Archives de catégorie : Littérature

Philip K. Dick, simulacres et illusions – Richard Comballot, Philip K. Dick

Philip K. Dick, Simulacres et illusions - Philip K. DICK, Richard COMBALLOTJ’avais entendu parler de ce livre un matin sur France Culture, il venait de sortir, et quelques jours plus tard, je le commandais chez le libraire, malgré le prix de 28 €. Bien m’en a pris, puisque près un an après, il est aujourd’hui épuisé !

Et quel livre ! l’objet est vraiment magnifique… Ce que je ne savais pas, c’est que ActuSF, l’éditeur, avait lancé une campagne de financement participatif pour finaliser le projet sur la plateforme Ulule. Les objectifs ont été atteints, et le projet a pu être réalisé avec toutes les options : couverture cartonnée, jaquette et signet.

Le contenu est également très soigné, avec beaucoup d’images des couvertures des œuvres de PKD au fil des pages, des photos de l’auteur, rendant la lecture agréable. La maison d’édition  nous présente ainsi la monographie (c’est-à-dire une étude détaillée) :

À travers des interviews rares et parfois même inédites, ainsi que des articles écrits spécialement pour l’occasion par des spécialistes français (Étienne Barillier, Jacques Mucchielli, Olivier Noël…), cette monographie se propose de porter un regard neuf sur l’auteur d’Ubik, avec des documents exceptionnels venus du monde entier (et notamment de l’une de ses femmes, Tessa Dick). On y découvre Philip K. Dick tout au long de sa carrière et sur des aspects essentiels et étonnants de son œuvre : son rapport au mystique et à la drogue, les adaptations ciné, l’auteur de littérature générale, etc.

C’est vraiment une somme de connaissance sur Philip K. Dick, et on en apprend beaucoup au fil de interviews et des articles sur le personnage. Il en ressort que le personnage était très érudit, possédant une culture impressionnante. Loin des clichés d’allumé à quoi on le résume souvent. Bref, un livre passionnant et magnifiquement réalisé, un « must have » pour les fans de Philip K. Dick.

On trouve donc dans cette monographie beaucoup de choses, comme :

  • Le premier chapitre est une synthèse biographique de Gilles Goulet, forcément passionnante.
  • Un interview de sa femme Tessa (où l’on voit qu’elle est aussi un peu allumée…).
  • Un chapitre de Olivier Noël (voir son blog Fin de partie) tentant de décrire et d’expliciter « la trilogie divine » (une tâche pour le moins ardue !), qu’il décrit lui-même comme « mes assez singuliers Fragments sur l’idiot cosmique ».
  • On apprend que Robert Silverberg a écrit un hommage à Philip K. Dick, « La Substitution », paru dans un recueil de nouvelles (apparemment moyennes) Compagnons secrets.
  • Un chapitre sur les adaptations de Philip K. Dick à l’écran (en général décevantes, car se servant certes de l’idée du roman ou de la nouvelle, mais ensuite privilégiant souvent le spectaculaire, Hollywood oblige). La plus aboutie est certainement celle de Blade Runner (Dick meurt quelques mois avant la sortie du film).
  • Le dernier chapitre « Philip K. Dick dans ses propres termes », où l’auteur commente lui-même trente de ses œuvres de science-fiction !

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Des larmes sous la pluie – Rosa Montero

Des larmes sous la pluie - Rosa MonteroJ’ai entendu parler de ce livre sur le site dickien.fr, qui traite de l’actualité « dickienne », et française de préférence. Un très bon site pour les fans de Philip K. Dick !

Car Rosa Montero nous livre un roman où le personnage principal est un réplicant, faisant ainsi référence au roman de Philip K. Dick « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques », ou à son adaptation cinématographique « Blade Runner » de Ridley Scott.

Un réplicant est un androïde très évolué, si proche de l’humain qu’il est difficile de les différencier (il éprouve des sentiments, a des souvenirs d’enfance, toutefois implantés…), à ceci près que leur durée de vie est volontairement limitée dans le temps, ce qui amène le réplicant à se poser des questions existentielles, voir à se rebeller : c’est le thème du roman de Philip K. Dick.

Dans ce roman, pas de rébellion, mais un décompte quotidien morbide chaque matin du nombre de jours restant à vivre pour Bruna Husky, réplicante de combat reconvertie en détective privée dans un monde futuriste guère réjouissant (une dystopie).

Avec ces références, j’ai donc entamé ce livre avec un à-priori positif.

Nous sommes en 2109, les planètes du système solaire sont l’objet d’exploitation géologique en utilisant des réplicants, la téléportation ayant permis de s’affranchir des espaces intersidéraux (à quelque risque près : une mutation génétique peut survenir si l’on en abuse !) ; des guerres de territoires, déclenchées depuis la terre, ont eu lieu sur ces planètes par réplicants (de combat) interposés.

Il y a de très bonnes idées dans le roman, comme les « archives centrales des États-Unis de la Terre », que contrôle Yiannis, un ami de Bruna : elles permettent de prendre connaissance de l’histoire de l’humanité, et de voir que ces archives comportent des altérations mystérieuses (un peu comme dans 1984 où il s’agit de « réécrire l’Histoire ») dont le but est d’amener les humains à se dresser contre les réplicants. Et quand plusieurs « reps » se suicident après avoir tué des humains, la tension monte d’un cran entre les communautés. Qui se cache derrière cette manipulation ?

Hélas, j’ai assez vite été déçu, d’abord par le personnage de Bruna Husky, vraiment peu crédible en détective, et qui préfère une bonne cuite le soir que de vraiment enquêter ; même comme androïde de combat, elle ne tient pas la route… Heureusement que ses amis sont là pour faire le boulot, elle reste totalement passive et semble plutôt subir les  événements. Puis par le déroulement de l’intrigue, du niveau d’un polar moyen, avec une fin qui semble bâclée ! Dommage,  il y avait sans doute mieux à faire…

Le titre de ce livre vient de la dernière réplique du réplicant dans Blade Runner :

J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navire en feu surgissant de l’épaule d’Orion. J’ai vu des rayons fabuleux, des rayons c briller dans l’ombre de la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme des larmes sous la pluie. Il est temps de mourir.

Rosa Montero, née en 1951 à Madrid, est une romancière et journaliste espagnole. Pour les fans, une suite des aventures de Bruna Husky est sortie : « Le poids du cœur ».

Parano dans le bunker – Hunter S. Thompson

Parano dans le bunker - Hunter S. ThompsonVoilà la deuxième partie des « Gonzo papers » (les « tables de la loi » du journalisme gonzo !), publié par les éditions Tristram. Avec ce livre, j’aurai lu tout ce qu’ils ont publiés sur Hunter S. Thompson (voir la liste en fin d’article). Merci à eux pour ces publications…

« Parano dans le bunker » est l’édition revue et corrigé de « La grande chasse au requin », paru il y a trente ans aux Humanoïdes associés, puis chez 10/18, mais épuisé depuis longtemps. Il y avait deux volumes, celui-ci est le premier (« l’ancien testament gonzo ») ; le second volume (« l’ancien testament gonzo »), est publié par Tristram sous le titre « Dernier Tango à Las Vegas».

Je les ai lu dans le mauvais ordre, mais cela importe peu… en fait, l’édition originale américaine, The Great Shark Hunt (La grande chasse au requin), a été publiée en un seul volume de quatre sections. La première édition française (celle des Humanoïdes associés), a fait migrer la deuxième partie en troisième position, puis a découpé le tout en deux volumes. Tristram a choisi de respecter ce découpage, celui par lequel ils ont été initialement en France.

On retrouve dans ces écrits tout le talent de HST, et sa façon bien a lui de faire du journalisme. Car sous les délires se cache une vraie analyse du sujet traité, parfois complètement décalée certes, mais qui permet de dire beaucoup plus de choses qu’un journalisme qui fait bien attention à rester en retrait du sujet, pour prétendre à une objectivité finalement très discutable… HST lui va se jeter dedans, provoquer, rencontrer d’une façon beaucoup plus directe les personnes qu’il interviewe : c’est le principe du journalisme gonzo ! Ajoutez à cela un vrai talent d’écrivain, et vous êtes assuré de ne pas vous ennuyer à la lecture.

Il a une vraie conscience politique, et n’hésite pas à donner son avis (il est d’ailleurs très clairvoyant). On y retrouve des textes qui l’ont rendu célèbre, comme « Le Derby du Kentucky est décadent et dépravé », ou « Les tentations de Jean-Claude Killy » dont il dresse un portrait sans concession ! « Pouvoir freak dans les Rocheuses » raconte sa tentative (presque réussie) de se faire élire shérif à Aspen… Il y a aussi des articles sur le Haight-Ashbury de San Francisco, d’autres sur l’Amérique du Sud… Passionnant.

Voilà quelques extraits :

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L’école de la vie – Lou Andreas Salomé

L'école de la vie - Lou Andreas SaloméCela faisait longtemps que j’avais envie de lire quelque chose à propos de Lou Andreas Salomé, cette femme qui fit tourner la tête à Nietzsche et Rilke… C’est à la radio que j’ai entendu parler de ce livre : Élisabeth Barillé était l’invitée de l’émission « Les racines du ciel » sur France Culture.

Ce petit livre de 90 pages est donc une sélection de textes de Lou Andeas Salomé, choisis et présentés par Élisabeth Barillé. Si le livre est petit, le contenu est assez dense, et la lecture des textes de Lou se révèle assez ardue intellectuellement. En fait j’ai largement préféré les introductions d’Élisabeth Barillé, qui présente clairement chaque texte choisi, son contexte, etc…

On peut sans doute admirer l’indépendance d’esprit de cette femme, sa grande érudition, et son désir de vivre sa vie comme elle l’entend, à une époque où ce n’était certes pas facile pour une femme. Mais je crois que je préférerais et de loin lire une biographie de sa vie que ses propres écrits.

En effet je reste un peu sceptique : les textes de Lou Andreas Salomé sont vraiment très « intellectuels », beaucoup trop à mon goût (ou pour mes capacités). On peut certes deviner l’intelligence de cette femme à lire ses textes, mais j’y trouve aussi beaucoup de certitudes sur des sujets où l’on devrait laisser la place au doute.

Sa rencontre avec Freud, alors que la psychanalyse est encore naissante, sera pour elle une confirmation de ses intuitions. Elle entretiendra une correspondance avec Freud et sa fille Anna, et deviendra elle-même psychanalyste. Que la psychanalyse lui ait plu n’est dès lors pas une surprise.

Ce qui m’a vraiment surpris par contre, c’est que Lou attribue à Nietzsche un fort instinct religieux, alors qu’il me semble plutôt connu pour son athéisme ! Mais de quoi parle Lou quand elle parle de Dieu et de religion ? à force d’intellectualiser, on remplace des mots par d’autres, on déplace le problème, pour y placer ses propres certitudes, mais on ne résout rien.

Voilà quelques extraits, et donc à propos de Dieu et de Nietzsche…

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Millénium 4 – Ce qui ne me tue pas – David Lagercrantz

Millénium 4 - Ce qui ne me tue pas - David LagercrantzVoici la fameuse suite à la trilogie de Stieg Larsson, tant attendue puisque son auteur fut victime d’une crise cardiaque avant la parution de son œuvre…

Après la polémique sur les droits d’auteur (la famille refusa d’inclure la compagne de 30 ans de Stieg Larsson car ils n’étaient pas mariés), je n’avais pas trop envie d’acheter ce livre, même si la part de recettes revenant à la famille sera intégralement reversée au magazine antiraciste Expo, fondé par Stieg Larsson. Finalement, je l’ai emprunté à des amis, et je l’ai lu en trois jours.

Alors que vaut ce quatrième opus ? on retrouve bien l’ambiance de Millénium, avec les deux héros que sont Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander. L’intrigue tourne autour de l’intelligence artificielle, de l’espionnage industriel et de la NSA. Lisbeth en ayant terminé avec son père, c’est avec sa sœur qu’elle va en découdre… et comme celle-ci disparaît à la fin du roman, il y aura certainement une suite à ce quatrième tome (on ne tue pas la poule aux œufs d’or !).

J’ai bien aimé dans l’ensemble, ça se lit très facilement, comme tout bon polar. Pour le style, j’ai trouvé qu’il  y avait beaucoup de personnages secondaires que l’auteur prend le temps de décrire, pour disparaître aussitôt, alourdissant inutilement l’histoire, qui manque tout de même un peu d’action. Une autre chose un peu énervante est sa manie de couper abruptement la narration à un moment crucial, pour y revenir plus tard et ainsi ménager le suspens. Un peu trop systématique à mon goût.

Quant à la crédibilité… Lisbeth qui hacke le réseau intranet de la NSA, l’enfant autiste qui craque une clef RSA… tout semble permis ! D’ailleurs, je n’ai pas vraiment retrouvé le personnage de Lisbeth, plus humaine dans ce roman, et également moins présente, à ma grande déception.

David Lagercrantz, né en 1962, est un journaliste et auteur de best-sellers suédois, également connu pour avoir écrit une biographie de Zlatan Ibrahimović.

La folie Almayer – Joseph Conrad

La folie Almayer - Joseph Conrad Retour à Joseph Conrad, avec son premier roman, celui qui le consacra comme écrivain… auprès des connaisseurs et des critiques essentiellement ! Car lors de sa sortie, le livre se vendît peu auprès du public, et encore aujourd’hui, ne fait pas partie de ses œuvres majeures.

Pourtant Conrad a pris le temps de peaufiner son premier récit : commencé en 1889, et à cette époque encore officier de marine, il va trimballer le manuscrit par delà les mers, et risquer de le perdre plusieurs fois. Le roman est finalement publié en 1895, et si Conrad n’en reçoit que très peu d’argent, il sait désormais qu’il deviendra un écrivain, et consacrera les trente années qu’il lui reste à vivre à écrire.

Le thème choisi par Conrad est celui de la déchéance d’un Européen en Indonésie. Quand le roman commence (mais la narration n’est pas chronologique, Conrad fait de fréquents aller-retour dans le passé, un style qu’il emploiera souvent dans ses romans), Kaspar Almayer fait le point sur sa vie en attendant désespérément le retour du capitaine Tom Lingard, assis sur sa véranda auprès d’entrepôts pourrissants au bord d’un fleuve, dans la jungle de Bornéo.

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Vladimir Vladimirovitch – Bernard Chambaz

Vladimir Vladimirovitch  - Bernard ChambazBouquin offert par mon libraire (« sans aucune garantie, je ne l’ai pas lu… ») avant que je ne déménage ; sur la marge, il est écrit « Exemplaire offert »…

C’est donc l’histoire d’un type qui a la particularité d’avoir un célèbre homonyme, plus connu sous le nom de Vladimir Poutine. Voilà le point de départ du roman, et ce « double » va nous raconter sa vie et celle de l’autre, qu’il consigne dans ses carnets (rouge, gris, noir) : difficile d’échapper à l’omniprésence d’un tel homonyme.

Alors bon, je n’ai pas appris grand chose sur Poutine, la plupart des informations sont connues (son enfance de petite frappe, son ascension au KGB puis dans la hiérarchie du Parti, son opportunisme, sa nostalgie de la grande Russie), même si ces cahiers sont la partie la plus intéressante du livre, malheureusement minoritaire.

J’ai trouvé le portrait est relativement complaisant, pas un mot par exemple sur l’enrichissement supposé qui ferait de Poutine l’un des hommes les plus riches du monde aujourd’hui. Mais comme se plaît à le répéter Hubert Védrine, on aurait pu avoir pire à la tête de la Russie…

La plus grande partie du roman concerne l’autre Vladimir, le simple homonyme donc, et offre peu d’intérêt à mon goût, si ce n’est la description en pointillé de la vie quotidienne d’un Russe contemporain, avec ses petits problèmes (comme tout le monde).

Bernard Chambaz, né en 1949,  est un romancier, historien et poète français. Il reçoit le prix Goncourt du premier roman en 1993 pour L’Arbre des vies. Son père, Jacques Chambaz, fit partie du bureau politique du PCF de 1974 à 1979, ceci explique peut-être ce roman.

Badawi – Mohed Altrad

Badawi - Mohed AltradJe crois que c’était lors d’un reportage de Stade2 qui présentait le portrait pour le moins atypique de ce chef d’entreprise, également premier actionnaire et président du Montpellier Hérault Rugby. L’homme avait un parcours incroyable (fils de bédouin syrien), un discours très humble et reconnaissant à la France dont il a pris la nationalité.

Il est également écrivain, et j’ai eu envie de lire ce livre pour mieux connaître son histoire, qu’il est censé raconter dans ce roman. Mais finalement, l’homme se livre peu, et beaucoup de choses ne sont pas dites. Je suis resté un peu sur ma faim à ce sujet.

La première partie est celle de son enfance, la plus intéressante : il perd sa mère très jeune, celle-ci ayant été auparavant répudiée par son mari. Il est alors élevé (durement) par sa grand-mère, et pour elle son avenir est tout tracé : il sera berger ! Mais l’enfant éprouve une fascination pour l’école, et fait tout pour pouvoir y aller. Non seulement il y arrive, mais son travail et ses résultats lui permettront de poursuivre ses études à la grande ville de Raqqah.

La deuxième partie est celle du retour au pays, et le récit perd en force : l’homme a poursuivi ses études en France, et est maintenant ingénieur, travaillant pour une compagnie pétrolière. Il se rend très vite compte qu’il n’a plus grand chose de commun avec ce pays, n’ayant pas vraiment de famille à retrouver… Reste néanmoins son amour de jeunesse, Fadia, qui l’attend toujours, fidèle à leur promesse d’amour.

C’est là que l’auteur peine manifestement à se livrer totalement. Au moment où il éprouve à nouveau des sentiments pour elle (ce qui n’avait rien d’évident après ces longues années), il va « fuir » sous le prétexte d’une obligation professionnelle, et finalement lui enverra une lettre pour lui signifier que leur histoire est terminée, même s’il l’aime toujours… J’ai eu le sentiment que tout n’était pas dit ici : son ambition, son égoïsme ne sont certainement pas étrangères à son renoncement.

Mohed Altrad est né en 1948 ou bien en 1951, est un homme d’affaire français d’origine syrienne. Il est aussi auteur de romans et d’ouvrages de management.

Simon Bolivar : le rêve américain – Pierre Vayssière

Simon Bolivar : le rêve américain - Pierre VayssièreQuand j’avais lu Le général dans son labyrinthe de Gabriel Garcia Marquez, je m’étais dit qu’une biographie de Simon Bolivar devait être passionnante. J’ai donc regardé ce qui existait : rien de disponible en format poche, je me suis donc rabattu sur ce livre, écrit par un historien.

Et c’est un peu là le problème, Pierre Vayssière a choisi une approche thématique (l’homme politique, le chef de guerre, le mythe, etc..), là où j’aurai préféré une simple chronologie de sa vie, particulièrement l’histoire de ses conquêtes, qui n’occupe finalement que soixante dix pages de ce gros volume.

Le reste n’est pour autant ni inutile, ni inintéressant, loin de là : on cerne mieux le personnage complexe grâce à lui : ses origines, ses motivations, la part du mythe dans ce personnage au destin incroyable, surnommé « el Libertador », encore aujourd’hui célébré (et récupéré) dans toute l’Amérique latine ; il a même donné son nom à tout un pays, la Bolivie. Mais pour la partie conquête, je suis resté largement sur ma faim…

Alors comment résumer cette histoire ? Il reste avant tout l’homme qui libéra plusieurs pays de trois siècles de colonisation espagnole : Venezuela, Colombie, Équateur, et même le Pérou (pour ce dernier, il lui faudra franchir la cordillère des Andes dans des conditions proprement incroyables). Hélas, son rêve d’unification fera long feu, et les caudillos locaux, les luttes politiques y mettront fin rapidement.

Héritier du siècle des Lumières par son éducation et ses lectures, témoin des « révolutions atlantiques » aux États-Unis et en Europe, son rêve est d’unifier les pays d’Amérique latine, profitant du déclin de l’Empire espagnol mis à mal par Napoléon. Comme ce dernier (dont il est un fervent admirateur), Simon Bolivar est un républicain convaincu, mais partisan d’un pouvoir fort. Il est issu d’une riche famille créole (élite blanche, dont les origines remontent au pays basque), et se dit libéré de tout préjugé racial (il serait blanc métissé d’indien par son grand-père et en partie mulâtre par sa grand-mère). Il est de nature chétive, mais aussi un grand séducteur aimé des femmes.

Il faut dire que la société sud-américaine fonctionne comme un système de castes, fruit de trois siècles de colonisation ; entre les blancs, les créoles, les esclaves noirs et les indiens, il n’est pas simple de s’y retrouver, et de comprendre qui veut quoi… Comme à Cuba, on retrouve la réticence des grands propriétaires à libérer les esclaves, et Bolivar est issue d’une telle famille. Pourtant, Simon Bolivar réforme, mais plus par opportunisme, comme par exemple en libérant les esclaves noirs à condition qu’ils se battent avec lui, un marché qui ne les tente guère.

Pour conclure, le personnage reste tout de même sympathique, au regard de ce qu’il a accompli, même si le bilan est contrasté. Il est également surnommé « Le Don Quichotte de l’Amérique », ce qui résume assez bien le personnage. Il avait soif de gloire, mais pas de pouvoir.

Pierre Vayssière n’a pas de page wikipedia ! Il est un historien spécialiste de l’Amérique latine, professeur émérite de l’Université de Toulouse II, et selon bibliomonde, franchement marqué à droite :

Pierre Vayssière offre une vision conservatrice de l’Amérique latine. Ses ouvrages proposent une image systématiquement défavorable des mouvements de gauche du sous-continent et au contraire ont tendance à minimiser les méfaits des dictatures et de l’interventionnisme nord-américain.

Dans le cadre de cette biographie, cela a peu d’importance : George Washington avait signé un pacte de neutralité avec Madrid… mais Simon Bolivar se méfiait (déjà) de leur expansionnisme.

Tribulations d’un précaire – Iain Levison

Tribulations d'un précaire - Iain LevisonAprès Un petit boulot qui m’avait bien plu, j’enchaîne avec le premier livre publié par cet auteur, un récit autobiographique sur les 42 petits boulots qu’il a exercés à la fin de sa licence de lettres.

On comprend mieux la vision de la société évoquée dans Un petit boulot à la lecture des expériences professionnelles par lesquelles Iain Levison est passé… Ayant dépensé 40 000 dollars (et donc complètement fauché) pour passer une licence de lettres qui se révèle totalement inutile (voir un handicap) pour trouver un travail, il nous raconte tous les petits boulots qu’il a du faire pour survivre, dont certains durs et dangereux en Alaska.

La description de cette société inégalitaire où le travailleur, peu payé, au contrat précaire, doit en plus subir toutes les brimades de petits chefs, les horaires impossibles, obligé de sourire au client en lui souhaitant « une bonne journée », sans parler des arnaqueurs qui profitent de la précarité, etc… ne manque ni de justesse (au moins c’est du vécu !), ni d’humour.

Mais sa conclusion est assez amère : le travailleur est devenu une quantité négligeable, seuls comptent les résultats financiers ; l’attitude des entreprises vis-à-vis de ceux qui accomplissent le travail n’a véritablement jamais vraiment changée, et le fossé qui se creuse rend le dialogue impossible, car dénué de sens.

Voilà quelques extraits, le dernier est la conclusion :

Au  cours des dix dernières années, j’ai eu quarante-deux emplois dans six États différents. J’en ai laissé tomber trente, on m’a viré de neuf, quant aux trois autres, ç’a a été un peu confus. C’est parfois difficile de dire exactement ce qui s’est passé, vous savez seulement qu’il vaut mieux ne pas vous représenter le lendemain.
Sans m’en rendre compte, je  suis devenu un travailleur itinérant, une version moderne  du Tom Joad des Raisins de la colère. À deux différences près. Si vous demandiez  à Tom Joad de quoi il vivait, il vous répondait : « Je suis ouvrier agricole ». Moi, je n’en sais rien. L’autre différence, c’est que Tom Joad n’avait pas fichu quarante mille dollars en l’air pour obtenir une licence de lettres.

Une usine délocalisée au Mexique aujourd’hui, une augmentation des salaires du Congrès demain, un fonctionnaire de l’Administration qui ferme les yeux sur la hausse des tarifs des compagnies de téléphone après-demain, et bientôt tout le monde doit se contenter de survivre. Les promoteurs immobiliers voient une occasion de gonfler les prix et personne ne le leur interdit. Où se cache le type censé dire « Non, ce ne serait pas juste  » ? A-t-il seulement existé ? Les auteurs de la Constitution ont-ils négligé d’inclure un paragraphe sur ce qui arriverait quand la richesse commencerait à passer du peuple aux mains de quelques-uns ?

Il y a de nombreuses façons de voir la chose. Ça ne va pas si mal. Je vis dans le pays le plus riche du monde ; même être fauché ici vaut mieux que d’appartenir à la classe moyenne du Pérou ou de l’Angola. […] Ce n’est pas une question d’argent. Le véritable problème c’est que nous sommes tous considérés comme quantité négligeable. Un humain en vaut un autre. La loyauté et l’effort ne sont pas récompensés. Tout tourne autour des résultats financiers, un terme aussi détestable pour tout travailleur que « licenciement » ou « retraite forcée ». D’accord, nos avons fait des progrès depuis l’édification du barrage Hoover ou depuis que les ouvriers mouraient en construisant les voies ferrées, mais l’attitude des entreprises vis-à-vis de ceux qui accomplissent le travail est restée la même. Et le balancier revient dans l’autre sens. Ceux qui font les promesses sont si loin de tout qu’ils ne voient même plus que leurs promesses ne signifient rien. Des actions de votre entreprise au bout de cinq ans ? Super, merci. Mais nous savons tous les deux que, statistiquement, dans cinq ans je serai parti depuis longtemps.

Iain Levison, né en 1963 à Aberdeen, est un écrivain américain d’origine écossaise vivant à Philadelphie. Après avoir vécu avec sa mère célibataire dans un taudis d’Aberdeen, il part vivre aux États-Unis en 1971.