OLPC : One Laptop Per Child

un olpc au Pérou Cette semaine, j’ai vu un très bon reportage sur Arte à propos de l’OLPC : One Laptop Per Child. Cette organisation, à but non lucratif, a été fondée en 2005 par Nicholas Negroponte, ancien directeur du MIT, la célèbre université américaine. Je pensais que c’était un projet comme un autre, qui au final se termine par une affaire de business. Il n’en est rien.

Le but est de promouvoir un ordinateur portable à moins de cent dollars, et destiné aux enfants de pays en voie de développement. Une critique commune du projet est de dire « Les gens pauvres ont besoin de nourriture et de logements, pas d’ordinateurs portables. », or c’est faux, il y a des gens pauvres certes, mais qui mangent à leur faim, à la campagne par exemple. Ce qui leur manque alors, c’est le moyen d’accéder à l’éducation. Et ce projet révolutionne les choses.

Un instituteur péruvien, à qui on expliquait les possibilités du Wi-Fi, dit :

Je vais essayer de m’entrainer un peu plus, afin d’explorer toutes les possibilités qu’offre ce portable pour pouvoir apprendre aux enfants à l’utiliser. Mais à vrai dire certains d’entre eux savent déjà s’en servir, et ils vont m’aider en classe.

Et quand on voit l’enthousiasme de ces enfants péruviens faisant leur premiers pas avec cette machine, c’est impressionnant. On apprend aussi que les enfants ayant accès à l’informatique ont de meilleurs résultats en classe.

olpcLes contrats sont passés directement avec les États, avec une clause de non-revente. Le portable est conçu pour les enfants, il est robuste, et ses éléments aisément remplaçables. Sans surprise, il utilise un noyau GNU/Linux (Fedora), et contient des programmes éducatifs. Sa consommation électrique est faible, et on peut même l’alimenter par une manivelle… Très étonnant, on entend un ingénieur concepteur dire qu’ils ont pensé à l’énergie solaire, mais que l’usage risquerait alors d’être détourné pour d’autres besoins : il faut penser à tout !
Au Rwanda, un autre s’étonnait de ce qu’avait réussi à programmer une jeune fille d’une douzaine d’années : il n’en revenait tout simplement pas, et lui promettait un bel avenir !

Les pays comme l’Uruguay, le Pérou ont déjà largement souscrit au programme. Et d’autres suivent, sans doute pas assez, quand on voit les possibilités qu’offre un tel outil pour des gamins coupés de tout. L’organisation a vraiment l’air efficace, et concentrée sur le coeur de son projet. Bravo !

Première évaluation HADOPI

le site Marsouin Les Bretons ont encore frappé ! M@rsouin est un groupe scientifique signifiant Môle Armoricain de Recherche sur la Société de l’infOrmation et les Usages d’INternet, composé des labos scientifiques des quatre grandes universités et de deux grandes écoles bretonnes.

L’Université de Rennes 1 a récemment publié un rapport sur les premiers effets de la loi HADOPI. La lecture vaut le détour… et l’échec annoncé se confirme. Vous pouvez trouver le document complet ici, au format pdf.  Sinon, voilà le résumé :

  • A peine 15% des internautes qui utilisaient les réseaux Peer-to-Peer avant l’adoption de la loi Hadopi ont définitivement cessé de le faire depuis.
  • Parmi ces ex-téléchargeurs, seulement un tiers a renoncé à toute forme de piratage numérique, alors que les deux tiers restant se sont tournés vers des pratiques alternatives de piratage échappant à la loi Hadopi comme le streaming illégal (allostreaming,…) ou le téléchargement sur des sites d’hébergements de fichiers (megaupload, rapidshare,…).
  • Bien que le nombre d’internautes fréquentant les réseaux Peer-to-Peer ait diminué, le nombre de « pirates numériques » a légèrement augmenté depuis le vote de la loi Hadopi.
  • Parmi les internautes qui continuent encore de télécharger sur les réseaux Peer-to-Peer, 25% d’entre eux déclarent avoir modifié leurs pratiques de piratage depuis l’adoption de la loi Hadopi.
  • Enfin, les « pirates numériques » se révèlent être, dans la moitié des cas, également des acheteurs numériques (achat de musique ou de vidéo sur Internet). Couper la connexion Internet des utilisateurs de réseau Peer-to-Peer pourrait potentiellement réduire la taille du marché des contenus culturels numériques de 27%. Une extension de la loi Hadopi à toutes les formes de piratage numérique exclurait du marché potentiellement la moitié des acheteurs de contenus culturels numériques.

La loi HADOPI, en ne ciblant que la technologie P2P (alors que d’autres technos existent) loupe donc complètement son objectif. Ce ne sera pas faute de les avoir prévenus ! Mais il semble que l’incompétence rime souvent avec obstination… allez savoir pourquoi !

Photos de la Corse

Accéder aux albums J’ai refait les albums photos de mon voyage en Corse, en 2004. Ils étaient toujours accessibles de l’ancien site, mais avec des images de taille plus réduites (époque oblige).

Les voilà, intégrés à l’album photo, dans la section Tourisme. La photo ci-contre a été prise à Filitosa, l’endroit qui m’a le plus charmé… des menhirs en Corse, forcément ça interpelle un pauvre breton ! Mais le lieu est vraiment magique. Et puis bien sûr Bonifacio, magnifique au bord de sa falaise…

L’Amérique au jour le jour 1947 – Simone de Beauvoir

L'Amérique au jour le jour 1947 - Simone de Beauvoir Simone de Beauvoir, on en a beaucoup parlé il y a deux ans : elle aurait eu cent ans en 2008 (on commémore comme on peut…). J’avais vu à cette époque un téléfilm racontant son compagnonnage avec Jean-Paul Sartre, et qui donnait envie d’en savoir plus sur cette femme. Mais j’hésitais à lire son oeuvre majeure « Le Deuxième Sexe », imposant avec ses deux tomes et peut-être trop sérieux à mon goût… C’est sur les conseils de Claude (fervente lectrice) que j’ai commencé par ce livre. Et je n’ai pas été déçu !

A tel point que je ne vois rien de mieux à écrire que le quatrième de couverture pour décrire ce roman :

J’ai passé quatre mois en Amérique : c’est peu ; en outre, j’ai voyagé pour mon plaisir et au hasard des occasions ; il y a d’immenses zones du nouveau monde sur lesquelles je n’ai pas eu la moindre échappée ; en particulier, j’ai traversé ce grand pays industriel sans visiter les usines, sans voir ses réalisations techniques, sans entre en contact avec la classe ouvrière. Je n’ai pas pénétré non plus dans les hautes sphères où s’élaborent la politique et l’économie des U.S.A. Cependant, il ne me parait pas inutile, à côté des grands tableaux en pied que de plus compétents ont tracés, de raconter au jour le jour comment l’Amérique s’est dévoilée à une conscience : la mienne.
J’ai adopté la forme d’un journal, j’ai respecté l’ordre chronologique de mes étonnements, de mes admirations, de mes indignations, mes hésitations, mes erreurs. Voilà ce que j’ai vu et comment je l’ai vu ; je n’ai pas essayé d’en dire davantage.

Que dire de plus clair ? Et c’est exactement ce que l’on va découvrir. Elle dresse un portrait de l’Amérique qui n’a rien perdu de son acuité soixante ans plus tard. Il faut dire que son jugement porte au-delà des apparences, n’est pas agrégée de philosophie qui veut (deuxième du concours… derrière Sartre !)…Vous partez en voyage aux États-Unis ? emmenez ce livre, vous y apprendrez beaucoup sur le pays et ses habitants. C’est de plus admirablement écrit… un vrai bonheur.

J’ai particulièrement aimé sa manière de découvrir une ville, se promenant dans les rues centrales comme celles de la périphérie, dans les quartiers riches comme dans les ghettos. Le soir, ce seront les bars et les boites de jazz (noir, déjà dur à trouver), ou encore les tripots, selon l’endroit…

Un soir à New-York, ville qui saura la séduire, et contemplant les lumières de la ville, elle écrit :

Non, les promesses de ce ciel, de ces lumières, ne peuvent être tenues nulle part ; il n’existe aucune chose toute faite qui s’accorde avec la splendeur de ces nuits ; cette plénitude dont je rêve, qui me serait donnée hors de moi, ce ne sera jamais qu’un fantôme : il ne me sera jamais promis rien d’autre que moi-même, et moi-même ce n’est rien si je n’ai rien à faire de moi. La nuit n’est qu’un décor ; si j’essaie de la saisir, d’en faire la substance même des instants que je vis, elle fond dans mes mains. Il faudrait que quelque chose m’arrive, quelque chose de vrai, et tout le reste me serait donné par surcroît.

On a probablement tous ressenti cela ; «moi-même ce n’est rien si je n’ai rien à faire de moi» me parait une très fine observation. Elle aborde le même sujet un peu plus tard, devant le Grand Canyon :

Il est là, je suis là : on voudrait que quelque chose se passe. Je regarde, c’est tout, et il ne se passe rien. C’est la même histoire, chaque fois. L’an dernier, il y avait le moutonnement des dunes couleur d’abricot et les palmiers glacés par la lune : rien ne s’est passé. Sable, pierre, lune, soleil couchant ; les choses sont là et je suis là et nous nous affrontons. Pour finir, c’est toujours moi qui me lève et qui m’en vais.

Je pourrai citer plein de réflexions auxquelles elle se livre, toutes plus intéressantes les unes que les autres, abordant ainsi les sujets récurrents de l’Amérique : la société de consommation et l’illusion du choix qu’elle propose, le racisme et la condition des noirs (son analyse est fouillée et passionnante), la place des intellos et des écrivains voir des sympathisants communistes américains (on est quelques années avant le Maccarthisme, mais déjà…), la place des pauvres, le positivisme forcené, l’hypocrisie des règles de société, la fameuse égalité des chances (déjà bien altérée à cette époque), le fatalisme, l’immigration, et bien sûr la condition féminine.
La liste a l’air d’une longue critique… mais son jugement n’est pas toujours négatif, loin de là. Elle observe et analyse ce qu’elle voit, ce qu’elle entend, voilà tout. Ce n’en est que plus fort.

Autres articles sur le même auteur

Simone de Beauvoir, de son vrai nom Simone-Lucie-Ernestine-Marie Bertrand de Beauvoir (!) est née en 1908 et morte en 1986 à Paris. Philosophe, romancière et essayiste, compagne de Jean-Paul Sartre avec qui (et d’autres) elle fondera la revue « Les temps modernes », adepte de l’existentialisme et attachée au combat pour la condition de la femme. Elle a écrit plusieurs récits autobiographiques qui doivent valoir le détour : Mémoires d’une jeune fille rangée, Une mort très douce et Tout compte fait.

Fracture du coude – 6 mois après

cicatrice Troisième et dernier article sur ma fracture du coude, histoire de faire le bilan. Voilà maintenant plus de six mois d’écoulés depuis la chute de vélo… alors où en suis-je ?

A gauche la jolie cicatrice, qui devrait laisser peu de trace on dirait… du beau boulot de la part du chirurgien.

Arrêt de la kiné

Après deux mois de kiné assez intensifs, le kiné y a lui-même mis fin mi-décembre : au cours d’une séance, de beaux craquements (probablement de la tête radiale) se sont fait entendre… le kiné a alors radicalement changé de discours, me demandant de lever le pied lors des exercices : «il ne s’agirait pas de tout casser là-dedans… ». Et deux ou trois jours plus tard, il me proposait d’arrêter les séances, qu’il s’agissait maintenant de remuscler tout ça, et d’arrêter le travail en extension/flexion/rotation. Il ajoutait que le travail musculaire pouvait être fait à mon rythme : je pouvais aussi bien laisser tout cela revenir tout seul, ou faire des exercices avec une petite haltère pour faire travailler les biceps et triceps. A moi de voir…

Après la kiné

Ce fût vite vu : j’ai pratiquement arrêté tout exercice, et j’ai vraiment ressenti de bonnes sensations à laisser mon bras récupérer tranquillement à son rythme. Je pense qu’il avait vraiment besoin de repos après ces deux mois d’exercices. Et je n’étais pas vraiment pressé : c’était l’hiver, et donc peu d’envie de faire du vélo, de toutes façons… pour le reste, les gestes de la vie quotidienne étaient là et permettaient aux muscles de se refaire petit à petit.

J’ai refait du vélo l’autre jour : à part une petite douleur à l’extérieur du coude, tout s’est bien passé. En fait rien d’autre que le fait de faire travailler une zone encore un peu faible.

Les avis avisés

Car c’est vraiment très long pour tout récupérer (vitesse, force), et il vaut mieux tabler sur un an ! Comme le dit mon médecin généraliste : «à moins que vous ne soyez en croissance, c’est pour tout le monde pareil… or votre croissance est terminée je crois ?». Je n’ai pu que confirmer.

Je suis retourné voir une dernière fois le chirurgien début janvier : toujours aussi laconique, à la question « puis-je refaire du vtt ? il me répondît « oui, vous ne vous abîmerez pas plus les articulations qu’avant »…

Inattendu, l’ostéopathe m’a dit que j’aurai pu venir la voir plus tôt, qu’ils peuvent apporter un petit plus lors de la rééducation, en pratiquant une sorte de micro-massage (si j’ai bien compris) sur le coude. De toutes façons, après tout le travail fait sur le coude lors de la rééducation, une visite chez l’ostéopathe ne fait pas de mal, car l’épaule a pas mal compensé, et remettre tout cela en place n’est pas superflu.

Les photos

Voilà des photos pour comparer : à gauche c’était en novembre (celles de l’article Rééducation du coude), à peu près à mi-chemin des exercices de kiné. Et à droite voilà où j’en suis maintenant. L’écart est impressionnant finalement… et montre qu’il ne faut pas se décourager et rester patient.

flexion maximum en novembre flexion maximum en mars

extension maximum en novembre extension maximum en mars

Et à la demande de Trucchi 😉 pronation et supination : si je compare avec l’autre bras, j’ai perdu  un peu plus en supination, mais ça m’a l’air pas mal dans l’ensemble. Pas de problème pour tenir le guidon du vtt !

pronation supination

Et maintenant

Je ressens encore quelques douleurs, sur certains gestes. J’ai l’impression que la tête radiale met du temps à se remettre en place. Mais je passe ma main gauche derrière le cou sans problème, et c’est pas mal du tout !

Hier, j’ai pris le tournevis pour visser des dominos : à chaque quart de tour, j’entendais plusieurs petits craquements, toujours de la tête radiale. C’est probablement à cause de cette fracture sans déplacement qui a fini par se déplacer… dixit le chirurgien, c’est comme si un roulement avait quelques grains de sable !

Et dans six mois, il faudra retourner à l’hosto pour me faire enlever ma jolie vis… Apparemment, c’est conseillé : le chirurgien m’avait dit que je pouvais aussi bien la garder. Mon médecin généraliste et l’ostéopathe me conseillent tous les deux de la faire retirer : il s’agit d’un corps étranger, il y aura de la calcification autour, etc… Je la ferai donc enlever.

Pour finir

Après le premier article Chute de vélo (à l’arrêt), le second article qui s’intitulait Rééducation du coude a eu un grand nombre de commentaires (23 à ce jour, record du blog !), en grande partie parce qu’un kiné s’est mis à répondre, et les questions d’autres personnes n’ont pas tardé.

Merci donc à Pierre Trucchi pour tous ses conseils avisés et encouragements : cela confirme ce que je pense, à savoir que le kiné est celui qui est le plus proche du patient, qui s’investit avec lui lors du travail de rééducation, l’encourage ou lui recommande la patience … quand le chirurgien semble lui tout trouver évident… et donc toute question stupide.

Ce dernier me disait d’ailleurs que la rééducation, je pouvais aussi bien la faire tout seul… franchement, je ne crois pas que je serais arrivé à ce résultat sans kiné.

Corps et âme – Franck Conroy

Corps et âme - Franck Conroy Un roman proposé par la libraire : « l’enfance et les débuts d’un pianiste surdoué »… la vie d’un génie, c’est toujours intéressant, même s’il s’agit ici d’un roman, me suis-je dit.

J’ai donc abordé avec plaisir ce roman de 700 pages dont l’histoire se passe à New-York dans les années quarante. Claude Rawlings est un enfant solitaire élevé seul par sa mère ; celle-ci travaillant, le gamin reste souvent seul dans l’appartement, scrutant le monde extérieur et inconnu par le soupirail… Et lorsque sa mère rentre le soir, elle ne parle pas ou si peu que l’enfant développe surtout une vie intérieure. Au fond de sa chambre, il y a un petit piano de bar oublié, sur lequel il exprime ses émotions sans même savoir ce qu’est la musique. Un peu plus tard, il fera la rencontre du marchand d’instruments de musique à quelques pas de chez lui… ce dernier va vite se rendre compte que le gamin, s’il est autodidacte, possède un réel talent et apprend très vite.

Le roman se lit facilement. L’histoire est très bien racontée par Franck Conroy, qui semble s’être attaché à décrire ce que peut être la vie d’un individu doté d’un talent naturel tel que celui-ci. N’allez pas croire que c’est une vie facile ! Il s’agit de talent certes, mais aussi de passion, et surtout de travail. Et comme la musique est pour Claude un univers entier où il se sent parfaitement à l’aise, contrairement au monde réel qu’il a du mal parfois à aborder…il se jettera dans le travail d’autant plus facilement.

L’auteur arrive très bien à faire partager au lecteur ce que peut être l’amour de la musique… on s’étonne presque de ne rien entendre ! Et l’on apprend des choses sur la musique classique, sa composition… Comme la musique sérielle, apparue au début du XXe siècle, en opposition à l’harmonie tonale. Il s’agit de répéter une série de notes définies, mais en les inversant, retournant, ou les deux. Claude n’aime pas trop cette musique, ne s’y retrouve pas (littéralement), et jouera un tour pendable au professeur de musique qui ne jure que par elle, composant un morceau respectant les règles strictes de la musique sérielle, mais duquel se dégage toute de même une harmonie (prise d’un morceau de Charlie Parker), pour qui sait l’entendre… Le professeur en question ne l’entendra pas !

Pour le reste, si le roman se lit avec grand plaisir, l’énigme du père inconnu (et son dénouement typiquement américain), les amours de jeunesse, ses retrouvailles avec son premier amour offrent un intérêt limité. L’évocation du New-York de cette époque est par contre très réussie, comme l’engagement de sa mère contre le Maccarthisme.

Franck Conroy est né à New-York en 1936. «Corps et âmes» est son seul roman ; il existe un recueil de nouvelles,  «Entre ciel et terre», dont la description semble très prometteuse. Il est décédé d’un cancer du colon en 2005.

Goldman Sachs et la Grèce

Goldman Sachs fait scandale

Ce dessin est en dernière page du Canard de la semaine dernière. En première page, on peut lire un petit article fort instructif intitulé « La banque qui ne dit jamais non« .

En résumé, la banque d’affaire Goldman Sachs (la plus puissante du monde) est fortement soupçonnée d’avoir aidé la Grèce à maquiller ses comptes lors de son entrée dans l’Europe. Les contribuables Grecs lui ont donc payé 300  millions d’euros pour services rendus : confronté à une dette abyssale, les Goldman boys lui ont permis d’en camoufler une partie grâce des «swaps de devises». Au passage, un des techniques utilisées par d’autres pays européens, la France étant plutôt vertueuse en la matière, dixit le Canard.

Or, de nombreux indices tendent à prouver que GS est l’un des principaux responsables de l’attaque spéculative qui vient de pousser la Grèce au bord du gouffre, mettant du même coup la zone Euro en danger. Mais GS en a profité pour encaisser des milliards de dollars.

Joli monde, non ? le plus étonnant, c’est qu’en en parlant à un collègue, un type plutôt sympa, cultivé, sa réponse fût laconique : « ben oui, ils font leur boulot, et le client, c’est pas Madame Michu… le gouvernement Grec savait ce qu’il faisait ».

Moi je ne sais pas : on parle là de mettre un pays entier (déjà fauché) sur la paille, ce qui veut dire que des millions d’hommes et de femmes vont galérer pour travailler, bouffer… simplement vivre quoi ! et même vivre très simplement, dans un dénuement probable.

Goldman Sachs est sans doute plus puissant que pas mal d’États : mais comment alors être aussi irresponsable, arrogant et méprisant envers la vie de millions d’individus ? Il paraît encore plus évident qu’il faut mettre un terme à ce genre de pratique, mais c’est plutôt mal parti.

Entre gouvernants et banquiers irresponsables, ce sera dur de se faire entendre. Quant à mon collègue, il est simplement cynique. Il s’en fout, il n’est pas Grec…

(Le Canard enchaîné – mercredi 24 février 2010)

iPad, iBooks, iPod et le syndrome de Stockolm

iPad is iBad for freedom Apple a donc sorti son IPad il y a quelques jours…une tablette tactile, présentée par Steve Jobs comme le « chaînon manquant » entre l’iPhone et le MacBook. La presse a largement relayé l’information, et la sortie officielle est prévue pour mars 2010 (juin en Europe).

A cette occasion, quelques manifestants ont tenté d’alerter les invités sur le modèle d’Apple. Traduction non littérale de la pancarte :

Vous entrez dans une zone restreinte contrôlée par Apple où le logiciel libre, le partage et l’installation libre d’applications depuis Internet n’existent pas, sachant de plus qu’Apple peut à tout moment décider de modifier ou supprimer le contenu de votre appareil. Votre ordinateur est notre ordinateur.

iPas La Free Software Fondation considère de son côté que «c’est un énorme pas en arrière dans l’histoire de l’informatique». Non seulement Apple vous limite à ses applications de l’Apple Sore, mais en plus surveille l’utilisation que vous faites des films achetés, grâce aux MPT, comprenez Mesures Techniques de Privation (les fameux DRM ou Digital Rights Management sont devenus Digital Restriction Management).

Flop probable ou succès garanti ?

caractéristiques techniques de l'iPad Techniquement, ces tablettes offrent un intérêt très discutable : autant choisir un ordinateur portable que ce truc très limité : OS non multitâche, web sans flash, restriction des applications à ce que propose l’AppStore, pas de webcam…

Et le tout au tarif habituel d’Apple, c’est-à-dire plus cher que ce qu’offre la concurrence.

Les consommateurs que nous sommes se laisseront-ils charmer par la campagne marketing ? par le look Apple ? C’est possible, ce ne serait pas la première fois…

iBooks

Quant à l’utilisation comme e-book (lecture de journaux, de livres), ce qui semble être la cible principale du produit, son écran est de type LCD, comparable à celui d’un portable. C’est très surprenant : ce type d’écran génère rapidement une fatigue visuelle, et de nouvelles technologies équipent ce genre d’appareil, basés sur le papier électronique. À priori un très gros handicap pour emporter la mise.

Par contre Apple en profite pour présenter une nouvelle plate-forme de vente de livres en ligne : iBooks (pour l’instant réservé aux US !). On voit que le modèle marketing a plus d’importance que la qualité technique du produit.

L’iPod et le syndrôme de Stockholm

Des études marketing montrent que les clients d’Apple sont de vrais fans de la marque, loyaux et fidèles. Ils défendent leur iPhone chéri avec énormément d’énergie, ce dernier ayant pourtant de sérieuses limitations techniques, tout l’iPad. Strand de consulting compare leur comportement à celui du syndrome de Stockholm, où des otages une fois libérés et ayant subis de fortes pressions psychologiques, se mirent à défendre leurs ravisseurs.

Voilà quelques exemples types de réponses de ces fans inconditionnels, c »est assez rigolo et par la même occasion fournit une belle liste de limitations de l’iPhone :

  1. Le premier iPhone n’était pas 3G : pourquoi voulez-vous le 3G ? on peut très bien utiliser l’iPhone sans 3G, et ce réseau n’est pas particulièrement développé, ce n’est donc pas un problème.
  2. On ne peut pas envoyer de MMS : ça ne sert à rien, personne n’en envoie.
  3. On ne peut pas « faire suivre » un SMS : personne n’utilise cette fonction, c’est pourquoi elle n’a pas été incluse.
  4. L’appareil-photo est de piètre qualité : l’appareil-photo est parfaitement adapté et l’iPhone prend de magnifiques photos.
  5. Ce n’est pas un vrai Smartphone, il n’est pas multi-tâches : l’iPhone a toutes les fontions nécessaires et l’OS est techniquement supérieur à celui des autres Smartphones.
  6. L’iPhone ne peut pas faire de multi-tâches, et par conséquent un grand nombre d’applications sont inutilisables : l’absence de multi-tâches est une décision délibérée pour rendre l’interface plus rapide.
  7. On ne peut pas changer la batterie de l’iPhone : combien d’utilisateurs se balladent avec une batterie de rechange ? aucun ou si peu…
  8. Apple décide des applications que vous pouvez installer sur l’iPhone : c’est parfait, ainsi Apple vous garantit que vous n’installerez pas de mauvais programmes sur votre téléphone.
  9. L’univers de l’Apple Store est fermé : Apple sait ce qui est bon pour les utlisateurs.
  10. L’iPhone ne supporte pas Java, et les jeux doivent donc être développés spécifiquement pour lui : Java est lent et s’intègre mal aux téléphones portables. Les jeux pour l’iPhone sont meilleurs pour la même raison.
  11. L’Apple Store contient de nombreux petits programmes commerciaux simplistes : l’Apple Store fournit un grand choix de programmes qui offrent à l’utilisateur une grande liberté de choix, et les petits programmes lui rendent la vie plus facile au quotidien.
  12. Il est difficile d’utiliser l’écran tactile pour l’envoi de SMS rapides : l’écran tactile rend l’utilisation de l’iPhone plus facile et vous vous y habituerez rapidement.
  13. L’iPhone est un téléphone offrant peu de technologie et avec un design lisse : Apple a porté la combinaison du design et de l’interface a un niveau jamais atteint, et donc les spécifications techniques importent peu.
  14. La qualité du téléphone est faible, les appels souvent coupés et le réseau de mauvaise qualité : c’est un bon téléphone, les problèmes sont dus aux opérateurs réseaux et pas au téléphone.
  15. On ne peut acheter l’iPhone qu’à partir des opérateurs choisis par Apple : Apple a passé beaucoup de temps à sélectionner les meilleurs opérateurs.
  16. L’iPhone vise une niche de marché et ne sera pas capable d’évoluer : Apple a réussi un téléphone pour les personnes qui aiment ce design et sa simplicité d’utilisation.
  17. L’iPhone n’accepte pas de cartes mémoires : les iPhone offrent déjà suffisamment de mémoire et les utilisateurs peuvent choisir entre deux modèles.
  18. On ne peut pas installer son propre navigateur : le navigateur d’Apple est déjà tellement supérieur que vous n’avez pas besoin d’en changer.
  19. On ne peut pas utiliser l’iPhone comme un modem pour son ordinateur portable : les gens qui ont un iPhone n’ont pas besoin de portable quand ils se déplacent.
  20. Il n’y a pas de radio sur l’iPhone : vous n’avez pas besoin de radio puisque l’iPhone fournit iTunes, et iTunes offre un choix illimité de musique.

On navigue entre la mauvaise foi et l’argument marketing primaire… En résumé, Apple continue sur son modèle habituel : un produit assez fermé, voir volontairement bridé, en retard sur les technologies existantes, mais avec le look Apple accompagné d’une solide campagne publicitaire. Après tout, si ça marche, que peut-on leur reprocher ?

C’est plutôt aux consommateurs de se réveiller, et de faire un choix plus réfléchi.

Richard Stallman

Mr Richard M. Stallman Richard Stallman est tout simplement le type à l’origine du logiciel libre. On en parle pas mal en ce moment, parce que sa biographie vient d’être publiée sur Framabook, un projet de Framasoft, en français s’il vous plait.

Ne manquant pas d’humour même s’il a l’air d’avoir un sacré caractère, ses conférences en français débutent toujours par : « Je puis résumer le logiciel libre en trois mots : liberté, égalité, fraternité… ».

La biographie de Richard Stallman Cette biographie de Sam Williams (un journaliste) était d’abord parue en 2002 sous le titre «Free as in Freedom: Richard Stallman’s Crusade for Free Software», et sous licence libre comme il se doit.

En 2007, Framasoft a alors initié un projet de traduction… puis Framasoft a contacté Stallman pour une préface… ce dernier s’est alors tellement impliqué dans le projet, y apportant sa propre contibution, corrigeant certaines inexactitudes… et c’est finalement une véritable nouvelle version qui voit maintenant le jour !

Le personnage mérite le détour.Voilà ce qu’en dit Lawrence Lessig, un juriste fondateur de la licence Creative Commons :

Chaque génération a son philosophe, écrivain ou artiste qui saisit et incarne l’imaginaire du moment. Il arrive que ces philosophes soient reconnus de leur vivant, mais le plus souvent il faut attendre que la patine du temps fasse son effet. Que cette reconnaissance soit immédiate ou différée, une époque est marquée par ces hommes qui expriment leurs idéaux, dans les murmures d’un poème ou dans le grondement d’un mouvement politique. Notre génération a un philosophe. Ce n’est ni un artiste ni un écrivain. C’est un informaticien.

gnu Né en 1953, Richard Stallman est un programmeur américain hors pair au MIT, la célèbre université américaine. Excédé par une imprimante récalcitrante, il se rend compte qu’il ne peut modifier le code du programme la gérant. Ce sera le début d’une longue histoire. Quelques années plus tard, il fonde GNU (Gnu is Not Unix), souvent confondu avec Linux.

Linux n’est que le noyau d’un système d’exploitation, réalisé par Linus Torwald sous licence GPL, alors que GNU est un système d’exploitation complet n’utilisant que du logiciel libre (et utilisant un autre noyau, appelé Hurd). Si l’on veut être précis (et Richard Stallman l’est), la combinaison de GNU et du noyau Linux s’appelle donc GNU/Linux.
Et Ubuntu dans tout ça me direz-vous ? c’est encore autre chose, puisque basé sur Debian (une distribution GNU/Linux), mais contenant du code non-libre, car il faut bien que vous puissez lire vos mp3, n’est-ce pas ?

Voilà selon Richard Stallman les quatre libertés essentielles de l’utilisateur d’un programme :

  • Liberté 0 : la liberté d’exécuter le programme comme tu veux.
  • Liberté 1 : la liberté d’étudier le code source et de le changer pour que le programme fasse ce que tu veux.
  • Liberté 2 : la liberté d’aider les autres, c’est-à-dire la liberté de redistribuer des copies exactes du programme, quand tu veux.
  • Liberté 3 : la liberté de contribuer à ta communauté, c’est-à-dire la liberté de distribuer des copies de tes versions modifiées du programme, quand tu veux.

Pour finir, voilà un extrait de l’interview donné à 01net lors de son passage à Paris pour la sortie de sa biographie. Vous verrez que ses remarques ne manquent pas de nous questionner sur nos habitudes de consommateurs :

Selon vous, quelles sont les forces et les faiblesses du logiciel libre ?
Notre force est d’avoir développé des systèmes d’exploitation et des applications libres pour presque toutes les activités informatiques ordinaires. Notre faiblesse est que la plupart de leurs utilisateurs n’ont pas conscience de l’idée même de la liberté pour laquelle nous nous battons.

Le « libre » va-t-il devenir une alternative aux grands éditeurs qui préservent jalousement leur code ?
Je ne connais pas l’avenir. Il dépend de vous tous. Si tu exiges la liberté et si tu luttes pour elle, nous pouvons construire ensemble un futur libre. Si tu penses commodité à court terme, tu seras victime de la colonisation numérique.

Vous avez sûrement suivi de près la « saga » Hadopi. Quel est votre avis sur le sujet ?
La Hadopi interdit la fraternité en attaquant la liberté. Elle nuit aussi à l’égalité, parce qu’une poignée d’organisations auront le pouvoir de dénoncer quelqu’un selon cette loi. Elle reflète donc la haine de Nicolas Sarkozy envers les droits de l’homme. Il a choisi de servir les entreprises du divertissement dans leur guerre globale contre la fraternité.

Quel peut être le modèle pour financer les artistes aujourd’hui ?
Le système actuel, fondé sur le droit d’auteur, ne rétribue pas de façon équitable la plupart des artistes, seulement les stars. Il finance aussi très bien les grandes entreprises. Cela ne justifie pas d’interdire aux gens de coopérer entre eux. Il faut donc remplacer le système.

Lectures, Ubuntu, Smartphone, Cinéma, entre autres…