutiendra également l’indépendance de l’Algérie, et se ralliera au général De Gaulle sous la Ve République.

Le cœur des ténèbres – Joseph Conrad

Le cœur des ténèbres - Joseph Conrad Premier roman que je lis de ce grand auteur, s’il faut en croire Simon Leys : dans son studio de l’inutilité, où il parle de ses passions, à savoir la littérature, la mer et la Chine, il ne tarit pas d’éloges sur cet écrivain.

Puis c’est à la radio que j’ai entendu parler de ce roman : il était dit qu’il avait inspiré le film Apocalypse Now… Ça a été le déclencheur, il était temps de lire cet auteur, en commençant par ce livre.

C’est un marin, Marlow, un vagabond des mers, qui est le narrateur de cette histoire qui se passe au Congo en 1890. À cette époque, le Congo est sous la coupe de Léopold II de Belgique (propriété personnelle !), l’ivoire une denrée très recherchée, et les exactions des colonialistes sans limite. Marlow se voit chargé d’une mission : remonter le fleuve pour retrouver un certain Kurtz, qui à lui seul fourni plus d’ivoire que tous les autres agents ; son poste est le plus en amont du fleuve, et on le dit très malade…

J’ai trouvé ce roman passionnant. Le lire en sachant qu’il a inspiré Apocalypse Now lui donne encore plus de saveur. C’est très bien écrit, et les descriptions des personnages et de leurs caractères sans concessions. Le récit de Marlow nous emporte le long de ce fleuve, au bord de cette jungle mystérieuse qui paraît bien sombre, et plus encore le cœur des hommes blancs que l’on y croise.

Du côté historique, Léopold II sera contraint sous la pression internationale de « céder » le Congo à la Belgique en 1908 (le Congo devenant alors le Congo belge) ; les exactions des colonialistes ne disparaîtront pas pour autant, voir Voyage au  Congo d’André Gide.

Pour conclure, cela me donne envie de lire d’autres romans de Joseph Conrad ; sur sa page wikipedia, il est dit :

Il a été classé parfois comme auteur de « romans de mer », ce qui serait aussi restrictif pour Herman Melville sous le prétexte que celui-ci est surtout connu pour Moby Dick. De fait, Au cœur des ténèbres, Lord Jim, Nostromo, L’agent secret, Sous les yeux d’Occident, Victoire, de grands, sombres et profonds romans, ne se passent pas, ou peu, en mer…

Autres articles sur Joseph Conrad sur ce blog :

Joseph Conrad (1857-1924), d’origine polonaise, est considéré comme l’un des plus importants écrivains anglais du XXe siècle. Il sera marin pendant vingt ans, puis se consacrera totalement à son œuvre littéraire.

Dernier tango à Las Vegas – Hunter S. Thompson

Dernier tango à Las Vegas - Hunter S. Thompson Je continue ma lecture des œuvres de Hunter S. Thompson, et cette fois il s’agit d’une partie des « Gonzo papers » (les « tables de la loi » du journalisme gonzo !), que l’éditeur Tristram s’est mis en tête de publier.

Ce « Dernier tango à Las Vegas » est l’édition revue et corrigé de « La grande chasse au requin », paru il y a trente ans aux Humanoïdes associés, puis chez 10/18, mais épuisé depuis longtemps. Il y avait deux volumes, celui-ci est en fait le second (« le nouveau testament gonzo ») ; je n’ai pas encore lu le premier volume (« l’ancien testament gonzo »), publié par Tristram sous le nom de « Parano dans le bunker ».

La première partie (la plus importante) reprend les extraits de « Fear and Loathing: On the Campaign Trail ’72« , quand HST part sur les traces de la campagne présidentielle opposant Nixon à McGovern. J’avais hâte de lire ça, et c’est réellement passionnant : si HST a des comportements toujours aussi peu conformistes (c’est le moins que l’on puisse dire), son regard sur la politique et les hommes qui la font, est particulièrement acéré. On voit ici que c’est un vrai journaliste, connaisseur des hommes et de la vie.

McGovern, progressiste, sera battu à plates coutures par Nixon (novembre 72), malgré l’affaire en cours du watergate (juin 72). L’affaire des bandes magnétiques que détenait Nixon, qu’il refusera longtemps de remettre à la justice, et qui finalement déclencheront la procédure d’«impeachment», le forçant à démissionner (août 74), est particulièrement éclairante sur le personnage Nixon et son obstination à s’accrocher au pouvoir par tous les moyens. HST raconte :

Le tragique de cette histoire, c’est que George McGovern, en dépit de toutes ses erreurs et de son baratin imprécis sur « la nouvelle politique et l’honnêteté dans le gouvernement », est un des rares hommes à s’être présentés pendant ce siècle à la présidence des États-Unis, qui comprenne véritablement quel fantastique monument aux meilleurs instincts de l’espère humaine ce pays aurait pu être, si nous avions pu l’empêcher de tomber entre les mains d’avides petits maquereaux comme Richard Nixon. McGovern a fait quelques stupides conneries, mais dans le contexte elles semblent frivoles, comparées aux saloperies que bricole Richard Nixon chaque jour de sa vie, délibérément, par politique, expression achevée de tout ce qu’il représente. Bon Dieu ! Où cela finira-t-il ? À quel point faut-il donc s’abaisser dans ce pays pour devenir Président ?

Il pressent d’ailleurs l’échec de McGovern malgré sa victoire éclatante aux primaires démocrates :

Si George se fit démolir en novembre, ce ne sera pas la faute à Nixon. Il faudra bien chercher les responsabilités dans son équipe, parmi ceux qui ont réussi à lui faire avaler que toutes ces conneries sur la « nouvelle politique » avaient pu marcher pendant les primaires, mais foireraient contre Nixon – qu’il lui fallait donc abandonner après Miami ceux qui l’avaient soutenu au début pour s’appuyer, dans une rapide volte-face, sur ceux qui l’avaient ébranlés : la clique Meany/Daley/Humprey/Muskie, les rogatons séniles de la jadis toute-puissante « Coalition Roosevelt » du Parti Démocrate.
McGorvern a accepté. Il est allé au Texas pour rendre hommage à LBJ ; il a revu et corrigé son programme économique pour qu’il soit plus agréable à Wall Street ; il s’est rendu à Chicago pour s’adjuger toute la fine équipe démocrate de Daley, y compris le procureur de l’Illinois, Ed Hanrahan, toujours inculpé pour diverses accusations (obstruction à la justice) à la suite  de son intervention dans un raid policier sur le quartier général des Panthères Noires, il y a trois ans, qui aboutit à l’assassinat de Fred Hampton.

La seconde partie est moins intéressante : que ce soit le concours de pêche de « La grande chasse au requin », ou même le portrait de Mohamed Ali (je m’attendais à mieux, quelque chose de plus journalistique), on retombe dans les délires habituels de HST : même si j’aime bien, après une première partie si passionnante, je me suis un peu ennuyé…

Autres articles sur le blog à propos de Hunter S. Thompson :

Le vide et le plein – Nicolas Bouvier

Le vide et le plein - Nicolas Bouvier Nicolas Bouvier, je l’ai découvert avec « L’usage du monde« , un livre culte : récit de voyage certes (et quel voyage : deux années pour traverser l’Europe et le Moyen-Orient jusqu’au sous-continent indien, tout cela à bord d’une fiat 500 !), mais aussi beaucoup plus que cela, par le ton du narrateur, ses observations, son humour, sa culture…

Quand j’ai vu ce poche sur la table du libraire, je n’ai donc pas vraiment hésité. Il s’agit de ses carnets d’un voyage fait au Japon en 1964, avec femme et enfant, qui ne furent publiés qu’en 2004, de manière posthume donc.

Et la lecture fût un plaisir : une série d’anecdotes, de réflexions, souvent drôles tellement les deux cultures sont différentes… Je ne suis jamais allé au Japon, mais à lire ce livre, on comprend que ce soit pas toujours facile… Extrait :

Un ami qui a passé trois ans en Chine et vit à présent très heureux ici  me dit que l’espace mental qui nous sépare de la Chine est incomparablement plus facile à franchir que celui qui nous sépare du Japon. On s’en doutait. Ce qui fait tout le prix du Japon — souvent à nos dépens et à ceux des Japonnais — c’est d’être un pays extrême, presque sans références extérieures, un système clos, un peuple  qui doit encore aujourd’hui, malgré une immense flotte commerciale, la troisième économie du monde et un niveau très élevé d’éducation et d’information, se frapper violemment le front du poing pour se persuader qu’il ne rêve pas et que le monde  extérieur existe. Le seul proche voisin du Japon est la Corée que les Japonnais détestent et pour laquelle ils n’éprouvent que de l’éloignement. D’après un pool récent, c’est même le pays du monde pour lequel les Japonnais éprouvent le moins d’attraction. C’est donc comme si la Corée n’existait pas et l’insularité et l’isolement japonnais sont aussi marqués que dans le cas, disons, de l’Islande.

Au gré des rencontres et du voyage, les situations inattendues, surprenantes, ne manqueront pas, autant d’occasions à narrer et de sources de réflexions. Le livre se termine par une « carte postale » :

– Et le Japon ?
– À la fin ça devient agréable.
– Pourquoi donc êtes-vous rentré alors ?
– Pour faire l’amour, cher monsieur. Cela n’allait plus : en plein hiver, je voyais des grappes de muscat danser dans le ciel, je mettais le verbe avant le sujet, et parfois même, deux cravates l’une sur l’autre. Il fallait bien faire quelque chose.
– J’ai cependant entendu dire qu’au Japon les occasions ne manquaient pas.
– Effectivement, c’est un pays sur lequel on entend dire beaucoup de choses. Et puis je vous répondrai comme l’ami Chamfort : « Est-ce ma faute si j’aime mieux les femmes que j’aime que celles que je n’aime pas ? »

Un livre très agréable donc, que l’on lire par petits bouts puisque les anecdotes et réflexions se suivent sans être liées. Nicolas Bouvier, dans ces  carnets, nous montre tout son talent : drôle, surprenant, toujours lucide, d’une grande profondeur sans se prendre pour autant la tête.

Autre article de cet auteur sur le blog : L’usage du monde – Nicolas Bouvier

Nicolas Bouvier (1929-1998) est un écrivain, photographe et voyageur suisse. Son œuvre est considérée comme un chef-d’œuvre de la littérature de voyage. On peut trouver quelques vidéos de Nicolas Bouvier sur le site de la RTS.

Ubik – Philip K. Dick

Ubik - Philip K. Dick Retour à mon écrivain de S.F. préféré, pour relire Ubik, que j’avais lu il y a longtemps. Je voulais rafraîchir un peu mes souvenirs, ce roman faisant partie des œuvres principales de l’auteur.

C’est vraiment un bon roman de science-fiction, publié en 1969, et censé représenter un futur que l’auteur place en 1992 ! Nous avons échappé à ce monde, fort heureusement, encore que…

Voilà donc un monde technologique où tout a été automatisé, jusqu’à l’ouverture de la porte de votre appartement. Mais rien n’est gratuit, et si n’avez pas cinq cents dans votre poche, vous aurez du mal à sortir de votre conapt ! Heureusement, Joe Chip, notre héros, bien que fauché, trouvera toujours un moyen de s’en sortir : faire payer les autres, ou démonter la porte !

Une autre particularité de ce monde est la guerre sans merci que se livre deux sociétés : la société Harris qui emploie des psis/précogs/télépathes pour espionner les concurrents de leurs clients, et la société Runciter qui emploie des « anti-psis » pour contrer les pouvoirs des premiers. Une concurrence sauvage, donc… tout cela en fait un beau monde capitaliste poussé à son paroxysme !

Quand les psis de Harris commencent à disparaître mystérieusement, Glen Runciter s’en va consulter sa femme, qui se trouve dans un état de semi-vie… La science permet en effet de retarder la mort en conservant les individus dans cet état intermédiaire, mais à chaque « réveil », la mort véritable se rapproche jusqu’à être inéluctable, comme il se doit.

Et puis, à chaque début de chapitre, un slogan vente les mérites d’un produit aussi mystérieux qu’universel : Ubik !

Ubik instantané possède tout l’arôme du café-filtre fraîchement moulu. Votre mari vous dira : « Chérie, je trouvais ton café comme-ci comme-ça ; mais maintenant… miam, quel régal ! ». Sans danger si l’on se conforme au mode d’emploi.

Le rasage que nous vous offrons est sans précédent. N’est-il pas temps que le visage d’un homme ait lui aussi cette incomparable douceur ? Avec la lame Ubik en acier chromé de fabrication suisse, finis les jours des joues qui grattent. Essayez Ubik, messieurs, et faites-vous désirer. Attention : à utiliser exclusivement selon le mode d’emploi. Et avec précaution.

Vos problèmes financiers vous préoccupent ? Visitez la Société d’Épargne et de Crédit Ubik. Vos dettes cesseront d’être un point noir. Supposons, par exemple, que vous empruntiez quatre-vingt-quinze poscreds à un taux d’intérêt minimum. Le total de vos versements se montera à…

La suite, je vous laisse la découvrir, j’aurai d’ailleurs bien du mal à vous la raconter. Mais la force de ce roman, c’est que tout se tient finalement, même ce produit Ubik qui s’invite dans l’histoire sur la fin…

Philip K. Dick est pourtant au début de sa carrière, mais il fait déjà preuve d’une belle maîtrise ! Autres articles sur Philip K. Dick sur le blog :

Philip K. Dick (1928-1982) est un écrivain américain de science-fiction. Il a passé la majorité de sa vie dans une quasi-pauvreté, malgré quelques prix littéraires. Pourtant, son apport à la science-fiction est phénoménal, et plusieurs de ses œuvres ont été reprises au cinéma, comme Paycheck, Total Recall, Blade Runner, Minority Report, etc…

Meursault, contre-enquête – Kamel Daoud

Meursault, contre-enquête - Kamel Daoud Après avoir vu un interview à la TV de Kamel Daoud à propos de ce livre, j’ai eu envie de lire cette « réponse » à « l’Étranger » d’Albert Camus. Le roman a été finaliste pour le prix Goncourt, sans le remporter pour autant, mais avait obtenu d’autres prix, comme le montre le bandeau de couverture.

Mais avant de commencer, je me suis dit : relis d’abord l’Étranger, tu l’as lu à l’école il y a bien longtemps, ce sera bien de lire les deux à la suite. Aussitôt dit, aussitôt fait, d’autant que les deux romans, sensiblement de la même taille, se lisent assez vite. Mais je serai tenté de dire que c’est le seul point commun entre les deux.

L’Étranger de Camus

C’est vraiment un très bon roman, on est tout de suite intrigué par ce personnage qui nous parle, et dont on sent bien qu’il montre une sorte d’insensibilité, d’indifférence à tout ce qui lui arrive, vivant normalement au quotidien, mais dans un détachement total, étranger au monde qui l’entoure.

La vie a-t-elle un sens pour cet homme ? Sous le soleil omniprésent, il finit par tuer un Arabe sur la plage, sans vraiment savoir pourquoi. La deuxième partie du roman est le récit de son procès, où on lui reprochera plus son indifférence au monde (son attitude à la mort de sa mère, qui ouvre le roman) que le meurtre, ce qui le conduira à une condamnation fatale (et acceptée).

C’est magnifiquement écrit, Camus raconte d’une manière vraiment unique ; dire que c’était son premier roman ! Il parait qu’il existe une version audio de l’Étranger, lu par Albert Camus lui-même. J’aimerais bien l’écouter…

Meursault, contre-enquête

À peine « l’Étranger » refermé, j’entame donc « Meursault, contre-enquête ». Le narrateur, Haroun, est le frère de « l’Arabe » tué par Meursault ; plus de cinquante ans plus tard, vieil homme assis au coin d’un bar, il va donner enfin un nom à la victime de Meursault, et nous raconter l’histoire vue de l’autre côté, bien des années plus tard, après l’indépendance. L’homme est amer sur sa vie, son pays, la religion…

Je n’ai pas du tout accroché. Même si c’est très bien écrit, il ne m’en reste qu’une longue lamentation assez déplaisante, souvent répétitive, avec cet Haroun qui interpelle constamment le lecteur sur ses malheurs. Je m’attendais à un jeu de miroir avec le roman de Camus, mais ce n’est apparemment pas ce que cherchait l’auteur : plutôt un prétexte pour parler de son pays à notre époque.

Kamel Daoud, né en 1970, est un  journaliste et écrivain algérien.

Little Brother – Cory Doctorow

Little Brother - Cory Doctorow J’avais été un peu déçu par Dans la dèche au royaume enchanté du même auteur, le trouvant trop imprégné de « culture américaine » (le monde de Disneyland). Pourtant Cory Doctorow est un type intéressant, très impliqué dans les nouvelles technologies de l’internet, la guerre des brevets, la gratuité du net…

Avec Little Brother, c’est aux restrictions de la liberté des citoyens qu’il s’attaque cette fois, après un attentat terroriste à San Francisco. Un problème qui touche tout le monde, à proprement parler.

Un jeune ado, fan de jeux vidéo, tendance geek, est arrêté par les forces anti-terroristes, ayant simplement eu le tord de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Finalement relâché après une série d’interrogatoires musclés, en état de choc, il prend conscience que les libertés individuelles de son pays sont totalement bafouées au prétexte du terrorisme, et décide de lutter contre cet état de fait. Et surtout, son  meilleur ami, arrêté en même temps que lui, n’est pas réapparu…

La lecture du roman est très agréable, le narrateur est ce jeune ado qui nous raconte son histoire à la première personne, en faisant un véritable polar avec un vrai suspense. La technologie est forcément présente, puisque ce sera avec cette arme que le jeune w1n5t0n (prononcer Winston) va pouvoir se battre contre ces forces spéciales qui agissent sans respecter les lois civiques.

C’est très bien raconté, j’y ai même trouvé une excellente explication (vulgarisation) du cryptage des mails (clé publique/clé privée), très didactique et très claire (chapître 10). Si le roman est sans doute destiné aux ados (il y a une histoire d’amour au milieu de tout ça), tout le monde peut le lire pour mieux comprendre les enjeux.

Évidemment, il y a un happy-end, finalement peu crédible quand on regarde le monde réel, et ce qui s’est passé depuis le 09/11 aux USA… (voir le Patriot Act et ses conséquences sur les libertés). Mais cela en fait un roman très actuel, ou comment un adolescent sans autre problème que d’utiliser ses talents informatiques pour sécher les cours (car au lycée également, la sécurité devient très intrusive), va se transformer en révolutionnaire luttant contre le système, et finalement en une sorte de lanceur d’alerte, rendant toute l’histoire publique.

Cory Doctorow, né en 1971 à Toronto (Canada), est blogueur (blog Boing Boing), journaliste et auteur de science fiction. Il milite à l’Electronic Frontier Foundation, et travaille pour Creative Commons. Ses livres sont téléchargeables gratuitement sur son site, en anglais malheureusement.